Editoriaux - Société - 16 novembre 2019

Comme quoi il ne faut jamais désespérer…

Il ne faut jamais désespérer. Même si, il y a des jours, il y a de quoi. Prenez la liberté d’expression. Un truc qui semble attaqué par les deux bouts. D’un côté, subtilement, par la loi. Un arsenal légal qui oblige celui qui veut se lancer dans la grande aventure de l’expression publique de son opinion à se flanc-garder solidement afin d’éviter du mieux possible les embuscades. D’un autre côté, plus grossièrement et violemment, par une armée d’activistes plus ou moins cagoulés, prêts au coup de poing.

Ce pauvre François Hollande en a été la victime à Lille. Interdit de conférence comme un vulgaire réactionnaire, des exemplaires de son dernier livre détruits : 450, soit, peut-être, la moitié de ce qu’il a vendu. « Une destruction méthodique des livres », rapportait 20 Minutes. Pas de quoi sourire dans le pays qui se targue d’être celui de la liberté d’expression et, accessoirement, de la littérature. Certes, un bien grand mot, peut-être, pour le pensum de l’ancien Président. Ce qui pourrait, en revanche, prêter à sourire, c’est le titre du chef-d’œuvre : Réponse à la crise démocratique. D’autant plus sourire quand on se donne la peine de réécouter François Hollande venu faire la promotion de son essai (on va dire comme ça) chez Apolline de Malherbe, il y a deux semaines de cela, sur BFM TV.

On résume, histoire de vous économiser l’achat du bouquin. Il y a une crise de la représentation dans ce pays ? Oui. On fait quoi, alors, on passe à la proportionnelle ? Ah non, cela risquerait de faire gagner le Rassemblement national. Et puis, regardez, partout où il y a la proportionnelle, ça marche pas. Soit, en gros, la plupart des pays de l’Union européenne qui, c’est bien connu, vivent le chaos. Mais nous nous éloignons du sujet.

Donc, en réponse à cette réponse à la crise démocratique, une bande d’étudiants s’est offert, très démocratiquement, un petit monôme. N’ont sans doute pas osé le feu. Raisons de sécurité, peut-être. Ou bien la peur d’être assimilés aux « pires heures de notre Histoire». Allez savoir. Des livres qui étaient la propriété, non pas de Hollande, mais d’une libraire qui, malheureusement, devra se débrouiller avec ça. Bref, c’est ainsi en France, de nos jours. Donc, de quoi désespérer, disais-je.

Eh bien non. « L’espérance doit-elle disparaître ? La défaite [de l’esprit et de l’intelligence] est-elle définitive ? Non ! » (Pardon pour le détournement de citation).

La preuve ? Vendredi soir, pas à Lille, mais à Aix-en-Provence, dans une enceinte universitaire ou, pour être plus précis, dans un amphithéâtre de Sciences Po Aix, un homme politique de premier plan a pu s’exprimer devant une salle comble, en toute quiétude, sans être importuné. Apparemment, pas le moindre incident. Un twittos clame même son enthousiasme : « Nous sommes ravis que cette première conférence organisé [sic] par @AixpressionD soit une réussite. » Liberté d’Aixpression ? Association de débats politiques et d’actualité de Sciences Po Aix. Le thème de la conférence ? « L’ère du peuple et les révolutions citoyennes. » Comme François Hollande, le brillant orateur en a profité pour refourguer l’un de ses bouquins, un rossignol datant de 2014 – il faut bien vivre et payer les frais généraux. Le titre de l’ouvrage en appui de ladite conférence ? L’Ère du peuple. Le nom du conférencier ? Jean-Luc Mélenchon.

Comme quoi il ne faut jamais désespérer.

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