Ce sont des histoires magnifiques que Le Monde a collectées. De belles histoires « christiques » comme on nous en racontait au catéchisme. D’ailleurs, c’est bien de catéchisme qu’il s’agit ici.

Le « quotidien du soir » – formule jusqu’ici consacrée qu’on pourrait remplacer par « le quotidien de la bonne conscience » – nous apporte une série d’émouvants témoignages. Ceux de gens « touchés par le sort de jeunes réfugiés contraints de dormir dans la rue » ; ce ne sont pourtant que « des citoyens ordinaires [qui] leur ouvrent la porte de leur domicile ». On les appelle les « hébergeurs citoyens ».

Il y en a une jolie collection, dans les pages du Monde, de ces gens touchés par la misère qui s’étale sur nos trottoirs. Ils s’appellent Pascale et Bertrand, Marie et Stéphane, Valérie et Laurent, Georges, Béatrice, puis Olivia et Émilie. « Ils offrent une chambre, un canapé, le temps d’une nuit, d’un mois, d’une année. Personne n’est capable de dire précisément combien ils sont, tant les initiatives sont éparses. Ces retraités ou actifs, qui vivent seuls ou en couple, à Paris ou en province, sont portés par un devoir d’humanité bien plus souvent qu’un élan politique », nous dit Le Monde.

De fait, il n’y a dans ces témoignages que de merveilleuses histoires, des hébergeurs formidables et des hébergés qui le sont plus encore, des petits jeunes qui raflent les bonnes notes à l’école… L’ au pays des Bisounours, en quelque sorte. Ça et là, pourtant, le ton du récit se fait acide, mais c’est pour pointer l’iniquité de nos services, la lenteur insupportable apportée à l’examen des demandes d’asile ou, plus prosaïquement, le fait que l’État n’offre pas d’hébergement immédiat à toute personne qui débarque, légalement ou non, sur son sol.

Je vous le dis, tout cela est merveilleux. Jugez-en : après un regard sur le trottoir, Pascale et Bertrand ont accueilli Madjiou, un jeune Guinéen, puis Lateef, un Afghan de 15 ans : « En deux minutes j’ai dit que je le prenais chez moi. Au bout de deux jours, je lui confiais les clefs de l’appartement », raconte Pascale. Et voilà Ismaïla qui atterrit quasiment par hasard dans le loft de Marie et Stéphane, au cœur du très bobo 10e arrondissement de Paris. « Ismaïla est venu du fait de l’absence de perspectives économiques dans son pays. Je trouve ça légitime », dit Stéphane. Et puis il y a Georges, dont l’appartement au pied de Montmartre est trop vaste pour lui. Alors, il a recueilli Abdul, qui vit chez lui depuis plus de trois ans, parce qu’« un ami [lui avait] dit de venir en France pour les papiers ». Si Valérie et Laurent ont recueilli un Serbe champion de course à pied, c’est parce qu’elle « veut rendre l’ISF », dit la dame. Puis ils ont recueilli un Guinéen et maintenant un Pakistanais, un champion lui aussi, sans doute, puisqu’« il a notamment franchi treize montagnes en une nuit entre l’Iran et la  » (sic). Il devait être sur un tapis volant. Enfin, Olivia et Émilie, deux globe-trotteuses reconverties dans les cosmétiques bio, qui partagent depuis deux ans leur appartement avec Mohamed et Habib. « Peu de temps après leur rencontre avec les deux Soudanais, ils déménagent tous les quatre dans un nouvel appartement pour entamer une grande colocation », nous dit-on. Colocation, ça veut dire qu’on partage le loyer, non ?

C’est beau, je le redis. Mieux que cela : c’est tout à fait merveilleux. C’est surtout sans interrogation aucune sur la véracité des histoires, sans distance, sans ombre au tableau idyllique. Les hébergeurs-citoyens du Monde me font penser aux quinquas de nos films sociétaux, façon Petits Mouchoirs. Ils ne comprennent pas pourquoi l’État n’offre pas le gîte et le couvert à toute personne qui débarque mais habitent les beaux quartiers de Paris ou une villa avec piscine en bord de mer. Loin des odeurs qui chatouillaient le nez de feu Chirac ou des « quartiers nord » où l’on s’entretue.

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