Cinéma - Editoriaux - People - Santé - Sport - 23 février 2018

Féminisme : faut-il rhabiller Jennifer Lawrence (ou déshabiller Jeremy Irons) ?

Qui veut la peau de Jessica Rabbit… pardon, de ? Elle a été photographiée il y a quelques jours en compagnie de ses camarades de tournage. Elle est en robe fourreau noire, fendue jusqu’à la cuisse, décolletée jusqu’au diaphragme, alors que les hommes étaient chaudement vêtus, dans le style sportswear.

Et alors ? Et alors, des tweets féministes ont remarqué le contraste et l’inégalité que cela représentait.

L’une d’elle estimait : “La vraie égalité, ce serait que Jennifer Lawrence porte un manteau, ou que Jeremy Irons doive poser en jambières.”

Fantine gèle à côté d’emmitouflés.

L’intéressée, Jennifer Lawrence, s’est sentie agressée et n’a pas apprécié le « soutien » féministe :

Cette robe Versace était fabuleuse, vous croyez que j’allais la recouvrir avec un manteau et une écharpe ? J’étais dehors pendant cinq minutes. Je serais restée debout dans la neige pour cette robe parce que j’aime la mode et c’était mon choix.

C’est sexiste, c’est ridicule, ce n’est pas ça, le féminisme. […] Tout ce que vous me voyez porter, c’est mon choix. Et si je veux avoir froid, C’EST MON CHOIX AUSSI !

Un problème de chiffons ? Non, le vêtement est avant tout un problème de santé. Les débats à son sujet n’ont donc rien de frivole.

Les femmes ont souvent (eu) pour alliés des médecins hommes, des religieux hommes, des juristes défendant leur droit de vivre dans des habits adaptés à leur corps à elles.

Ils protestaient contre les corsets, talons, contre les tenues aguicheuses auxquelles la norme que j’appelle « impensée », coutumière, de la mode, du « dress code » professionnel, contraignait les femmes.

Certains osent, aujourd’hui, parler des conséquences de l’emballage dans les “linceuls ambulants” que sont les voiles à divers degrés : accidents, manque de vitamine D.

La contrainte au « sexy », au quotidien, impose, sous prétexte de féminité, des habits provoquant soit directement des dommages physiques (squelette, veines, peau…) qui, à terme, enlaidissent, soit le stress permanent d’être une proie repérable, marquée comme « l’ayant bien cherché » puisque « sexy ».

Le sexisme des normes vestimentaires est aussi affaire de temps et d’argent. Car les « exigences de la féminité » ont un coût. Avoir plus de vêtements, de maquillage, des soins plus sophistiqués, coûte plus cher et faire perdre plus de temps. Un handicap de plus dans la concurrence professionnelle entre hommes et femmes.

Un journaliste masculin s’était amusé à ne pas changer de vêtements durant plusieurs mois. Comme il l’avait prévu, personne ne le remarqua. Une journaliste ayant fait la même expérience aurait très vite surpris les spectateurs.

Mais si Jennifer Lawrence a tort, c’est surtout parce que sa robe n’a rien de fabuleux : ce tissu qui dit « Déshabillez-moi », taillé pour que les hommes puissent mesurer leur libido, est laid.

La vraie égalité, ce serait quand nous pourrons enfin vivre dans des vêtements jolis et adaptés.

Je suis fan de Fifi Brindacier, parce qu’elle est toujours vêtue d’habits avec lesquels elle peut tout faire, de couleurs tendres.

Je regarde les femmes amish et cosaques, dans leurs longues et amples robes, unies ou brodées et débordantes de fleurs, avec lesquelles elles peuvent danser, avoir les gestes et mouvements les plus libres et aisés qui soient – du moins pour la vie de tous les jours.

Et je nous plains, nous qui n’avons toujours le « choix », dans la vie professionnelle, qu’entre des tailleurs corsetés Chanel « près des fesses » et de tristes et rigides costards.

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