Parmi toutes les tribunes et réactions qui fleurissent, ces jours-ci, dans la presse et sur le Web à propos du passe sanitaire obligatoire, celles de François-Xavier Bellamy et de Mathieu Slama publiées dans le FigaroVox sont parmi les plus intéressantes.

Celle de Mathieu Slama a été publiée quelques heures à peine après l’allocution d’Emmanuel Macron : abasourdi, il y parle de reniement de la parole donnée, celle d’un président de la République qui avait juré ses grands dieux que la vaccination ne serait pas obligatoire et que le passe sanitaire ne concernerait jamais les activités de la vie quotidienne. Il y dénonce, également, l’opacité extrême des prises de décision, fruits des avis du Conseil de défense et du Conseil scientifique, non élus, tout-puissants et, par définition, antipolitiques. La volonté politique, en apparence, n’existe plus. Le contrat social a éclaté, les citoyens, dont la valeur première n’est plus que sanitaire, seront chargés, sans aucune légitimité, de se contrôler les uns les autres. Les institutions censées défendre les Français contre les abus de pouvoir manifestes se sont couchées devant le pouvoir en place : « Depuis le début de la pandémie, le Conseil d’État et le Conseil constitutionnel n’ont cessé de légitimer les mesures les plus attentatoires à nos droits fondamentaux et à notre Constitution. Il n’y a plus, aujourd’hui, de garde-fous juridiques contre les excès du pouvoir sanitaire. »

Nos compatriotes se retrouvent alors aspirés dans une sorte de trou noir de la relativité : ce qui était vrai, il y a seulement quelques semaines, ne l’est plus, l’absurdité, l’incohérence et le mensonge désarment les défenses immunitaires de l’intelligence, plongeant l’individu déboussolé dans une grande précarité psychologique. Il est alors mûr pour tout accepter, y compris ce qui va à l’encontre des libertés les plus élémentaires, c’est-à-dire à l’encontre de ses droits fondamentaux.

Il avertit : « L’état d’exception permanent, la rupture d’égalité entre les citoyens, la mise en place d’un dispositif disciplinaire et répressif, cette bureaucratisation à l’extrême des rapports sociaux, tout cela n’a aucun équivalent dans notre Histoire récente. »

La tribune de François-Xavier Bellamy est magistrale, et se situe à un autre niveau. Elle va bien plus loin que le débat, binaire et donc fallacieux, entre pro-vax et anti-vax, entre diables complotistes et esprits éclairés, entre Néanderthal et Voltaire. On y retrouve cette faculté propre aux philosophes de voir, bien au-delà des faits, ce qui se joue en ce moment en termes d’anthropologie et de philosophie politique. Cette décision d’étendre à tous, partout, tout le temps, le passe sanitaire constitue pour lui, à l’instar de Mathieu Slama, une rupture majeure, un tournant historique. Il démonte avec aisance le dernier mensonge en date de la doxa sanitaire : qui peut croire que ce vaccin nous rendra libres ? « Pour la première fois dans notre histoire, il faudra présenter un document de santé pour effectuer les actes les plus simples du quotidien – prendre un train, entrer dans un magasin, aller au théâtre… L’accès à un espace public sera différencié selon nos données de santé. »

Où est la liberté quand on doit présenter un certificat médical pour acheter sa baguette de pain ?

Où est la liberté quand on bascule, sans coup férir, dans une société de contrôle social à la chinoise ? Ajoutons que la palme de l’ignominie revient sans doute à Olivier Véran, qui tente de nous faire croire que le masque ne sera plus nécessaire dans les espaces sanitairement verts : décidément, certaines promesses n’engagent que ceux qui y croient.

« Et la police viendra sanctionner ceux qui n’auront pas participé efficacement à ce contrôle permanent. Qui peut prétendre qu’un tel dispositif permet de “retrouver la liberté” ? Il constitue au contraire un précédent redoutable en matière de contrôle permanent et de droits différenciés », dit-il.

En effet, cette régression civilisationnelle, cet archaïsme barbare pourraient bien venir à bout de cette fraternité française qui a mille cinq cents ans d’âge, de tout ce qui nous lie et qui constitue notre société, notre communauté de destin…

« Ce combat n’est pas individualiste, au contraire : c’est se sentir vraiment responsables d’un bien commun essentiel que de défendre cette liberté aujourd’hui gravement menacée. Il y a là un défi de civilisation : […] l’Europe et la France doivent montrer qu’une action publique efficace, même en période de crise, n’impliquera jamais d’abandonner les règles intangibles qui fondent nos démocraties. Les libertés fondamentales, l’égalité des droits, l’amitié civique ne sont pas des privilèges pour temps calmes mais des principes qui nous obligent. »

François-Xavier Bellamy nous dit ici avec force que lundi dernier, la France a failli à son destin et est devenue une démocratie illibérale : ce que les plus féroces bourreaux de notre pays désignent sous le vocable de « progrès ».

16 juillet 2021

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