Editoriaux - Religion - Société - 3 mai 2019

S’il y a tant d’églises à entretenir, pourquoi se lancer dans des projets au goût douteux ?

À l’occasion de l’incendie de Notre-Dame, l’Observatoire du patrimoine religieux a tiré la sonnette d’alarme : il y aurait 500 églises « en danger » et 5.000 édifices religieux « en souffrance ».

Au vu de ce tragique constat, certaines décisions ne lassent pas d’étonner. Je ne suis pas grand clerc ; qui suis-je, d’ailleurs, pour juger ? Mais j’ai quand même le droit de m’interroger.

À Montigny-lès-Cormeilles, dans le Val-d’Oise, une nouvelle église Saint-Joseph sera consacrée le 5 mai. Si l’on en croit Le Parisien, « l’ancienne chapelle qui datait de 1979 présentait un état de délabrement avancé et ne répondait plus aux normes en matière de sécurité et d’accessibilité ». La nouvelle église comptera 300 places, un logement et des salles paroissiales annexes. Le coût du chantier s’élève à un peu plus de trois millions d’euros. Le député-maire de la ville Jean-Noël Carpentier se dit « ravi », comme l’est sans doute aussi son prédécesseur, Robert Hue, qui fut invité à poser la première pierre avec l’évêque en 2017 : « Le résultat est très réussi. Le mur vitrail multicolore de 120 mètres carrés est magnifique. C’est une véritable œuvre d’art. » On comprend ces deux politiques issus du Mouvement des progressistes, car la construction, si l’on en croit les plans d’architecte qui circulent sur Internet, est tout sauf conservatrice. Ou alors elle conserve le style des années 70 qui, en matière architecturale, n’était pas franchement l’archétype du bon goût, surtout pas pour les édifices religieux qui, aujourd’hui, font fuir à toutes jambes les jeunes couples désireux de se marier à l’église… mais pas dans celles-là. Bref, Saint-Joseph fait aussi démodé que la combinaison collante du groupe Abba avant même d’être inaugurée. Carrée et massive comme un magasin IKEA, elle arbore sur son « mur vitrail » des rayures multicolores (censées représenter, selon l’artiste, la « multiculturalité de la communauté paroissiale » ; on devine que le détail a dû faire frémir de plaisir nos deux « progressistes ») qui font inexorablement penser à un tee-shirt Little Marcel. Comme le précise le plan de l’architecte, « une croix présente sur la façade signalera l’édifice catholique ». Ce ne sera pas de trop.

On m’excusera de mettre les pieds dans le plat, mais n’y avait-il vraiment pas, dans le coin, une église joliette à restaurer ? Et s’il fallait absolument construire, pourquoi s’être échiné à reproduire les centres commerciaux de la ZAC d’à côté ? Même le clergé aurait donc décidé de priver les quartiers populaires, ceux de la France des ronds-points, de la beauté simple que constitue un petit porche néo-gothique surplombé de son gentil clocher ?

Parallèlement, on apprend que la Fraternité Saint-Pie-X s’est lancée, dans la région nantaise, dans un vaste chantier : la construction d’une nouvelle église pour un budget de deux millions d’euros. « Avec son clocher à 22 mètres de haut, elle accueillera 400 personnes, comptera des salles de réunion et des bureaux pour les prêtres » (Ouest-France).

Eux autres (on voit la photo dans la presse) font, bien sûr, dans le classique – si certains font du neuf avec du vieux, ils seraient plutôt du genre, eux, à faire du vieux avec du neuf -, mais on pense à toutes les églises de Loire-Atlantique – il y en a forcément – qui menacent ruine, éternellement vides, ne faisant l’objet d’aucun entretien. N’aurait-il pas été astucieux de « se débarrasser » de l’une d’entre elles en la leur confiant ? Certains curés cèdent bien à des associations musulmanes des terrains pour construire des mosquées… pourquoi pas des édifices à ces catholiques-là, même s’ils sont en délicatesse avec les autorités, même si leur « sensibilité » n’est pas trop la tasse de thé de l’évêché ?

Mais pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué…

À lire aussi

Mais par saint Denis, a-t-on perdu la tête ?

Le nom, finalement, ne va pas si mal à ce laboratoire urbain de la diversité heureuse : to…