Général Bruno Clermont : « Seule la destruction peut apaiser la rage de Poutine »

My project (1)

Marc Baudriller. La Russie est un empire, Poutine règne sur un territoire immense : l'avons-nous vraiment perçu comme tel ?

Général Bruno Clermont. La Russie a toujours été une grande puissance, Poutine s’inscrit dans cette tradition. Il va tout instrumentaliser, l’histoire russe, le stalinisme, la religion orthodoxe, à ses fins politiques. De notre côté, l’erreur principale, c’est qu’on ne connaissait pas la Russie. Ni la Russie politique, ni les intentions de Poutine, ni la réalité du régime, ni l’appareil militaire. C’est la première erreur. Nous ne sommes pas les seuls à avoir fait cette erreur. Cette guerre est une succession d’erreurs d’analyse. L’étude de ces erreurs fera le bonheur des écoles de guerre.

M. B. Les Américains ont-ils raison de se tenir loin du conflit ?

Gal B. C. Il y a trois raisons pour lesquelles les Américains ne veulent pas faire cette guerre. D’abord, une guerre entre Etats nucléaires n’a rien de simple. Ici, les deux principales puissances nucléaires du monde, États-Unis et Russie, sont face à face par Ukraine interposée. Elles se neutralisent. La deuxième raison, c’est que la priorité des États-Unis a toujours été la Chine et non la Russie. L’affrontement avec la Russie n’est qu’un accident de l’histoire. Même s’ils avaient identifié la menace russe, leur pire rival reste la Chine et la priorité c'est la zone indo Pacifique, pas l’Europe, depuis le fameux pivot d’Obama vers l’Asie en 2008. Aujourd’hui, la Chine reste la priorité de Biden, le « VP » d’Obama. Enfin, troisième élément : comme nous, les Américains ont un outil militaire affaibli. Dans tous les domaines, l’outil militaire américain est vieillissant, l’aviation, l’armée de terre, la marine et la dissuasion. Les États-Unis ne sont plus en mesure d’agir sur deux théâtres d’opération en même temps. Ils ont vécu eux aussi les « dividendes de la paix » et la priorité donnée aux guerres « asymétriques ». Or la doctrine militaire américaine est celle de la force écrasante (« overwhelming force »). Il s’agit pas de battre l’adversaire, il s’agit de l’écraser grâce a la supériorité technologique. Pour cela, il leur faut reconstruire leur outil militaire. C’est ce à quoi il s’attachent à présent.

M. B. Justement, aux Etats-Unis, Donald Trump a relancé les investissements militaires.

Gal B. C. Oui, Trump a voulu réinjecter de l’argent dans l’outil militaire pour continuer à dominer la Chine à l’horizon 2020-2030. On ne sait pas quand aura lieu la collision entre la Chine et les États-Unis, mais il y a une collision qui est en train de se profiler autour de la question de Taiwan. Donc les États-Unis ne veulent pas épuiser leur outil militaire dans une guerre contre la Russie. Et puis, aussi bien Trump qu’Obama ont été élus sur le thème : plus de guerre ! Les Américains ne veulent plus être les gendarmes du monde après avoir joué ce rôle pendant trente ans. Ils vont donc entrer à reculons dans la rhétorique de cette guerre. Mais ils vont y entrer car les Chinois vont les tester sur la question des garanties de sécurité de l’article 5 de l’Otan avec, bien sûr, le parallèle des garanties de sécurité des États-Unis pour Taiwan.

M. B. Selon vous, le renseignement a failli côté occidental et côté russe.

Gal B. C. Oui, du côté occidental, on ne connaissait plus la Russie, on ne connaissait plus ses forces, on ne connaissait pas non plus vraiment le régime et l’appareil militaire. La priorité était le renseignement militaire dans le cadre de la lutte contre le terrorisme islamique et les guerres du Levant, d’Afghanistan et en BSS pour la France. Et Poutine va faire la même erreur puisqu’il va se tromper sur deux sujets : sur ce qu’est réellement l’Ukraine et sur ses propres capacités militaires. Formée depuis 10 ans par les Américains, l’armée ukrainienne est devenue redoutable face à une arme russe puissante et brutale mais désorganisée d’une manière qui a surpris tout le monde. Alors que la Russie est le proche voisin de l’Ukraine, Poutine n’a pas compris qu’il existait une nation ukrainienne qui allait refuser de « devenir russe ». C’est la raison de sa colère actuelle et de sa volonté de punir le peuple ukrainien qui a choisi le modèle occidental qu’il honnit. C’est la raison de ce déchaînement de violence. Quand il bombarde et martyrise Marioupol, il bombarde et il martyrise également Washington, Paris et Berlin. Seule la destruction peut apaiser la rage de Poutine.

Marc Baudriller
Marc Baudriller
Directeur adjoint de la rédaction de BV, éditorialiste

Vos commentaires

48 commentaires

  1. Déjà le 3/4 précédent me paraissait un peu léger.

    Là, on aboutit à  » c’est la faute à Poutine. , il est malade, ce mec , parano, je vous dis  » etc . Et donc,  » Seule la destruction peut apaiser la rage de Poutine. »

    Merci de nous épargner les « pensées » de ce genre de généraux.

  2. « Seule la destruction peut apaiser la rage de Poutine. » : ce genre de conclusion hallucinante en dit long sur les compétences de ce galonné …

  3. Les remarques ici faites ne me satisfont pas d’un point de vue géopolitique. La RUSSIE a un besoin vital d’accès libre à la Méditerranée. C’était le cas pendant l’URSS. Maintenant avec le risque d’une Ukraine Van der Layenisée (ou américanisée) la RUSSIE craint un blocus maritime, à juste titre. Donc elle défend ses intérêts vitaux: c’est la guerre et toutes ses horreurs. La faute à qui ? Solutions: Ukraine neutre et Odessa avec statut d’Andorre. Faute de quoi les Ukrainiens mourront

  4. J’espère que ce feuilleton totalement ubuesque va bientôt se terminer. Il aura au moins l’avantage de montrer, pour ceux qui l’ignoraient et pensent encore au « salut de la France par l’armée » (je suis ancien officier) le politiquement correct et otanien de cette engeance que sont les généraux. Sinon, ils ne le seraient pas devenus… Quant au mythe de ceux qui résisteraient toute une carrière dans l’ombre… A force de ne pas agir comme on pense, on finit par penser comme on agit.

  5. Mon Général vous passez sous silence la responsabilité des Ukrainiens dans le déclenchement de la crise, régime corrompu, non-respect des accords, adhésion à l’Otan. Ne soyons pas dupe de Zélensky, il sacrifie son peuple et sa rage aveugle vaut celle de M.Poutine. Arrêtons je vous prie ces prises de position binaires qui n’honoreraient pas l’Ecole de guerre.

  6. Les matériels mis en oeuvre par les Russes dans cette guerre sont anciens et face à ces chars et ces soudards, drone, systèmes de vision nocturne et engins modernes anti-chars « font merveille » (comme les chassepots naguère). Pas étonnant que les Russes soient en difficulté et comptent des pertes énormes. Il n’ont qu’une alternative : répondre aux « snipers » embusqués sur tous les points hauts en rasant les immeubles qui sont autant de points d’observation et de tir. Une guerre totale et horrible

  7. « Aujourd’hui, la Chine reste la priorité de Biden, le « VP » d’Obama. »
    Obama prix Nobel de la Paix, cela montre à quel point l’occident est pourri.

    « une armée russe puissante et brutale »
    Ah oui?
    Les pauvres ukrainiens bombardant les civils et s’assoient (comme les occidentaux ) sur les traités internationaux sont des victimes d’une armé puissante (oui) et brutale????
    Sans blague?

    Poutine martyrise Marioupol en faisant des couloirs humanitaires, des colis alimentaires et des soins????

  8. Poutine est un homme du passé. Il vit toujours à l’époque de la guerre froide et du KGB. Et quand on a été biberonné au KGB, on est paranoïaque à vie. Sa crainte irrationnelle que la souveraineté de la Russie soit menacée l’a fait prendre les devants. Et puis il y a sa nature, guerrière depuis toujours, bagarreur dans l’âme, à plonger dans le conflit, pour en ressortir vainqueur.
    J’espère que cette guerre sonnera la fin de ce personnage sanguinaire, et paranoïaque .

  9. Quoi de plus agaçants et inutiles que ces généraux de plateaux TV incapables d’analyses saines, ayant oubliés les préceptes minimum de l’Ecole de Guerre, et pérorant sans fin sur l’usure de l’armée russe? Qui prouve d’ailleurs exactement l’inverse!
    L’Occident apparaît comme isolé, n’étant soutenu spontanément que par aucun autre pays… Ormis sous la pression et le chantage, contrairement à Poutine.
    Il apparaît également comme soumis à Washington, incapable de raisonner. La messe est dites

    • oui vous faites bien de préciser cela. Nous, qui subissons chaque quart d’heure sur toutes les chaines, y compris sur l’ex chaine dite de zemmour, une telle propagande, finissons par nous croire réellement au centre du monde.

      Pourtant, j’ai entendu sur une de ces chaines la phrase rare, en plein « massacre de la gare » : l’occident est isolé.

  10. Et ça continu de plus belle! La propagande aussi plate et frontale, dépourvue d’une réflection plus ou moins originale (mais par contre très prétentieuse) j’ai rarement lu sur Boulevard. Si, il y a parfois des publications carrément imbibé du haine du russe, mais ils sont franches et massifs, justement sans prétention!

  11. Encore un qui donne son avis sur le conflit russe-ukrainien ! Il y a en assez de ces soi-disant experts qui donnent leur avis, nous avons eu les experts du covid ! Décidément c’est la république des experts ! Je préfère écouter Eric DENECE , ou Conessa , plus sérieux ! Mais on les entend rarement

  12. Quand on lit les commentaires du Général Bruno Clermont, on ce dit qu’en effet la France ferait bien de sortir de l’OTAN pour retrouver son indépendance de parole et aussi pour avoir de vrais généraux! Pour France et pauvre armée française commandée par des pantins

  13. C’est le régiment Azov qui martyrise Marioupol, qui utilise les civils comme boucliers humains, qui se terre dans les lieux publics, pas les Russes…

Commentaires fermés.

Pour ne rien rater

Revivez le Grand oral des candidats de droite

Les plus lus du jour

L'intervention média

Les plus lus de la semaine

Les plus lus du mois