[HISTOIRE] Notre-Dame de Chartres, une cathédrale d’histoire

Le pèlerinage Notre Dame de Chrétienté entre Paris et Chartres arrive ce lundi dans un passionnant lieu d'histoire.
©FRSalefran
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Chaque année à la Pentecôte, des milliers de pèlerins foulent les chemins entre Paris et Chartres dans une marche fervente vers Notre-Dame. Pourtant, ce pèlerinage n’est pas seulement un effort physique : il s’inscrit dans une histoire millénaire, marquée par la foi, les luttes politiques et les grands tournants du royaume de France. Notre-Dame de Chartres n’est pas seulement un chef-d’œuvre gothique, c’est un monument vivant, un cœur battant de notre identité.

Un sanctuaire marial

Bien avant les tours gothiques, les premiers chrétiens édifient entre le IVe et le Ve siècle sur la colline de Chartres une première cathédrale, dite d’Aventin, du nom de l’un des premiers évêques de la ville. L’édifice subit ensuite le feu des Wisigoths au VIIe siècle, puis celui des Vikings en 858, obligeant à plusieurs reprises sa reconstruction par les fidèles.

C’est autour de la Sainte Chemise, une relique précieuse présentée comme la tunique portée par la Vierge Marie, que le sanctuaire gagne une renommée considérable en Europe. Offerte, selon la tradition, par l’empereur byzantin Constantin V à Charlemagne en 792, puis transmise à Charles le Chauve en 876, cette relique attire rapidement des foules immenses. Elle installe ainsi durablement Chartres comme un haut lieu du culte marial dans toute la chrétienté médiévale.

Des flammes à la lumière

Malheureusement, la cathédrale carolingienne est ravagée par un incendie en 1020. L’évêque Fulbert entreprend alors de rebâtir un nouvel édifice, cette fois de style roman. Cependant, en 1194, les flammes détruisent à nouveau l’édifice. Loin de se décourager, l’évêque Renaud de Bar, cousin du roi Philippe Auguste, lance la reconstruction dans le style gothique, alors en plein essor.

Le chantier est mené avec une rapidité remarquable pour l’époque, et en 1260, sous le règne de saint Louis, la cathédrale est solennellement consacrée. Son unité stylistique, son élévation lumineuse et surtout ses 2.600 m² de vitraux font d’elle un véritable joyau de l’art gothique. Les couleurs profondes, en particulier le célèbre « bleu de Chartres », continuent encore aujourd’hui de fasciner les visiteurs comme les chercheurs.

Chartres, théâtre de l’Histoire de France

Cependant, Chartres n’est pas qu’un sanctuaire religieux : la cathédrale qui sera en ce jour emplie de pèlerins est aussi le théâtre d’épisodes décisifs de l’Histoire de France. Le plus célèbre est sans conteste le sacre d’Henri IV, le 27 février 1594. Reims, bastion de la Ligue catholique, était alors inaccessible au roi nouvellement converti au catholicisme. Henri IV choisit alors Chartres et sa magnifique cathédrale pour affirmer sa légitimité. Lors du sacre, l’évêque de Chartres Nicolas de Thou oint le roi d’une huile bénite locale, faute de pouvoir user de celle de la sainte Ampoule restée à Reims. Ce geste symbolise néanmoins la réconciliation du roi et du royaume après les guerres de Religion.

Chartres n'en a pas fini avec les tribulations. Pendant la Révolution française, la cathédrale est transformée en Temple de la Raison. Si l’édifice échappe aux destructions majeures, de nombreuses reliques et éléments du mobilier liturgique sont néanmoins pillés ou détruits. Plus tard, en 1836, un incendie détruit la charpente médiévale en bois, la fameuse « forêt », et ravage la toiture. Elle est restaurée par Jean-Baptiste Lassus, collaborateur de Viollet-le-Duc. Une charpente métallique remplace l’ancienne, et le plomb de la toiture est remplacé par du cuivre, dont l’oxydation donnera au toit sa teinte verte si caractéristique.

Pendant de la Seconde Guerre mondiale, en août 1944, les Alliés envisagent de bombarder la cathédrale, soupçonnée d’abriter un poste d’observation allemand. Un officier américain, le colonel Welborn Griffith, prend l’initiative courageuse de s’y rendre seul. Il découvre que l’édifice est vide et empêche ainsi sa destruction. Notre-Dame de Chartres est sauvée. Griffith trouvera la mort quelques heures plus tard dans les combats.

Un lieu de pèlerinage

Déjà classée monument historique en 1862, la cathédrale de Chartres est inscrite au patrimoine mondial de l’UNESCO depuis 1979. Ce classement ne l’a pas figée alors dans le marbre d’un passé glorieux : son histoire continue à s’écrire. En effet, en 1983, le grand pèlerinage de la Pentecôte est relancé par l'association Notre-Dame de Chrétienté. Depuis, chaque année, des milliers de pèlerins, jeunes et moins jeunes, venus de toute la France et d’ailleurs, parcourent les chemins vers Chartres afin d'admirer les siècles d’histoire dans le silence de la prière.

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Eric de Mascureau
Chroniqueur BV- Histoire, patrimoine, culture

Vos commentaires

2 commentaires

  1. Je crois que le colonel Welborn Griffith mérite un grand hommage, non seulement de la part des Français, mais de tous les Européens et même du monde entier.

  2. Les blancs « guers » manifestent leur foi , voir le nombre de baptêmes célébrés à Pâques …

Commentaires fermés.

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