Editoriaux - Politique - Table - Télévision - 24 août 2017

Hanouna, dernier rempart de la démocratie ?

Que se rassure s’il me lit : je n’ai pas l’intention de continuer à le jeter aux chiens alors que j’avais trouvé la chasse à cet homme outrancière et, à la longue, injuste. Je ne peux pas dire que je le connaisse, pour l’avoir seulement croisé à trois ou quatre reprises dans un ascenseur ! Il avait terminé son émission et j’allais participer à un débat. Je l’ai trouvé dans l’instant chaleureux et sympathique.

À Athènes, j’ai acheté Paris Match et j’ai pu lire un très long entretien avec lui. Je n’ai pas l’intention de faire un sort à l’ensemble de ses réponses mais seulement à celles qui exprimaient un point de vue sur la liberté d’expression et de divertissement telle qu’il la concevait.

Je ne peux que lui donner raison – même si ayant entendu parler des extrêmes vulgarités que charriait parfois son émission, avec la compagnie qu’il avait choisie, je ne me prononce pas sur la qualité du rire qu’il offre – quand il affirme : “J’ai la volonté de divertir les gens dans le respect de tous” ou “Je suis un militant de l’inclusion par le rire. Pour moi, tout le monde est sur le même plan, critiquable sans différence”.

Surtout, je le rejoins totalement – et son propos est bienvenu – quand il dénonce : “J’en ai marre des donneurs de leçons, ceux qui disent quoi penser, quoi aimer. Mon rêve, c’est de faire comme Coluche “Les Logements du cœur.”

À sa manière, il traite d’une dérive d’aujourd’hui qui est de rapporter la pensée, l’écriture et la parole à une conception moralisatrice risquant de porter atteinte à leur liberté et à leur sincérité. Il convient de dire non pas seulement ce qu’on ressent ou ce qui est vrai mais ce qui est bien. Ce totalitarisme frappe de plus en plus et ses apôtres sont de plus en plus nombreux. On a si bonne conscience quand on s’arroge tous les droits, le principal vous autorisant, croit-on, à gouverner l’esprit des autres.

S’il fallait un exemple récent, la polémique scandaleuse qui a suivi le tweet d’une ex-Miss France ayant mentionné “les Européens” après le terrorisme islamiste en Espagne suffirait à démontrer à quel point le juste, le vrai, l’évident, l’incontestable ne sont plus à l’abri des aigreurs universalistes du politiquement correct et comme même l’anodin est pourchassé quand il dérange ceux pour lesquels l’Europe devrait se cacher honteuse sous la table du monde.

Relier la saillie lucide de Cyril Hanouna à cette perversion qui gangrène beaucoup, trop, n’est pas artificiel. Il s’agit en effet d’un même mouvement qui concerne ici le divertissement ou le rire et là les criminels, le terrorisme et l’islamisme. On n’a plus le droit de nommer ou, quand on a nommé, il convient, par une équité absurde, de mettre sur l’autre plateau de la balance des gens ou des causes auxquel on n’a rien à reprocher.

[…] un espace intellectuel, une démocratie ayant besoin d’un talentueux histrion si discuté par ailleurs pour être défendus et rappelés au bon sens sont évidemment en péril. Cyril Hanouna, en portant cette parole pertinente et aujourd’hui provocatrice, fait regretter que d’autres plus légitimes se taisent en acceptant de passer sous les fourches caudines d’une forme d’asservissement.

On a donc Cyril Hanouna et on le garde.

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