Grèce : avec le nouveau Premier ministre Mitsotákis, pas de miracle à espérer

Le nouveau Premier ministre Kyriákos Mitsotákis, issu d’une caste politico-financière typique en Grèce, et son équipe ne seront pas, hélas, en mesure de redresser le destin du peuple grec. Certes, le nouveau gouvernement Nouvelle Démocratie ne pourra pas faire pire que Tsípras. Toutefois, il est traversé de contradictions congénitales dues à sa coalition électorale hétérogène.

D’une part, sur le plan économique, il se déclare favorable à une ligne bruxelloise et libérale ; d’autre part, il s’est associé des souverainistes, rescapés et recyclés notamment des Grecs indépendants, compromis par Pános Kamménos (ami de Dupont-Aignan) dans une union contre-nature avec Tsípras. Or, Nouvelle Démocratie ne dispose que de 8 voix de majorité au Parlement. Certes, cette majorité prendra sans doute les mesures annoncées, et attendues par les Grecs, contre l’immigration. L’Italie a donné l’exemple. Mais aura-t-elle le nombre de voix suffisant pour adopter les mesures qui font suite aux engagements fiscaux, financiers, sociaux et industriels de l’État envers Bruxelles et Francfort ? Et désormais refusés par la population et la faible partie du corps électoral qui va encore voter.

Mitsotákis, dans un contexte économique, familial et social en ruine, pourra-t-il persuader les investisseurs de miser sur une reprise de la croissance en Grèce ? Cela paraît improbable. Seule l’explosion inévitable de la bulle financière mondiale – qui balaiera sans doute aussi l’euro – permettrait à la Grèce, mais aussi à l’Espagne, l’Italie, la France et bien d’autres pays, de reconstruire leurs économies. Les politiciens grecs n’ont toujours pas compris que la place de leur pays n’est pas (et n’a jamais été) dans l’euro. Sauf à continuer à se vendre à la Chine, le retour des investissements ne se fera sans doute pas : le tissus économique a été très abîmé par des dizaines de milliers de faillites. Le pays est enclavé, les autoroutes qui le relient à l’Europe de l’Ouest sont discontinues et il faut franchir quatre frontières non Union européenne.

L’investissement s’est effondré de 60 % et le chiffre d’affaires des entreprises a décru de 66 %. Les créances douteuses de 98 milliards d’euros (emprunts non recouvrés sur les entreprises et les particuliers) font toujours peser un risque sur le système bancaire et, donc, sur l’économie tout entière. Les séquelles des mesures d’hyper-austérité budgétaire imposées par les bailleurs de fonds, tout en maintenant la Grèce dans les contraintes de l’euro et de l’OMC, lui ont fait perdre un quart de PIB et ont fait exploser le chômage (27,5 % en 2013 ; 20 % en 2018).

La dégradation du tissu industriel et la baisse du pouvoir d’achat (salariés, chômeurs, fonctionnaires et retraités) font que les conditions d’un rétablissement sont empêchées par cet étau : euro cher, basse consommation intérieure et importations sans frein.

Enfin, ce gouvernement osera-t-il annuler les mesures sociétales de Tsípras, sachant que ce type de « retour en arrière » est très rare, tant les opinions publiques sont résignées à subir la dictature d’une infime minorité agissante, en dépit du poids, inconnu ailleurs, de l’Église orthodoxe ?

Rappelons qu’en 1931, Moody’s (déjà) abaissa la note de la Grèce, ce qui la déstabilisa : il y eut des émeutes graves, en 1936, le général Ioánnis Metaxás prit le pouvoir par un coup d’État puis, en 1940, Mussolini envahit militairement la Grèce. En 2007, les « agences » furent accusées du gonflement de la bulle puis de son éclatement. Début août 2016, Moody’s portait un jugement (!) sur les programmes de Donald Trump et de Hillary Clinton : « Alors que le programme de la démocrate permettrait la création d’emplois, celui de son rival entraînerait des destructions en masse et une fragilisation de l’économie américaine. »

Aux USA, en Europe, qui ment et qui dit la vérité et pourquoi ?

On observera, au passage, que le ratio de la dette de la Chine à son PIB est, lui, de 300 % ! Mais aucun maître d’école ne vient menacer de la punir.

Le bel et bon dessein européen de 1957 a été dévoyé plusieurs fois sous de maléfiques influences extérieures : principalement lors des épisodes de Maastricht (voté de justesse) et de la « Constitution européenne », d’abord rejetée par référendum, puis recyclée en traité de Lisbonne par la trahison de feu l’UMP et du PS conjurés. Ces aberrants traités ont enfermé les peuples d’Europe dans une nasse économique, monétaire, fiscale et budgétaire.

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