Guerre en Iran : tout est bien qui finit bien ?

Rien n’est encore très précis sur les modalités du cessez-le-feu ni sur l’équilibre des forces dans la région.
guerre Iran
Photo de Saifee Artsur Unsplash

Alors que, samedi 23 mai à quinze heures (heure européenne CET), la reprise des frappes israélo-américaines sur l’Iran semblait inéluctable, moins d’une heure plus tard, la rumeur d’un accord irano-américain semblait de nouveau se faire jour. Ce dimanche matin, après une fusillade à la Maison-Blanche dont Donald Trump est sorti, une fois de plus, indemne, ce dernier proclame que la réouverture du détroit d’Ormuz ferait partie du projet d’accord américano-iranien.

Le prix élevé de la fin de la guerre

Alors que, la semaine dernière, à l’issue de ses discussions avec son homologue chinois, Donald Trump semblait déterminé à reprendre les frappes aériennes sur l’Iran dans le cadre d’une opération nommée « Sledgehammer », aujourd’hui, le président américain paraît vouloir donner sa chance à un projet d’accord incluant le rétablissement de la circulation maritime dans le détroit d’Ormuz. La situation y est actuellement toujours bloquée, dans la mesure où seule une petite centaine de navires commerciaux sont passés par le détroit depuis le 19 mai dernier. Le Pakistan serait ainsi prêt à accueillir à Islamabad, la semaine prochaine, une session de discussions américano-iraniennes plus d’un mois après l’échec des précédentes, pourtant conduites par le vice-président américain J.D. Vance. Ce projet d’accord (Memorandum of Understanding, en anglais) comprendrait en préliminaire un cessez-le-feu signé en bonne et due forme entre les trois belligérants sur les fronts iranien et libanais. Les Israéliens, qui continuent jusqu’à présent à bombarder le sud du Liban, devront ainsi stopper leurs opérations contre le Hezbollah.

Dans le cadre de ce premier « bloc militaire », la réouverture du détroit d’Ormuz devra être réalisée en mettant ainsi fin aux deux blocus. L’Iran devrait également cesser l’enrichissement militaire de l’uranium et « remettre à des autorités internationales » (?) ses 440 kilos enrichis à 60 % en contrepartie de la levée, par les États-Unis, des sanctions économiques mises en œuvre depuis 1995. En supplément, les Iraniens réclameraient aux Américains des dommages de guerre suite aux bombardements effectués depuis le 28 février dernier ainsi que le déblocage des « avoirs iraniens gelés ». En sus, les troupes occidentales présentes au Moyen-Orient pourraient devoir être rapatriées. L’ensemble de ces conditions fixées par les Iraniens aux Américains via les Pakistanais semblent à première vue davantage coûter aux Américains qu’au régime des Gardiens de la révolution, qui paraissent ne faire des concessions que dans le domaine nucléaire.

Les raisons d’une volte-face américaine

En dehors des réticences de l’opinion publique américaine à poursuivre la guerre, Donald Trump promet aussi de vouloir traiter d’autres questions géopolitiques telles que celles de Cuba et du Groenland. Comme le décrit Alain Bauer, la vision impérialiste de Donald Trump, à l’image de celles de ses homologues russe et chinois, serait avant tout « verticale et hémisphérique » et non « horizontale et globale », comme l’étaient autrefois les impérialismes traditionnels occidentaux, notamment français et britannique. Les Européens ont de fait encore du mal à comprendre la vision du président américain en ayant tendance à la considérer uniquement comme se référant à la doctrine Monroe selon laquelle les États-Unis se replieraient sur eux-mêmes, ce qui est évidemment tronqué et inexact. Lorsque le secrétaire d’État et conseiller à la sécurité nationale Marco Rubio explique en Suède à ses homologues de l’OTAN qu’il leur « faudra répondre aux inquiétudes de Donald Trump sur le Moyen-Orient », il ne fait qu’expliquer que si les Européens sont gênés par le blocage du détroit d’Ormuz, ce sera à eux de prendre en main la situation en concourant, notamment, aux efforts américains visant à le débloquer.

L’OTAN pourrait ainsi se voir confier une mission dans cette région délicate même si, individuellement, aucun pays européen ne semble vouloir accepter une telle proposition dans un tel cadre. Ce que veulent par exemple la France et le Royaume-Uni, c’est planifier et conduire « une mission défensive » de sécurisation des navires commerciaux au sein d’une coalition d’une cinquantaine de pays. On sait simplement que le Président Macron a discuté samedi soir avec le président Trump ainsi qu’avec différents chefs d’État du Golfe sur une « solution négociée » entre Américains et Iraniens.

Israël absent des négociations ?

On s’aperçoit toutefois que le Premier ministre israélien, Benyamin Netanyahou, ne semble pas avoir été consulté sur la teneur du projet de plan de paix. Israël est relégué à des négociations à Washington avec le Liban, qui, si elles sont historiques depuis la situation de guerre entre les deux pays depuis 1948, n’incluent pas pour autant l’Iran ou le Hezbollah. Sous l’égide des Américains, les Israéliens demandent simplement aux représentant du gouvernement libanais de bien vouloir désarmer et démanteler ce mouvement terroriste. Concernant l’Iran, l’objectif pour Israël était bien de faire en sorte que le gouvernement iranien ne veuille plus détruire l’État juif et, surtout, n’en ait plus les moyens ni nucléaires ni balistiques. L’Iran devait également s’engager à ne plus soutenir financièrement et militairement le Hezbollah ainsi que les autres mouvements terroristes du Moyen-Orient.

Si le projet d’accord entre les Américains et les Iraniens concocté par le maréchal pakistanais Mounir comporte un volet nucléaire, il ne semble cependant pas contenir, au moins pour l’instant, de mesures sur la destruction des missiles balistiques iraniens et sur l’absence de soutien à ses proxys. Alors, cet accord sera-t-il viable pour Israël ? Nul n’est moins sûr et tel pourrait être aussi le cas pour les pays arabes du Golfe qui ne font plus confiance à la bonne foi de l’actuel gouvernement iranien.

Ainsi, tout est bien qui ne finit pas bien, car même si le cessez-le-feu actuel, qui dure tant bien que mal depuis quarante jours, semble devoir se consolider, rien n’est encore très précis sur les modalités de sa mise en application ainsi que sur l’équilibre des forces dans la région, une fois le détroit débloqué. Il serait fort à parier que le gouvernement iranien ne voudra pas abandonner sans fortes contreparties la souveraineté qu’il prétend avoir acquise sur le détroit d’Ormuz pendant le conflit, et ce, en dépit des règles du droit maritime international.

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Vincent Arbarétier
Ancien officier, docteur en sciences politiques, expert géopolitique et militaire

Vos commentaires

45 commentaires

  1. De toute manière ce sera toujours mieux que d’avoir laisser l’Iran mettre au point la bombe nucléaire…
    À ce propos je me demande comment Macron va ce coup ci réussir à s’immiscer pour qu’on parle de lui.

  2. Du monde en rien responsable de ce chaos et cette évidente impasse « moyen orientale »…C’est une réalité. Mais si le monde n’est pas responsable il est cependant directement et principalement concerné… Contrairement au chaos « russo ukrainien », qui lui non plus n’est ni de notre responsabilité, et non cercerne que les seuls bélligérants, à savoir Poutine et Zélinski…Tous les « autres » du monde, et notamment, ceux qui ont souhaité s’impliquer, n’ont qu’un seul et unique objectif : se donner bonne conscience ! Non pas les pays, comme la France, mais leurs seuls chefs d’Etat…MACRON en tête il va sans dire…..

  3. Nous vivons une période incroyable qui voit une redistribution complète des cartes au Moyen-Orient. Bien malin celui qui pourrait faire des prédictions fiables à court terme.
    Cela dit, permettez-moi de vous faire part de ma conviction aussi profonde qu’intuitive pour un ensemble de raisons hétérogènes et indépendantes que la situation du Moyen- Orient va s’améliorer à long terme. Enfin, tous nos frères de cette région (iraniens, libanais, etc.) vont pouvoir respirer un air un peu meilleur que l’odeur particulière du mélange de sang et de poussières…

  4. Nous avons la l’exemple type de la guerre des dupes, qui seront Israël, l’Europe et les monarchies du golfe. Tout ça pour ça.

  5. Je comprend votre réaction « cespasclair 36  » mais avez vous une meilleure idée ?? Si demain les molas iraniens possèdent la bombe atomique ils font sauter la planète….et Israel en premier ..Merci a M.TRUMP de faire le boulot que personne n’ose faire,

    • MIK MAC bonjour. Trump a déclenché sa guerre d’agression deux fois, en 2025 et 2026, alors que la Direction Nationale de l’Intelligence (DNI) chapeautant les 27 agences civiles et militaires du renseignement US (CIA, NSA, etc.) a affirmé que l’Iran ne cherchait pas à se doter de l’arme nucléaire et ne représentait aucune menace. Même affirmation sur l’absence de tout danger iranien par Joe Kent, directeur de la lutte anti-terroriste des USA, lequel a démissionné en mars 2026 en protestation au conflit dans lequel les Etats-Unis ont été entraînés par Israël.
      Quant à Israël dirigé par un PM recherché par la CPI pour crimes de guerre et contre l’humanité, ce n’est pas mon pays. Ma patrie est la France et mon drapeau est tricolore bleu-blanc-rouge. C’est ça qui compte pour moi.

  6. Trump sait parfaitement que ces mollahs ne tiendront pas parole puisque selon le droit coranique leur honneur ne sera pas terni par un mensonge proféré à la face d’un infidèle .Il doit maibtenant se concentrer sur les midterms où une jurisprudence de la Cour suprême lui permettra de prendre un décret imposant une preuve d’identité pour pouvoir voter . D’apres les estimations les plus optimistes le parti démocrate pourrait perdre plus de 20 % de ses sièges traditionnellement acquis .Une fois le pays épuré par cette mesure nécessaire et salvatrice , Trump aura beau jeu de faire constater que ces enragés d’iraniens n’ont pas tenu le moindre de leurs engagements…Et là certains scénarii terrifiants seraient envisageable pour mettre définitivement à terre ce régime maudit .

  7. Non, tout ne finit pas bien. Je pense avec avec désolation aux jeunes gens, même des adolescentes, pendus par cette horrible théocratie, d’extrême droite.

  8. S’il n’y a pas d’accprd sur Gaza et la Cisjordamie, ce demi-accord sera un « coup d’épée dans l’eau » et le conflit redémarerra !

  9. WOUAH, j’ai eu un peu de mal à saisir la pensée complexe de cet article. Au final, il me semble comprendre que c’est moins grave que si c’était pire.Le seul point positif, ce serait ( pas se sera) le déblocage d’un détroit qui n’était pas bloqué avant la guerre.
    Et cerise sur le gâteau, comme d’habitude, les américains vont se tirer et aller semer le boxon ailleurs ( Groenland, Svalbard) en laissant la patate chaude aux Européens.
    Mais bon, si c’est pour désormais avoir une vision « verticale et hémisphérique » au lieu d’un vision « horizontale et globale » je m’incline, je ne peux pas lutter devant cette profondeur stratégique.

  10. Pas d’accord avec ce cessez le feu négocié sur des bases commerciales uniquement. Que devient le peuple iranien dans tout ça ? Il a payé un fort tribu début d’année pour se libérer de la dictature des mollahs, et aujourd’hui ce sont les grands oubliés. Avec ces négociations, on efface tout et on recommence comme avant.

    • Lolofi, bonjour. Le président US se contrefiche du sort du peuple iranien comme de son premier Stetson. Voilà le tableau :
      —– Trump-1 : L’Iran doit libérer la circulation au détroit d’Ormuz. Réponse de Téhéran : Oui, mais avec droit de péage de 2 millions $ par bateau pour les dommages subis. Rappel que la Convention ONU de Montego Bay sur le droit de la mer ne s’applique pas aux Etats-Unis qui ont refusé d’y adhérer, ni à l’Iran qui l’a signée mais pas encore ratifiée dans l’attente du règlement de son contentieux territorial dans le golfe Persique avec les Emirats arabes unis.
      —– Trump-2 : L’Iran doit remettre aux USA les 440 kilos d’uranium enrichi. Réponse de Téhéran : OK, on vous les remettra quand les poules auront des dents. A noter qu’au 17 mai 2025, le stock d’U235 iranien n’est pas de 440 kg mais de 8.413,3 kg à divers taux, soit 19,12 fois plus (source AIEA). Excusez l’écart !
      —–Trump-3 : Interdiction de tout programme de missile balistique. Réponse de Téhéran : Refus, circulez, y’a rien à voir.
      —–Trump-4 : Interdiction de soutenir le Hezbollah, le Hamas, les Houthis et actes factions pro-iraniennes. Réponse de Téhéran : Refus, à chacun ses amis.
      Et tout le reste à l’avenant. Dans ces conditions, je ne vois pas comment les pourparlers pourraient prospérer.

  11. Ainsi cette « drôle de guerre » se terminerait en eau de boudin, comme dans « Louisiana story, pour les plus de 70 ans, il ne s’y passait rien. A moins d’un imprévu du genre mai 40.

  12. En tant qu’homme désireux de la paix et non de la guerre, j’espère que les belligérants parviendront à un cessez-le-feu débouchant sur une véritable sortie négociée de cette guerre d’agression américano-israélienne contre l’Iran. Toutefois les positions des uns des autres me semblent tellement éloignées les unes des autres que je crains qu’elles ne puissent pas se rejoindre. Ce serait un miracle. Aussi, je redoute une reprise des hostilités tôt ou tard, au détriment non seulement des USA et de l’Iran, mais surtout du monde entier qui n’est en rien responsable de ce chaos.

    • l’Iran n’a jamais respecté le droit international, pourquoi les USA le ferrai? Ce n’ est pas une guerre d’agression mais juste une guerre méritée contre l’Iran. Un peu de bon sens s’il vous plaît.

  13. et le peuple iranien, il en fait quoi le Donald ? il a renforcé la dictature iranienne c’est tout

    • Le peuple iranien à choisi l’Iran plutôt que les USA. De lui-même. Dans quelques années, l’Iran sera plus démocratique que l’UE au train où vont les choses (peu de femmes portent désormais le voile). Laissez les iraniens régler leur affaires interne et préoccupez-vous de la liberté en UE sévèrement attaquée par nos dirigeants. En Iran, il y a un e station de métro réservée à la vierge Marie et les chrétiens (les juifs aussi) sont plus respectés qu’en France. Les églises en Iran ne brulent pas.

    • Netanyahou a entrainé Trump dan un piège dont il ne peut sortir que de deux manières : massacrer des dizaines de millier d’iraniens, détruire toute leur économie et par ricochet celles des pétromonarchies du Golfe ou s’en aller en dissimulant le plus possible qu’il s’agit d’une défaite cuisante pour lui… La première solution est celle qu’espérait Israël qui comptait être ainsi débarrassé de toute puissante rivale dans la région, sans compter que l’affaiblissement des pétromonarchies ne serait pas pour lui déplaire, quelles que soient ses hypocrites proclamations d’amitié… Il semble que dans sa grande intelligence Trump ait choisi de sortir de ce piège par le haut et d’assumer ses pertes en cessant cette guerre qui met en péril l’économie mondiale. Netanyahou est fou de rage et fera tout pour empêcher que cette paix se fasse. Car autant Israël était jusqu’aujourd’hui le grand (le seul) gagnant de cette guerre, autant il pourrait demain en être la principale victime en se retrouvant face à un Iran plus puissant et riche que jamais et dont la haine à son égard aura encore décuplé… Tant pis pour vous Messieurs les Israéliens, la guerre n’est pas un jeu, tout le monde peut y perdre des plumes, même vous ! La prochaine fois vous hésiterez peut-être avant d’attaquer vos voisins.

    • La souveraineté des nations veut que se soit le peuple qui se révolte quand il y a une faille. Le peuple iranien ne l’a pas fait quand trump attaqué l’Iran alors même que trump demandait que le peuple se soulève. C’est donc le choix des iraniens de se faire asservir par les mollahs.

      • Si c était aussi simple que vous l écrivez….on peut tout de même avoir de l empathie pour ce peuple.

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