« Dans la vie, il y a des hauts et des bas. Il faut surmonter les hauts et repriser les bas. » On connaît cette phrase de , mort ce 26 septembre. Des hauts et des bas, dans sa vie politique, il en a effectivement connu. Les plus saillants ?

Commençons par les bas. Disons par les coups bas. Mais la haute politique ne se conçoit pas sans basse politique. Tout d’abord, le coup de poignard à Chaban-Delmas, gaulliste historique, dont la candidature à la présidence de la République, à la mort de Pompidou, fut torpillée par l’appel des 43, le 13 avril 1974. 39 députés et 4 ministres du défunt Président, dont Jacques Chirac, ministre de l’Intérieur, signèrent un manifeste dans lequel ils exprimèrent leur souhait d’une « candidature d’union afin de faire échec à la coalition socialo-communiste ». Sans être un soutien explicite à la candidature de Giscard, cet appel fut cependant perçu comme tel. La chute de Chaban dans les sondages s’accéléra. Giscard entra à l’Élysée et Chirac à Matignon. Ensuite, le coup de poignard à Giscard en 1981 lorsque, arrivé troisième au premier tour de l’élection présidentielle, derrière Mitterrand et Giscard, Chirac se contenta de déclarer qu’il voterait personnellement pour Giscard. Mais, en retour, on pourrait évoquer le coup de poignard, quelques années plus tard, en 1995, d’un certain Sarkozy, préférant soutenir Balladur que Chirac, un Balladur qui était entré bien gentiment à Matignon car Chirac avait déjà donné (deux fois !).

Les hauts de Chirac, c’est d’abord la conquête de la mairie de Paris, en mars 1977, face à Michel d’Ornano, poulain de Giscard d’Estaing. Un drôle de camouflet pour ce jeune et fringant président de la République qui avait promulgué, deux ans auparavant, la loi rétablissant la fonction de maire de Paris. Six mois après avoir claqué la porte de Matignon, Jacques Chirac prenait ainsi de haute lutte l’hôtel de ville et se constituait un fief à quelques minutes du Palais dans un Paris qui ne connaissait pas encore les embouteillages hidalgesques. Il y restera plus de 18 ans, le quittant pour rejoindre l’Élysée.

Des bas, d’un palais l’autre, diront certains : moins glorieux fut, en effet, le crochet par le palais de justice en 2011 pour solder l’affaire des emplois fictifs de la mairie de Paris. Jacques Chirac était condamné à deux ans de prison avec sursis pour détournement de fonds et abus de confiance. Un bas qui, cependant, ne ternit aucunement la popularité de l’ancien chef de l’État.

Des bas aussi, on doit évoquer la dissolution de l’Assemblée nationale en 1997, alors même que la droite était largement majoritaire au palais Bourbon, deux ans à peine après l’élection de Jacques Chirac, dissolution qui amena la « gauche plurielle » au pouvoir pour cinq ans avec Lionel Jospin, Martine Aubry et son cortège des 35 heures. Il est vrai qu’il avait été aidé, en cela, par son Premier ministre Alain Juppé. Ce dernier estimait nécessaire un budget de « rigueur » pour 1998 afin d’entrer dans les clous du traité de Maastricht. Or, les élections législatives devaient avoir lieu en 1998 et donc, dans ce contexte, elles s’annonçaient particulièrement difficiles. D’où l’idée géniale d’anticiper : dissoudre avant la présentation du budget de rigueur. On attendait Bonaparte au pont d’Arcole. Ce fut Bazaine à Sedan. Jacques Chirac avait inventé le septennat de deux ans.

Des hauts, enfin, on retiendra, quitte à choquer, la reprise des essais nucléaires (les derniers) dans le Pacifique en 1995, alors qu’il venait à peine d’être élu. Une décision contre vents et marées. Mais Jacques Chirac avait eu « le sentiment d’avoir accompli l’un des premiers devoirs de [sa] charge en donnant à la France, pour les décennies qui viennent, les moyens de son indépendance et de sa sécurité ». Et l’on terminera, évidemment (mais c’est devenu un lieu commun), tout en haut, avec le refus d’entrer en guerre contre l’Irak en 2003, derrière les Américains. La France redevenait – un instant de grâce – « l’emmerdeuse du monde », pour reprendre l’expression de Jean Giraudoux dans L’Impromptu de Paris.

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