Je crèche en France…

“Douce France,[…] Mon village au clocher, aux maisons sages…” chantait Charles Trenet, le plus français de nos “crooners”. L’une des richesses de notre pays est l’héritage de notre passé judéo-chrétien et l’on se doit d’en respecter les symboles. Plusieurs siècles durant, nous avons souffert pour être aujourd’hui apaisés dans une concorde qui faisait l’unanimité des Français… Enfin, jusqu’à aujourd’hui !

Don Camillo et Peppone se sont réconciliés depuis longtemps, même si cela déplaît aux caciques d’une révolution rouge. Il y a et il y aura toujours des symboles de nos origines judéo-chrétiennes dans notre espace public. Notons, d’ailleurs, que nous n’avions, jusqu’à maintenant, aucun problème avec cette composante essentielle de notre culture. Ajoutons également – et ce n’est pas innocent – que ce problème survient pour contraindre une mairie dirigée par Steeve Briois, membre du… Front national à Hénin-Beaumont, et une région, Auvergne-Rhône-Alpes, présidée par Laurent Wauquier, futur président de la droite d’opposition au gouvernement, à retirer de leurs édifices les crèches qui y sont installées. Le problème ne semble donc pas juridique mais politique.

Beaucoup d’entre nous, en France, ne croient pas au royaume du Ciel, mais cultivent une sorte de “spiritualité sans Dieu”, comme le souligne André Comte-Sponville. Loin des croyances religieuses, nous sommes riches des églises, des temples ou encore des synagogues qui structurent non seulement nos paysages, urbains ou champêtres, mais aussi notre histoire et nos consciences. Ajoutons-y les calvaires discrets qui balisent autant de croisements que les routes de campagne peuvent en compter ; ils sont également présents depuis plusieurs siècles pour certains. Notre calendrier est également riche des saints qui le composent comme autant de prénoms donnés à nos enfants, et des jours fériés qui permettent à la majorité de nos concitoyens de célébrer leur(s) croyance(s), pour autant qu’elles n’imposent pas une lecture divergente de notre idéal républicain.

Quant à nos crèches, elles font tout autant partie de notre patrimoine culturel. Il est un fait indéniable – nous l’évoquions plus avant – que nous sommes bel et bien sur une terre chrétienne. C’est donc certainement une interprétation partisane des juges de la cour d’appel du tribunal administratif de Lille qui a prévalu, comme pour celui de première instance de Lyon. En effet, si l’on suit leur logique, il faudrait dès aujourd’hui sacrifier également toutes les églises de France, tous les calvaires de France et toutes les statues de saints sis sur l’espace public, places, rues et édifices divers.

Pourtant, la loi adoptée le 9 décembre 1905 prend parti en faveur d’une laïcité sans excès. Ce fut le cas durant presque un siècle avant qu’une religion aux relents hégémoniques ne tente de s’imposer sur notre territoire, aidée en cela par une gauche laïcarde qui favorise le dévoiement de la loi.

Prenons maintenant le problème sous l’angle de la discrimination. Il est inscrit, sur le fronton des édifices publics – par ailleurs ardemment défendu par les gens de gauche -, dont l’un est justement mis en cause dans ce jugement inique : Liberté – Égalité – Fraternité. Selon le Concordat de 1801, toujours en vigueur, nous serions donc en l’espèce devant une discrimination flagrante, un traitement différent selon que nous habitons en Alsace et en Moselle ou dans le reste de la France. C’est peut-être sous cet angle qu’il conviendrait de poursuivre la bataille judiciaire qui n’est pas perdue dans la mesure où, en appel, un jugement favorable à la région Auvergne-Rhône-Alpes pourrait peser sur la jurisprudence en la matière.

Aujourd’hui, la France se débat dans les rets d’un filet jeté sur ses richesses culturelles et cultuelles issues d’un long et parfois difficile processus de construction républicaine qui faisait, nous l’avons dit, depuis longtemps consensus. Cet édifice est aujourd’hui fragilisé par des Français qui souhaitent le remplacer par des pratiques d’un autre âge. Nous le voyons tous les jours dans l’actualité. Ils sont pourtant aux antipodes de notre joie de vivre et de notre principale richesse, la liberté ; ils veulent nous imposer leur “fraternité” consanguine et leur “égalité” devant un dieu qui ne reconnaît aucune autre forme de société que la sienne dans une langue où les mots “république” et “démocratie” n’existent pas !

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