Culture - Editoriaux - Musique - 2 août 2019

Jacques Brel, exilé au Québec, nous manque….

Les Québécois ont bien de la chance : alors que l’on nous bassine régulièrement, toutes chaînes confondues, avec une nouvelle rétro sur Johnny, au Québec, la pièce Amsterdam, présentée jusqu’au 10 août au Théâtre du Nouveau Monde (TNM) de Montréal, fait revivre le géant de la chanson Jacques Brel à travers une comédie musicale qui, après celle plus ancienne du regretté Mort Shuman – Jacques Brel is Alive and Well and Living in Paris -, manquait cruellement au répertoire des hommages qu’on essaye, ici ou là, de rendre au grand Jacques..

Les tenants de la Johnny mania ne m’en voudront pas de lui préférer celui qui nous a quittés, il y a près d’un demi-siècle déjà. « Jacques… c’est cet artiste, le vrai. On le sait parce que c’est quelqu’un qui a mal aux autres » : voilà la jolie prémisse de la comédie musicale Amsterdam que Mélissa Cardona a écrite et mise en scène, à partir des immortelles chansons de Jacques Brel. « Plutôt que de s’inspirer de la vie de Jacques Brel, la créatrice a eu l’heureuse idée d’imaginer une existence à l’auteur-compositeur-interprète à partir de ses chansons, de son univers et des êtres qui le peuplent », nous apprend Le Devoir de Montréal. Alors, tant pis pour les aficionados de notre Elvis national, on a tous quelque chose en nous de Jacques Brel : vivement que la comédie musicale de nos amis québécois traverse l’océan à l’envers de Jacques Cartier qui aurait navigué à l’opposé de l’hiver.

Car de ce côté-ci de l’Atlantique, nous sommes nombreux peu ou prou à être nostalgiques de ce « plat pays » qui fut le sien de Bruges à Gand, avec de « noirs clochers comme mats de Cocagne »« les paumés du petit matin […] se mouchent dans les étoiles » avant de se perdre dans les brouillards d’Anvers et la moiteur des tavernes d’Amsterdam. « Partir où personne ne part », fenêtres grandes ouvertes sur le vent du large de l’immense tendresse de l’homme de la Mancha, nous y croiserons Dulcinéa, Sancho et Don Quichotte à la recherche de « l’inaccessible étoile » Avec eux, nous naviguerons vers les Marquises « où le temps s’immobilise », nous y brûlerons notre enfance dans un improbable Far-West où tous les bourgeois seront des Indiens, avant de « vaquer à de vagues besognes » lassés d’attendre Madeleine qui, de toute façon, ne viendra plus…

Avec Jeff, on ira « manger des moules et puis des frites », éclaboussant de pourboires quelques barmans silencieux, il nous manquera Jojo son irremplaçable secrétaire, et ses inoubliables complices du petit écran, de la bande à Bonnot, Bruno Cremer, et toute l’équipe de L’Aventure c’est l’aventure, Charles Denner et Lino Ventura en tête. Il nous manquera enfin Barbara, son alter ego féminin, mise en scène par Brel dans Franz, qu’une chaîne comme Arte serait bien inspirée de (re)mettre à l’antenne.

En attendant que la comédie musicale québécoise ne traverse l’océan, on pourra toujours se consoler en allant à Vesoul où la street artist Pink’Art RoZ vient de réaliser une fresque géante en l’honneur de Jacques Brel, dans le quartier populaire de Montmarin (Haute-Saône). « T’as voulu voir Vesoul, on a vu Vesoul… » Un hommage original au chanteur qui a rendu célèbre la cité vésulienne à travers un de ses plus grands succès.

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