Comme tout lecteur de Fernand Braudel, je suis toujours ravi quand je vois décryptés des phénomènes contemporains par le prisme de la longue durée. La fronde vaccinale et la révolte contre le passe sanitaire méritaient une telle investigation. C'est à cet exercice que s'est livré le politologue Jérôme Fourquet en s'appuyant sur les études cartographiques du géographe Emmanuel Vigneron, pour la fondation Jean-Jaurès, une étude publiée par Le Figaro.

L'enquête a permis d'établir des cartes très précises de la survaccination et de la sous-vaccination, en neutralisant le facteur démographique de l'âge. Ainsi, la carte de la réticence à la vaccination met en valeur « des écarts entre les zones rurales et le cœur des agglomérations, du fait d'une plus ou moins grande proximité aux centres de vaccination » mais aussi « de fortes disparités régionales avec, comme fait majeur, une couverture vaccinale nettement moins élevée dans un grand Sud courant des Pyrénées au sud des Alpes avec une extension dans la vallée de la Garonne ». La France du sud est donc la grande frondeuse, la mauvaise élève de la classe du passe.

À partir de là, nos auteurs plongent dans l'Histoire de France pour en exhumer les camisards, les maquisards, José Bové, Francis Cabrel et même les cathares ! C'est sympathique et même folklorique. C'est en partie fondé. Mais cela passe à côté de trois phénomènes majeurs liés, pour le coup, à l'histoire récente et non à la longue durée. Et pas seulement les phénomènes des médecines douces et de l' bio.

Première erreur, et premier oubli : les limites de la longue durée dans une société qui, consciemment ou non, pour le meilleur et souvent pour le pire, s'est coupée de son passé et de ses référents historiques. Les manifestations populaires des samedis choisissent spontanément comme slogans la et la résistance mais, pour la plupart des manifestants, tout l'arrière-plan des luttes historiques, révolutionnaires ou hostiles au pouvoir central restent très lointaines. Cela n'enlève d'ailleurs rien à la pertinence et à la force de leur mouvement. Au contraire. Et, entre parenthèses, cela devrait faire réfléchir ledit pouvoir.

Deuxième erreur : l'oubli de la France périphérique. Le concept n'apparaît pas dans le texte cosigné par Jérôme Fourquet. Or, c'est bien d'elle qu'il s'agit en grande partie. Expliquer la réticence à la vaccination par l'éloignement des centres de vaccination est réducteur. Si la France périphérique des villages demeure rétive au passe sanitaire, c'est qu'il n'est que la énième contrainte, après les auto-attestations, les couvre-feux, les confinements, le masque en extérieur, de mesures liberticides et inefficaces sanitairement quand elles ont été imposées d'en haut à des régions, des villages ou des petites villes : une absurdité criante qui n'a toujours pas effleuré Emmanuel Macron, qui devrait davantage se souvenir de sa grand-mère de Bagnères-de-Bigorre.

Enfin, troisième non-dit de l'étude de la fondation Jean-Jaurès, que nous avions déjà dénoncé ici : l'immigration.

Le mot, là aussi, est absent de l'article de Jérôme Fourquet. Comme si le sujet était tabou, dans cette affaire de la vaccination. Pourtant, le pouvoir n'hésite pas à s'en prendre très vivement à certains, essentiellement les « Gaulois réfractaires ». Or, si les cartes de la sous-vaccination suivent bien celles du vote populaire, et notamment RN, et si la contestation populaire des samedis est majoritairement portée par ce courant, ces mêmes cartes sont néanmoins éloquentes et recouvrent deux populations bien distinctes. En effet, quel point commun rassemble l'arc méditerranéen, la vallée de la Garonne, du Rhône, les quartiers nord de Marseille, les de et la Seine-Saint-Denis ?

La population rétive à la vaccination est donc autant composée de personnes d'origine immigrée que de Gaulois réfractaires. En revanche, la lutte anti-passe sanitaire est quasi exclusivement portée par la seconde catégorie. Une population elle aussi très variée, mais c'est un autre sujet.

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9 août 2021

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