Gilets jaunes : pour Jean-Claude Michéa, le « thatchérien de gauche » Macron ira jusqu’au bout

Enfin une pensée intelligente qui émerge de l’indigent marigot médiacratique ambiant ! Celle du philosophe Jean-Claude Michéa, anarchiste-conservateur qui aura contribué à populariser Orwell et Christopher Lasch, respectivement héraut de la décence commune et contempteur de la révolte des élites et de la pathologie ego-narcissique qui ronge nos contemporains, victime du « capitalisme de la séduction », pour reprendre la belle formule de Michel Clouscard.

C’est ainsi que l’auteur récent du Loup dans la bergerie (que nous avons, tout aussi fraîchement, commenté dans ces colonnes) a publié, sur l’excellent site décroissant Les Amis de Bartleby, Une lettre à propos du mouvement des Gilets jaunes.

D’emblée oppose-t-il ces derniers au mouvement Nuit debout défini comme « une révolte […] de ces urbains hypermobiles et surdiplômés qui constituent, depuis l’ère Mitterrand, le principal vivier dans lequel se recrutent les cadres de la gauche et de l’extrême gauche libérales (et, notamment, de ses secteurs les plus ouvertement contre-révolutionnaires et antipopulaires : Regards, Politis, NP“A”, Université Paris VIII, etc.) ». Au contraire discerne-t-il dans le spontanéisme insurrectionnel des Gilets jaunes les linéaments prometteurs d’une « conscience révolutionnaire pour refuser d’avoir encore à choisir entre exploiteurs de gauche et exploiteurs de droite », comparant ainsi le mouvement à Podemos en 2011, « avant que les Clémentine Autain et les Benoît Hamon du cru ne réussissent à enterrer ce mouvement prometteur en le coupant progressivement de ses bases populaires ».

Résolument ancré dans la vie réelle, Michéa n’est évidemment pas dupe du discours gouvernemental débilitant sur la prétendue « transition écologique » (d’autant que celle-ci n’est qu’une nouvelle manière de justifier la poursuite effrénée du turbo-capitalisme dopé à l’éolien ou à toute autre énergie « verte » supposée non polluante mais jésuitement affublé du masque éthique de l’« écologie », cette insupportable pensée unique préemptée et détournée par les « Hulotberlus » d’EELV et leurs filiales d’extrême gauche), mobilisé à des fins culpabilisatrices pour assommer le populo sommé de balancer sa poubelle roulant au diesel chez le premier ferrailleur venu et de se rendre au boulot à 50 km de son domicile, de faire ses courses à 20 ou d’aller se faire soigner à 10.

Les gens (les vrais, ceux qui n’ont surtout pas demandé à être mis en compétition avec leurs congénères des antipodes du Brésil ou de l’Inde) aspirent à vivre « local », quitte, de temps à autre, à s’offrir un bol d’air global, histoire d’aller voir s’ils ne seraient pas un peu les hommes du XXIe siècle – pour paraphraser Audiard.

Toutefois, parfaitement conscient que cette « gauche kérosène » (qui passe son temps dans les avions et va répandre, urbi et orbi, la bonne parole écolo-droit-de-l’hommiste) ne se laissera pas faire, le philosophe se demande « jusqu’où un tel mouvement révolutionnaire (mouvement qui n’est pas sans rapport, dans sa naissance, son programme rassembleur et son mode de développement, avec la grande révolte du Midi de 1907) peut aller dans les tristes conditions politiques qui sont les nôtres ».

Il est évident que Macron et son « gouvernement thatchérien de gauche […] c’est-à-dire un gouvernement cynique et impavide [sont] clairement prêts à aller jusqu’aux pires extrémités pinochetistes (comme Maggie avec les mineurs gallois ou les grévistes de la faim irlandais) pour imposer [leur] “société de croissance” et ce pouvoir antidémocratique des juges, aujourd’hui triomphant, qui en est le corollaire obligé », ce, bien entendu, avec le concours complaisant de ce fallacieux contre-pouvoir que représente le « servile personnel médiatique français ».

En dépit de trois quarts des Français qui n’ont pas voté pour lui, le président de la République, tel un loup, n’hésite pas à montrer les crocs. Et si, pour une fois, les moutons mordaient ?

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