Editoriaux - Politique - 3 mai 2019

Jack Lang : de Mao à Smalto, quarante ans de costards bien taillés !

S’il fallait, en quelques mots, définir les grands traits de l’époustouflant Jack Lang, on pourrait dire : l’amour de soi, le bronzage pain d’épices, les costumes de marque… Le tout aux frais de la princesse, amour de soi compris, car l’homme a toujours réclamé qu’on lui offre un emballage à la hauteur de l’estime qu’il se porte.

Très « fils de famille » dans ses années de lycée – ce qu’il était, en effet -, Jack Lang apparaît sur la photo de classe en costume-cravate et boutons de manchette, la main gauche tenant le revers de son veston, la main droite le pouce passé dans la poche de son gilet… Il ne lui manquait alors que le cigare à la bouche. Vinrent les années soixante et le théâtre subversif ; il devint théâtreux, puis gauchiste, puis metteur en scène du PS, puis ministre…

Homme de talent, celui qui, dans ce monde si sélect qu’on appelait alors « gauche caviar », représentait surtout le courant caviar, Lang nous aura vendu la mitterrandolâtrie mieux qu’un paquet de lessive. Son génie aura été d’y survivre, traversant les régimes en éternel courtisan du premier cercle, preuve que toutes les places sont bonnes à prendre et qu’aucun costume ne lui fait peur.

Chemises roses rue de Valois, veston vert pomme à Latche, Pataugas® du Vieux Campeur à Solutré, costume Mao version Mugler pour « passer de l’ombre à la lumière » dans les couloirs du Panthéon… mais les années passent, les décennies s’empilent. Qu’importe : l’amour demeure. Je parle de celui du costume.

En mars dernier, c’est L’Obs qui balance : Jack Lang, président de l’Institut du monde arabe (IMA), aurait reçu pour près de 195.600 euros de costumes et pantalons du couturier italien Smalto entre 2013 et 2018. (Aucune reconnaissance, ces journalistes, oublieux du temps où le sémillant ministre de la Culture embarquait toute la rédaction du Nouvel Observateur avec lui pour la Chine…)

L’avocat de Jack, Me Laurent Merlet, monte alors au créneau : son client s’est « bien vu offrir des costumes par la société Smalto depuis quelques années, mais cela s’est fait à l’initiative du créateur Francesco Smalto, mort depuis » [en 2015, NDLR]. Il confirme : « La maison Smalto n’a jamais adressé aucune facture à M. Lang » et « ses cadeaux n’ont jamais eu aucune contrepartie ». Enfin, utile précision : « Ce n’est pas la première fois que des couturiers proposent à Jack Lang de l’habiller. Depuis quarante ans, il a reçu ainsi des cadeaux compte tenu de sa notoriété. Cela s’inscrit dans une sorte de tradition d’ambassadeur de la marque. »

À en croire leurs amis, qui ne se sont pas privés de le rapporter dans leurs ouvrages respectifs (Jean-Pierre Colin[1] ou Guy Hocquenghem[2]), cette tradition était, d’ailleurs, familiale. Le bruit a ainsi longtemps couru dans Paris que les couturiers, lassés de devoir réclamer à Monique Lang et ses filles des robes qu’elle oubliaient de rapporter, s’ingéniaient à laisser traîner des épingles dans les coutures…

Pour dédouaner son client, Me Merlet égrène la liste des donateurs, tous si fiers de voir leurs créations portées par le ministre à vie : Gaultier, Mugler, Miyake, Yamamoto, Saint Laurent… et maintenant Smalto. Il aurait pu, aussi, rappeler que c’est à Jack Lang que la haute couture doit de défiler dans la cour carrée du Louvre, lui aussi qui organisa le bal des nantis parmi les merguez-frites : en 1988, un défilé Yves Saint Laurent à la Fête de l’Humanité.

Qu’à cela ne tienne : le parquet de Paris vient d’ouvrir une enquête préliminaire à l’encontre de Jack Lang pour « abus de biens sociaux ». Un Lang déjà épinglé pour des frais de fonctionnement astronomiques à l’IMA, un institut « pauvre mais sexy », selon ses propres mots.

[1] L’Acteur et le Roi, portrait en pied de Jack Lang, Éd. Georg, 1997

[2] Lettre ouverte à ceux qui sont passés du col Mao au Rotary, Éd. Albin Michel, 1986

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