Editoriaux - Société - 10 juillet 2019

Après l’astronaute, le cosmonaute, le spationaute, le taïkonaute… voilà l’afronaute !

C’est une nouvelle d’importance qui nous est parvenue hier via Le Huffington Post – lequel, je dois l’avouer, se surpasse chaque jour dans la qualité et la puissance de l’information.

On trouve donc à la rubrique nécrologique cette annonce lourde de chagrin et de mystère : « Un Sud-Africain qui aurait dû devenir le premier Noir africain dans l’espace est mort dans un accident de moto. »

Là, forcément, on se dit que si notre Huff se joint à la famille pour pleurer Mandla Maseko (c’est son nom), c’est que l’affaire est d’importance. On imagine : l’enfant qui, toute sa vie, a rêvé de la guerre des étoiles, collé son œil au télescope de papa/maman, enchaîné les maths, le calcul intégral, l’astrophysique, la chimie (important, pour faire pousser des salades sur Mars), les tortures dans le machin qui tourne, les mois de piscine dans un scaphandre ingrouillable, le visage déformé par les G, la vitesse, le vomi, tout ce qu’on ne dit pas et qui, sûrement, va avec… l’horreur, quoi ! Tout ça pour finir tel un livreur d’Uber Eats, écrasé sous sa moto. Destin funeste, privation de quart d’heure wharolien et petite gloire posthume.

Séchons, toutefois, nos larmes et poursuivons la lecture : « Disc-jockey à temps partiel », Mandla Maseko « avait gagné en 2013 le droit d’effectuer un vol de 103 kilomètres dans l’espace à bord d’un vaisseau spatial américain Lynx Mark ». Il était le lauréat d’un « concours organisé par la AXE Apollo Space Academy qui était parrainé par la société anglo-néerlandaise Unilever et une entreprise de tourisme spatial, Space Expedition Corporation (SEC) ».

Un vol de 103 kilomètres ? Dans l’espace ?

Comment vous dire… Paris-Romorantin, c’est 200 km. Pithiviers, alors ? Un peu juste : 99 km. Orléans ? Trop loin : 132 km, comme Chartres ou Rouen, d’ailleurs. Alors, je m’interroge : c’est quoi, un vol de 103 km dans l’espace ? Une farce dans un paquet de lessive siglé Unilever ?

D’accord, je pinaille. Là n’est pas l’important, dit Le Huff. L’important est que Mandla Maseko soit – ait failli être – le premier « afronaute ». Car des Noirs dans l’espace, il y en a eu, bien sûr, mais pas des Noirs d’Afrique. Juste des demi-Noirs, en quelque sorte. Des astronautes sans qualificatif qualifiant. Pas des purs, rien que des demi-portions, en somme, sans l’estampille continentale qui fait de vous le héros de ces minorités souffrantes dont Nicolas Sarkozy déplorait qu’elles ne fussent pas encore entrées dans l’Histoire.

Comme écrit l’ami qui me signale la chose : « Après la chienne Laïka, les singes Ham et Enos, le rat Hector, sans compter les chats, hamsters et autres poissons rouges ; après l’astronaute, le cosmonaute et le taïkonaute, voilà l’afronaute ! » Je ne vous donne pas la suite du commentaire, car cet ami a fort mauvais esprit et tendance à des déductions peu orthodoxes. Néanmoins, après le sujet d’hier consacré à Megan Rapinoe, sa question finale m’apparaît fondamentale et mérite donc d’être posée : « À quand la première goudounaute à s’envoyer en l’air ? »

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