Editoriaux - Education - Polémiques - 28 octobre 2019

Franck Serfati : « Contrairement aux idées reçues, les prisons sont remplies d’islamistes »

Au mois de novembre, un cycle de formation sur la radicalisation, intitulé « Prévention de la radicalisation : compréhension d’un phénomène et détection des signaux faibles », devait avoir lieu à la Sorbonne. Il a été annulé car il risquait de participer à la stigmatisation des musulmans.

Réaction de Franck Serfati, avocat auprès de victimes d’attentats, fondateur en 2002 de l’association VIGIL’ANCE, à but antiraciste, et engagé contre l’islamisme. Élu de Vincennes, il copréside la fondation 3 voix de l’espoir.

 

Un séminaire sur la radicalisation destiné à des fonctionnaires, des élus et des imams devait avoir lieu à la Sorbonne, mais sous la pression de syndicats étudiants qui y voyaient une « stigmatisation des musulmans», la formation a été suspendue. Comment jugez-vous cette rétractation ?

La lutte contre l’islamisme – à distinguer du respect des religions dont l’islam – me semble une priorité absolue en France et dans toute l’Europe. La laïcité, dont on a beaucoup parlé, implique la liberté de ne pas croire, mais aussi celle d’adhérer à une religion et de la pratiquer en toute sérénité dans le cadre des lois de la République.

Pour autant, depuis plusieurs années maintenant, on déplore une recrudescence de revendications religieuses au détriment de nos valeurs civilisationnelles : port de la burka dans l’espace public, séparation hommes-femmes, prêches extrémistes dans certaines mosquées, manifestations et prières de rue, essor de la polygamie, salissure enjouée du drapeau français, multiplication des actes antijuifs et boycott illicite d’Israël avec le mouvement BDS*, refus d’enseigner certaines parties de l’Histoire dans nos écoles, maltraitance instituée des professeurs, statut et traitement de la femme, agressions organisées contre les forces de sécurité, abandon de tout sentiment citoyen, le mot étant devenu une insulte !

À cette évolution progressive depuis deux ou trois décennies viennent se greffer des actes terroristes, crimes récurrents assumés avec fierté au nom du djihâd. La résistance à cette situation de fait me semble, oui, nécessaire et urgentissime. Le projet, initié par la Sorbonne en 2017, participait d’une volonté de comprendre, sensibiliser, renseigner, former pour, justement, susciter une prise de conscience de ce mal endémique : l’hégémonie islamique. Je regrette vivement qu’il fût abandonné par « pression de syndicats », mais aussi par manque de courage des dirigeants de l’université, par lâcheté générale, d’autant que des musulmans et imams y étaient associés.

Vous êtes avocat auprès de victimes du terrorisme, vous touchez donc le sujet de près… Dans le monde juridique, on a le sentiment que le sujet de la radicalisation est souvent pris avec des pincettes, voire détourné : on n’ose pas parler d’« islamisme », si bien qu’aucune loi ne permet d’interpeller les profils radicalisés au sein même des services publics. La loi française et nos institutions sont-elles à ce point faibles face à la radicalisation ?

La Justice française ne me semble pas démunie face aux comportements « radicaux » qui tombent sous le coup de la loi pénale. Nos textes sont suffisamment nombreux, explicites et coercitifs pour répondre à cette violence dont vous soulignez à juste titre les conséquences gravissimes. Contrairement aux idées reçues, les prisons sont remplies d’islamistes et les tribunaux condamnent régulièrement, même si bien naturellement l’emprisonnement n’est pas toujours envisagé. S’agissant des crimes terroristes récents, Abdelkhader Merah, frère de l’auteur des assassinats de Montauban et Toulouse, a écopé de la peine maximale pour « association de malfaiteurs ». Le procès des attentats de Charlie Hebdo et de l’Hyper Cacher est programmé à partir de mai prochain. À suivre…

Je crois tout d’abord que le risque « zéro » n’existe pas, que les moyens dont disposent les islamistes sont conséquents aux plans financier, logistique, de l’armement, des réseaux ; que la police est parfois dépassée, mais surtout que l’autorité politique, plus que le pouvoir judiciaire, ménage sensiblement un activisme franc et déterminé. La lutte contre la criminalité islamique tout comme la délinquance en général ne peut se limiter à une répression intervenant en fin de parcours, a posteriori.

En amont, l’éducation de l’État et des parents, l’instruction civique, l’apprentissage des valeurs et principes démocratiques, la mixité sociale dans les quartiers représentent une base première indispensable.

À force de ne vouloir vexer personne, de ne plus enseigner l’histoire de Clovis, de se cacher derrière une devise trinitaire qui ne protège plus les Français, de permettre à l’islamisme de s’imposer au détriment de ses racines judéo-chrétiennes, la France laïque n’est-elle pas victime de sa propre radicalisation ?

Dans mon engagement associatif, je défends avec conviction l’idée d’une France capable et fière de rester ce qu’elle est, grande, généreuse, dynamique, ouverte sur le monde, formée de diverses composantes sociales, ethniques et religieuses, mais sans renier son histoire et son fondement judéo-chrétien. À ce titre, j’aime à rappeler que tous les islamistes sont musulmans mais que ces derniers ne sont pas tous des spécimens radicalement dangereux.

La France et, au-delà, l’Europe doivent effectivement opter pour un modèle de civilisation. J’entends parfois, trop souvent, que le choix serait celui d’une nécessaire « mutation » au détriment de nos institutions ancrées dans notre société depuis 2.000 ans. Vous l’avez compris, je ne partage pas cette conception. Je crois, au contraire, que le peuple de France, sans racisme ni xénophobie, doit reprendre la maîtrise de son destin, mais le veut-il vraiment ?

* BDS : Boycott, désinvestissement et sanctions

Entretien réalisé par Maud Protat-Koffler