Le mardi 9 juillet, jour des questions au gouvernement, sur la place Aristide-Briand, à côté de l’Assemblée nationale, se tenait un stand de l’« Établissement français de semence des ministres et parlementaires ». Cette action visait à inciter les députés et les ministres mâles entre 18 et 45 ans qui, bientôt, débattront de l’ouverture de la procréation médicalement assistée () aux couples de femmes et aux femmes célibataires à donner leur sperme pour pallier la future pénurie de ces gamètes, tout aussi essentiels à la procréation que leurs homologues féminins, les ovules.

Une camionnette était stationnée à proximité pour assurer à ces collectes une intimité suffisante et éviter au bureau de l’Assemblée de statuer sur des demandes d’intempestives levées d’immunité parlementaire suite à d’éventuelles exhibitions sexuelles qui outrageraient les bonnes mœurs. Il était, en outre, demandé à ces éminentes personnes d’établir un chèque à l’ordre du CECOS à hauteur de 2.000 euros afin que le coût de cette collecte ne soit pas supporté par la sociale. Enfin, ministres et députés étaient invités, lors de ce don, à remplir et à signer un certificat de traçabilité qui permettra d’établir un lien entre eux et les personnes qui viendraient à naître de leurs gamètes.

Bien sûr, c’est une provocation avec, à la clef, une démonstration par l’absurde. Elle était organisée par les Poissons roses, ces chrétiens qui tentent de militer ès qualité au sein du . Quel parlementaire souhaiterait prendre le risque de voir débouler, dans vingt ans, jusqu’à dix personnes qui l’appelleraient papa en lui reprochant la couleur de ses yeux ou de ses cheveux, son groupe sanguin ou encore telle tare héréditaire qui aurait trouvé en eux son expression ? Combien, parmi les zélés promoteurs de cette PMA dite « pour toutes », sont prêts à franchir la barrière et à courir ce risque ?

Parce que c’est toujours la même chose : tant que l’addition, ce sont d’autres qui la paient, pas question de radiner avec la générosité et les sentiments présumés bons. Mais dès que la probabilité d’être mis personnellement en situation de responsabilité décolle du zéro absolu, c’est la fuite, la débandade, la façon Bérézina.

La PMA sans père est intrinsèquement nocive en ce qu’elle prive un enfant de son père et de la filiation qui va avec, pour toujours si l’anonymat est maintenu, ou pendant les années où ils sont essentiels si la loi évolue vers une levée de cet anonymat à la majorité de l’enfant. En posant directement la question « Souhaitez vous être ce père trop longtemps absent pour ces 10 enfants à naître de vos gamètes ? », les Poissons roses personnalisent un débat qui se désincarnerait trop vite à coups de grands principes et d’envolées conceptuelles. Ces postures ne résistent pas à une vraie mise à l’épreuve.

Je pense donc que la collecte de sperme a échoué en nombre de prélèvements mais que, peut-être (laissez-moi rêver), quelques députés auront réfléchi. Ce sera (serait ?) alors un grand et franc succès.

10 juillet 2019

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