« Il faut sauver l’hôpital », a déclaré Jean Castex, le 24 octobre. On eût pu espérer qu’il dise qu’il fallait sauver les Français face à ce nouveau virus, mais apparemment, pour notre besogneux Premier ministre, sa préoccupation première est la santé de l’hôpital, dont les conditions de sauvetage sont, selon lui, intimement liées à la discipline qu’il impose au peuple. Si l’hôpital explose, ce sera la faute de la population qui ne respecte pas les consignes données, ne cherchez pas de raisons ailleurs.

L’hôpital subit les conséquences de notre société de consommation et de profit. Nos hôpitaux, gérés depuis quelques décennies uniquement en fonction de la rentabilité, et amenés à fonctionner en flux tendu, sont devenus le triste symbole de cette société où l’on ne respecte plus que les valeurs liées au profit, ignorant toutes les autres, pourtant indispensables à une vie harmonieuse dans le respect d’une culture humaniste.

Sous prétexte d’impératif sanitaire, pour ne pas encombrer les hôpitaux, on nous prive de loisirs, de distractions, ou tout simplement de ces moments qui participent du bonheur quotidien, pour nous cantonner uniquement aux tâches laborieuses afin de ne pas arrêter la machine. Mais une machine qui tourne pour qui et pour quoi ? Pour le bonheur du plus grand nombre ou simplement pour le profit de certains ? En d’autres temps, ces questions ont généré le développement de concepts socioculturels et politiques qui ont abouti à des révolutions sociales !

Au fil des années, l’hôpital public, qui se voulait le symbole d’une politique de santé performante, s’est avéré inadapté aux besoins réels de la société. Situation qui signe l’incompétence dramatique de nos dirigeants d’hier et d’aujourd’hui, incapables de situer leur action au-delà de la durée de leur mandat et de mettre au pas une administration toute-puissante, qui profite de leur incompétence pour se complaire dans la gestion de l’administrable, sans chercher à prendre en compte la finalité de leur action.

À écouter Jean Castex, on pourrait croire qu’il n’existe que l’hôpital public pour soigner les malades. C’est, cependant, ignorer toute la place que l’hospitalisation privée (centrée, il est vrai, sur les actes les plus rentables de la pathologie) peut ou pourrait tenir dans les réseaux de soins (à condition de leur en donner les moyens) et de la médecine de ville qui œuvre en première ligne et dont l’action évite souvent une aggravation du malade, et donc une hospitalisation.

C’est à tous les niveaux de la distribution des soins que doivent porter les réformes incontournables du système sanitaire français auquel nous devrons, un jour ou l’autre, aboutir : formation des soignants, meilleure rémunération, valorisation des actes, création de structures relais entre ville et hôpital, etc.

Hélas, nos dirigeants, plutôt que reconnaître leurs erreurs et ouvrir de nouvelles voies de réflexion, préfèrent contraindre la population pour ne pas mettre en péril les outils sanitaires qu’ils mettent à mal depuis plusieurs années et qui s’avèrent aujourd’hui totalement inadaptés aux besoins d’une société qui ne se résume pas à un univers de courbes et de statistiques.

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