Quel malheur ! va gagner deux fois moins en tant que ministre que chroniqueuse à la radio et à la télé ! Mais pourquoi diable a-t-elle accepté ?

C’est ce qu’elle a lancé, d’emblée, au JDD qui l’interviewait, le 20 juillet. Est-ce-qu’on se rend compte, au moins, du sacrifice qu’il lui a fallu pour accepter, la mort dans l’âme, d’intégrer son bureau doré surplombant la cour d’honneur du Palais-Royal ?

« Nul ne peut dire que je sers mes intérêts en acceptant ce poste dans un contexte aussi terrible ; je perds tout de même la moitié de mes revenus dans cette affaire. »

Mazette ! Quel montant perçoit donc un ministre pour que madame crie déjà famine ? Selon le droitdesfinances.fr, son salaire mensuel brut s’élève à 10.136 euros. Presque dix fois le SMIC. Une misère. Des petits à-côté mignonnets, des avantages acquis, peut-être ? Trois fois rien : la voiture de fonction avec chauffeur, un quota de déplacement en avion, l’accès au réseau ferroviaire gratuit. Et comme l’État sait se montrer grand prince, il octroie également, si besoin est, un logement de fonction de quatre-vingts mètres carrés. Une misère, on vous dit. Et puis, c’est sûr qu’avoir touché 250.000 euros annuels, ce qu’elle confiait, en 2013, rien que pour son émission sur C8, ne permet pas de mettre de côté. Ni le fait d’avoir été trois fois ministre en douze ans, ni député, ni député européen, ni chroniqueuse, ni animatrice sur différentes chaînes de télévision…

Ah, Roselyne, la doyenne du gouvernement et les petits arrangements avec la réalité ou sa conscience ! Tenez, au sujet de ses parents, par exemple. Son père venait de la gauche et sa mère du centre, disait-elle récemment, sur LCI. Pour un peu, Roselyne, fille de deux chirurgiens-dentistes, nous la jouait Cosette ! Son frère ne l’a pas raté : « Il serait temps d’arrêter de dire n’importe quoi », « ils n’ont pas mérité ça ! », a-t-il tweeté, moqueur. En effet, papa Narquin était député… gaulliste !

Tout de même, quelle grandeur d’âme, la Bachelot ! Se délester de la moitié de ses revenus pour venir à la rescousse des artistes « désespérés financièrement, psychologiquement et même moralement », cela se salut. Il n’y a que les mauvais esprits pour songer un instant que le renoncement pécuniaire de Roselyne Bachelot qui, à la Culture, se sent d’évidence comme un poisson dans l’eau, aurait un tant soit peu à voir avec son attirance pour les ors du pouvoir, le beau linge, les grands festivals avec leurs cohortes de pipole. Tout le tralala, quoi…

Au fond, à 73 balais, avec une carrière aussi prolifique et très largement rémunérée, elle ne s’en fiche pas un peu, ou même beaucoup, la Roselyne, de sa perte de revenus ? Alors, il serait peut-être temps, une fois encore, d’arrêter de dire n’importe quoi !

25 juillet 2020

À lire aussi

Corinne Lepage, ex-ministre de l’Écologie : écolo, vraiment ?

Le vice-président de la chambre d'agriculture d'Île-de-France ne s'y trompe pas, qui parle…