Editoriaux - Histoire - 10 juin 2019

J’avais 7 ans, au moment de la tragédie d’Oradour-sur-Glane

L’article d’Henri Saint-Amand me projette dans un indélébile souvenir d’enfance. Je peux et tiens aujourd’hui à témoigner, sans entrer dans les faits de ce massacre dont les horribles détails sont disponibles par ailleurs.

J’avais 7 ans, en 1944, et vivais où j’étais né, dans une bourgade du Limousin, au sud de Limoges. Je n’avais jamais vu de troupes allemandes mais, en revanche, beaucoup de « maquisards » dont les faits mais surtout les méfaits locaux n’ont pas subi, depuis lors, le jugement ni des hommes ni de l’Histoire !

Ce 10 juin 1944, un samedi après-midi, je « tenais » la boutique de ma mère occupée à des tâches ménagère dans la maison. Cela voulait dire la prévenir lorsqu’un client entrait, car son commerce était ouvert sans discontinuité, au service fidèle et vigilant de sa clientèle.

Soudain, un homme que je ne connaissais pas fait irruption dans le magasin et hurle « Les Allemands ont brûlé Oradour, les Allemands ont brûlé Oradour ! » et repart aussi vite, sans autre commentaire, porter l’horrible nouvelle alentour.

Nous étions à 50 kilomètres de la cité martyre. Sans beaucoup de moyens de communication et de déplacement à l’époque, la terrifiante nouvelle s’était donc propagée de bouche-à-oreille à la vitesse d’un obus !

Je n’ai plus la mémoire de la réaction immédiate de mes parents, sinon sans doute de transmettre ce message aux voisins encore ignorants ?

En revanche, le souvenir corollaire que je garde de cette irruption de la terreur est un pesant silence postérieur qui envahit immédiatement la région. Plus encore, une omerta, comme pour exorciser cet inextinguible malheur, et qui se prolongerait durant des années.

Pour des raisons que l’Histoire nous apprend, aucun Président français ne vint après la « visite » du général de Gaulle, en mai 1962. Le premier fut Mitterrand, pour une véritable cérémonie mémorielle, le 10 juin 1994 !

Cinquante ans après la tuerie nazie !

Quant à moi, je ne découvris les ruines du village détruit qu’un quart de siècle après la barbarie, depuis le ciel, à bord de mon Mirage.

Mon sentiment de remords et l’immense émotion que je ressentis alors sont à jamais prégnants…

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