Armées - Editoriaux - Histoire - Politique - Société - 8 octobre 2017

Florence Parly et la SNCF : une histoire d’amour à 52.000 euros par mois

“Les partisans de l’égalité commencent toujours par établir des catégories, puis ils se mettent dans la première” (Jacques Boucher de Perthes).

Vous connaissez une entreprise privée qui aurait 42 milliards d’euros de dette et payerait ses cadres dirigeants 52.569 euros par mois ? Moi pas. Mais selon l’hebdomadaire Marianne, c’était bien le cas de la SNCF, employeur de notre discret ministre des Armées Florence Parly, avant l’obtention de son maroquin. Mieux : en moins de six mois, la dame aurait touché près de 80 % de sa rémunération annuelle 2017, l’entreprise estimant ses objectifs (et la prime afférente) atteints dès le printemps. Ajoutons-y dividendes ou jetons de présence d’Ingenico, Altran, Zodiac Aerospace ou Bpifrance…, l’ancienne chargée de l’économie et de l’emploi au Parti socialiste ne s’est pas oubliée.

Nous a-t-on assez bassinés avec la loi sur la moralisation de la vie publique, interdisant désormais les emplois familiaux aux parlementaires, pour que dans la famille ENA on puisse toujours embaucher copains et copines ! Le Sénat avait bien suggéré, lors de la discussion du texte, d’y insérer des dispositions limitant le “pantouflage” des très hauts fonctionnaires, mais il n’a pas été suivi. Peut-être parce que, comme le rappelle Mediapart, le président de la République, le secrétaire général de l’Élysée, le Premier ministre et son directeur de cabinet l’ont pratiqué, pour certains il y a quelques années, pour d’autres jusqu’à la veille de leur nomination dans leurs actuelles fonctions…

Ce que la gauche trépignante appelle ultralibéralisme, c’est surtout chez nous le capitalisme de connivence, qui permet à des fonctionnaires qui n’y ont pas mis un sou de diriger nos grosses sociétés. Mais ça ne manque pas de logique. Dès lors que, chez nous, l’État s’occupe de tout, on peut comprendre que les entreprises d’une certaine taille aient tout intérêt à recycler les hauts fonctionnaires qui connaissent “les bonnes personnes”.

On sait aussi que les agents publics non réélus en politique retrouvent tranquillement leurs postes – et avec l’ancienneté -, tandis que le recasage des proches à la veille d’une fessée électorale est devenu une tradition bien établie. C’est ainsi que, parti de l’Élysée le 14 mai dernier, François Hollande est redevenu président dès septembre. Mais seulement de la fondation La France s’engage, avec 8,5 malheureux millions d’euros de fonds publics. Comme il l’a dit lui-même en d’autres circonstances, “ça ne coûte rien, c’est l’État qui paye…”

Et n’oublions pas Ségolène Royal, en qui nous avons désormais une indispensable “ambassadrice des pôles Arctique et Antarctique” (parce qu’il en existe d’autres ?). Pour éviter les engelures, elle pourra demander conseil à Édouard Balladur, ancien président à temps très partiel de la Société française du tunnel du Mont-Blanc… et en même temps secrétaire général à l’Élysée.

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