Editoriaux - Social - 19 décembre 2019

Grève SNCF : pour Noël, des familles « décomposées » !

Puisque nous sommes dans les chiffres, en voici encore quelques-uns : près de 130.000 divorces sont prononcés, chaque année, en France. Statistiquement, donc, près de 45 % des mariages finissent, aujourd’hui, par un divorce et près de 8 % des familles françaises sont des familles recomposées. C’est dire que plus de 1,6 million d’enfants vivent, aujourd’hui, avec un parent qui n’est pas leur géniteur, et que 600.000 personnes cohabitent avec des enfants qui ne sont pas les leurs.

Ajoutons à cela que 23 % des familles sont monoparentales (chiffres du recensement de 2014), et sans doute davantage aujourd’hui puisque la proportion ne cesse de croître. Selon ces derniers chiffres connus (2014, donc), les familles monoparentales rassemblent 3,4 millions d’enfants, soit 1,6 enfant en moyenne sur 10. C’est énorme.

Et que font, à , tous ces enfants de familles recomposées, sinon en attente de composition/recomposition ? Ils vont prendre leur temps de partage chez papa ou maman et beau-papa ou belle-maman dans le meilleur des cas, ou bien chez grand-papa et grand-maman, faute de mieux.

À ceux qui en ont les moyens, la (comme les compagnies aériennes) propose un service de convoyage de ce petit monde. Service « Junior & Cie » pour les enfants de 4 à 14 ans. C’est la colo nouvelle version, le temps d’un Paris-La Rochelle, ou Bordeaux, ou Nice… et l’on voit, durant tout l’été, des wagons entiers de gamins, pancarte au cou, qui débarquent sur les quais en rang par deux. Pas franchement bon marché, mais bien pratique.

Il y avait donc, pour ce seul week-end d’avant-Noël, 6.000 enfants inscrits à ce service de convoyage. Mais voilà, la SNCF a promis-juré que « tous les passagers ayant déjà un billet de TGV pour le départ des congés de Noël pourront voyager ». Mais les passagers adultes, pas les enfants seuls. Pour récupérer des places, le service Junior & Cie a été annulé pour la période du 20 au 24 décembre. Et voilà 6.000 gosses qui pensaient passer Noël avec un parent éloigné qui se retrouvent à quai.

Les réactions sont à la hauteur du désappointement : « Vous allez marquer des points auprès des parents divorcés, des grands parents et des enfants qui espéraient juste se retrouver pour les fêtes », écrit un père sur Twitter.

Étrange réaction, au demeurant, qui consiste à incriminer la SNCF et non la poignée de grévistes (17,3 % ce jeudi matin, dont 70 % de conducteurs de train) qui ont décidé de pourrir le Noël des familles !

Je suppose qu’à la direction de la SNCF, on s’arrache les cheveux devant ces choix cornéliens. Pour être allée moi-même récupérer de jeunes enfants à la descente du train en pleine transhumance juillet/août, je n’ose imaginer les risques, s’agissant de leur sécurité, dans les moments de folie que nous vivons. Moments où l’on se dit que c’est chaque jour un miracle qu’il n’y ait pas de morts sur les voies ou de victimes par piétinement.

Alors, lâcher des enfants dans cette cohue, je comprends qu’on hésite…

Il n’en reste pas moins que priver 6.000 enfants de leur Noël est le degré le plus minable de la prise d’otages. Laquelle n’est pas à mettre sur le dos de la SNCF mais bien des extrémistes de la CGT et de SUD Rail.

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