Editoriaux - Entretiens - Religion - Société - 20 janvier 2020

« Il a bien fait de ne pas enlever sa croix. Nous sommes croyants, vivant dans un pays de tradition catholique… »

Entretien exclusif

La semaine dernière, au collège Marx-Dormoy, dans le 18e arrondissement de Paris, un garçon d’origine serbe, âgé de 12 ans, a été agressé par des camarades qui voulaient lui faire enlever la croix qu’il porte autour du cou. Boulevard Voltaire a interviewé la mère de ce garçon.

Que s’est-il passé, au collège Marx-Dormoy, ce mardi 14 janvier 2020 ?

Mon fils de 12 ans est rentré avec des marques de coups sur le visage et l’air traumatisé. Au début, j’ai pensé que c’était lui qui s’était bagarré. Mais en parlant avec lui, j’ai compris qu’il avait été agressé. Il m’a expliqué qu’un petit nombre d’élèves ont vu sa chaîne avec sa croix – habituellement cachée, mais là, elle était sortie de son col – et lui ont ordonné de l’enlever en déclarant qu’il n’avait pas le droit de porter cela dans le collège. Mon fils a refusé, ils ont fini par l’encercler. Ils l’ont jeté à terre et l’ont frappé à coups de poing et de pied. Il a eu la présence d’esprit de se protéger la tête avec les bras.

Votre fils a-t-il déjà été victime de menaces avant cette agression due à sa religion ?

Jamais. Cet établissement accueille toutes les religions et toutes les origines. On n’a jamais senti de communautarisme dans ce collège. Mais mon fils a été agressé à cause du port de cette croix.

Comment a réagi l’établissement ?

Mal. Le CPE (conseiller principal d’éducation) n’était absolument pas au courant de ce qui s’est passé. Personne, au collège, n’était au courant avant que je les appelle. Le CPE m’a alors dit qu’il allait me recontacter. Mais n’ayant aucune nouvelle, je suis venue le vendredi avec mon bébé de 18 mois dans les bras pour exiger un rendez-vous. Après trente minutes d’attente, il a fini par me recevoir dans son bureau. J’ai l’impression de n’avoir été ni écoutée ni comprise. Il m’a dit que ce n’était « ni grave ni urgent ». Le directeur du collège, lui, n’a même pas voulu me recevoir. Mon enfant a été agressé gratuitement et il ne trouve pas le temps de le recevoir ni de s’en préoccuper !

Vous êtes donc allée porter plainte…

Oui. Malheureusement. Je déplore vraiment d’en avoir été réduite à cela. Les enfants qui ont attaqué mon fils n’étaient peut-être pas tous conscients de la gravité de ce qu’ils faisaient. Si l’établissement avait immédiatement réagi, l’affaire se serait arrêtée là. Mais leur attitude ne m’a pas laissé d’autre choix. Je ne veux pas envoyer mes enfants au collège en craignant pour leur sécurité sans rien faire.

Votre fils aurait dû enlever sa croix ?

Il a bien fait de ne pas enlever sa croix. Nous sommes croyants, vivant dans un pays de tradition catholique mais qui a toujours accueilli les autres religions. J’enseigne à mes enfants le respect de toutes les religions et toutes les cultures. La plupart des amis de mes enfants sont de confession musulmane et nous les recevons souvent à la maison ! Nous respectons toutes les croyances mais nous demandons à ce qu’on nous respecte en retour.

Qu’allez-vous faire ? Le changer d’établissement ?

Je ne vois pas pourquoi il changerait d’établissement. C’est à la direction de changer en s’améliorant. Demander à un collège d’assurer la sécurité et d’enseigner à nos enfants la tolérance c’est la moindre des choses.
Ce n’est pas à nous de changer ou de fuir. Et puis, pour aller où ?

NDLR : Boulevard Voltaire a contacté le collège Marx-Dormoy. La direction assure qu’une enquête interne est en cours et qu’elle ne communiquera pas tant qu’elle n’aura pas abouti.

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