En 2017, ils étaient partis pour tout casser et allumer le feu. Bref, on allait voir ce que l’on allait voir. Trois ans plus tard, on a vu : ça ne marche plus chez les marcheurs.

Celui qui tire la sonnette d’alarme n’est pas n’importe qui, s’agissant de Pierre Person, numéro deux du mouvement en question, qui vient d’en claquer la porte. À l’occasion d’un message envoyé à , il évoque un « mouvement de bourgeois », des « militants qui ne savent plus où ils habitent ». Et de conclure en ces termes : « Vous avez besoin d’un vrai parti politique, pas d’un BDE d’école de commerce » , cite Le Point. Ça tombe bien, le Président n’est pas loin de dresser semblable constat.

Sociologiquement parlant, il est ainsi indubitable que l’écrasante majorité des marcheurs vient de ce monde dans lequel il est un fait acquis que la France doit se diriger telle une banale entreprise et que son gouvernement serait autrement plus efficace s’il fonctionnait comme un conseil d’administration.

Mais, par nature, les gestionnaires égarés en politique ignorent souvent que cette dernière est avant tout le domaine du tragique et que ce n’est pas dans les écoles de commerce qu’on apprend à gérer une crise sociale, telle celle des gilets jaunes, et encore moins une crise internationale du type gréco-turc. Cela, Emmanuel Macron ayant fini par l’apprendre à ses dépens avait évidemment un plan B : la constitution d’une sorte de nouvelle UDF. On ne dira jamais à quel point cet homme est clone de Valéry Giscard d’Estaing.

En effet, le père du « libéralisme avancé », pour faire face à la soldatesque du RPR, dut, lui aussi, monter à la va-vite une coalition centriste faite de bric et de broc, de démocrates-chrétiens et d’anciens d’Occident, de radicaux valoisiens et de turlupins issus de la déjà fameuse société civile. Ce n’est donc pas un hasard si l’actuel Président entend s’appuyer sur le MoDem de François Bayrou, lui-même ancien giscardien. Ou de l’art de faire du neuf avec du plus tout jeune.

En attendant, le temps presse, le bateau prenant l’eau de toutes parts. À , là où ce mouvement tenait son campus de rentrée, le week-end du 12 septembre dernier, l’ambiance n’était donc pas à la franche jovialité.

Le délégué général, Stanislas Guerini, a bien tenté de remonter le moral des troupes, sur fond de musique électro – c’est dire le niveau culturel –, en évoquant cette future maison commune dont l’insubmersible François Bayrou tentait de mieux définir les contours : « Quand nous regardons l’avenir, quand nous parlons du présent, nous avons exactement les mêmes grilles de lecture. » Nul doute que l’assistance en soit ressortie toute galvanisée.

À propos de « maison commune », voilà qui rappelle de vieux souvenirs. Le 23 avril 2002, histoire de faire face au péril lepéniste – déjà ! –, Alain Juppé, encore un autre sous-Giscard, lance l’UMP qu’il propose, quelques mois plus tard, de rebaptiser… la Maison bleue. Tout le monde croit à un canular, surtout le chanteur Maxime Le Forestier qui, interrogé par France Inter, s’étonne qu’un parti de centre droit puisse prendre pour référence sa maison bleue, juchée, elle, sur les collines de San Francisco, d’où le titre de la chanson : « San Francisco ».

On remarquera pourtant – une sorte d’acte manqué ? – que les paroles étaient assez raccord avec la situation de l’UMP, comme celle de , d’ailleurs :

« On y vient à pied, on ne frappe pas/Ceux qui vivent là ont jeté la clef/Nageant dans le brouillard/Enlacés, roulant dans l’herbe/[…] Un autre arrivera/Pour nous dire des nouvelles/D’un qui reviendra dans un an ou deux/Puisqu’il est heureux, on s’endormira. »

Si l’on résume, les gars et les filles ne savent plus très bien où ils habitent (ils ont jeté la clef), ils ne savent pas non plus où ils vont (c’est le brouillard), ils ne savent guère plus ce qu’ils attendent (ça arrivera dans un an ou deux). Mais ce qui compte, c’est qu’ils soient heureux et surtout au taquet (on s’endormira).

Pas de doute, la Macronie est en marche. Et d’un bon pas, encore.

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