Jean-Louis Murat sort un nouvel album, La vraie vie de Buck John et, à ce titre, est interviewé par Paris Match : fidèle à sa réputation, il nous livre un festival de réflexions politiquement incorrectes.

Interrogé sur l’époque, « historique et révolutionnaire », il revendique haut et fort son indépendance, le décalage d’avec son milieu professionnel, la chape de plomb idéologique qui y règne encore, la fameuse hégémonie culturelle de la gauche qui, dans le show-biz, n’est pas vraiment menacée… La cérémonie des César de l’an dernier en était la meilleure métaphore.

On pourrait dire qu’il flingue à tout va. En réalité, cet entretien montre que le chanteur a « mal à sa France » : « Pour moi, la décapitation de M. Paty a été terrible, moi qui, enfant, aurais voulu être prof d’histoire, moi qui ai encore des enfants et des petits-enfants scolarisés. Je me suis senti décapité. »

Un entretien empreint d’une lucidité triste, parfois ironique, toujours iconoclaste. S’il fustige le discours univoque de ses pairs – « En ce moment, on ne dit plus rien, on ne pense plus rien » -, il tresse tout de même des lauriers à deux personnages inattendus, Éric Zemmour et Michel Onfray : « Je pense être le seul artiste – parce que j’y tenais beaucoup – à avoir toujours invité Éric Zemmour à mes concerts. Bon, il n’est jamais venu, ça ne l’intéressait pas. »

Pourquoi le chanteur ne se mêle-t-il pas au chœur des bien-pensants, artistes, journalistes, hommes politiques pour condamner le presque candidat ? Jean-Louis Murat est séduit, chez Zemmour, par ce qu’il pratique lui-même depuis le début de sa carrière, le parler-vrai, le parler-cash, l’expression décomplexée d’une réalité souvent crue, que l’on nous présente toujours avec le filtre des lunettes roses : « Dès que tu sors des sentiers battus, on te balance ça : « Ah, tu flirtes avec l’extrême droite […] Moi, j’aime le talent. Zemmour, ce qui me plaît, c’est son côté fuck the system, un peu punk. »

Il poursuit : « Quand Michel Onfray a lancé son Université populaire, je me suis jeté dessus. Et j’ai fait vingt ans de philo en l’écoutant sur les ondes. Je lui voue une reconnaissance éternelle… »

Soutiendra-t-il le Z ? Le chanteur affirme n’avoir jamais voté, mais est prêt à le faire pour le candidat que Michel Onfray adoubera.

Tout aussi surprenant, le chanteur avoue être l’auteur d’une double production musicale : les albums qu’il espère écrire jusqu’à sa mort et ceux, dont certains déjà écrits, qui seront publiés à titre posthume, parce que « sociologiquement, le public de la chanson française, c’est PS et affiliés, anciens de l’Éducation nationale. Je ne sais pas comment je n’ai pas disparu de leur radar. Et un gazier comme moi ne sait plus quoi dire parce qu’il peut prendre une balle perdue à n’importe quel moment. » Alors « dans mes disques posthumes, je ne prends pas de gants, j’ai trois chansons sur l’incendie de Notre-Dame, par exemple. Dans les albums officiels, je fais attention. »

Une autocensure revendiquée comme l’expression d’une nécessité, travailler pour vivre, qui lui fait conclure : « Je ne vais pas jouer au saint laïque contre la connerie de l’époque. »

Alors, forcément, quand quelqu’un se dévoue pour renverser la table, rompre le discours, casser les codes et imposer de « voir ce que l’on voit », Jean-Louis Murat ne peut s’empêcher d’éprouver une certaine admiration, voire de la gratitude. Et d’ouvrir une brèche dans le monde monolithique et autocensuré du show-biz.

23 octobre 2021

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