Editoriaux - Polémiques - 3 septembre 2019

« Féminicides » : quelque chose me dit qu’on n’en sortira pas comme ça…

Quand, le 7 juillet dernier, Marlène Schiappa annonçait le lancement de son « Grenelle des violences faites aux femmes », on dénombrait 74 victimes depuis le début de l’année. L’été a été chaud : moins de deux mois plus tard, le compteur est passé à 101. Le cadavre de l’avant-dernière était caché sous un tas d’ordures. La dernière avait 92 ans ; on soupçonne son mari de l’avoir assassinée à coups de canne.

On a inventé un mot pour désigner la chose : « féminicide ». Le nouveau dictionnaire propose même d’autres options : « Le féminicide (ou fémicide, gynécide, gynocide) est par définition le meurtre d’une ou de plusieurs femmes ou filles en raison de leur condition féminine. » Parce qu’elles sont femmes, donc, ce qui est pour elles une circonstance aggravante. Cette nuance entre le meurtre ordinaire et le « féminicide » est due à la sociologue Diana Russel. Le mot, passé au répertoire de l’ONU et de l’OMS, entrera sans doute bientôt dans le Code pénal national et international.

Le JDD rapporte que l’OMS distingue quatre catégories :
– le féminicide intime, « commis par un époux ou par un petit ami » ;
– le féminicide « lié à l’honneur », impliquant « une fille ou une femme qui est assassinée par un membre masculin ou féminin de sa famille parce qu’elle a ou est censée avoir commis une transgression sexuelle ou comportementale » ;
– le féminicide « lié à la dot », dans le sous-continent indien en particulier ;
– le féminicide non intime, « commis par une personne qui n’est pas en relation intime avec la victime »

Tous ces meurtres ont un point commun, nous dit-on : « L’auteur du crime est imprégné de culture sexiste. »

Alors que s’ouvre ce « Grenelle des violences faites aux femmes », le fléau semblant avoir pris une ampleur jamais connue chez nous, on voudrait pouvoir s’interroger : y a-t-il plus de « féminicides » aujourd’hui qu’hier sur le sol français ou bien sont-ils seulement davantage médiatisés ?

Si l’on se réfère aux propos de Marlène Schiappa, le nombre serait à peu près constant : entre 120 et 150 par an. Les chiffres officiels publiés sur la dernière décennie montrent même des pics : 167 femmes tuées en 2008, 166 en 2012, 151 en 2017 ; et puis des creux : 122 en 2011 et 2015, 123 en 2016… Terrible à dire, mais il semble qu’il en va de ces crimes-là comme de l’avortement : leur nombre demeure constant !

Reste qu’en ce domaine, tout comptage est indécent et qu’une seule victime est toujours une victime de trop.

L’autre question est « pourquoi ? » Pourquoi l’enfer derrière les portes closes, pourquoi les coups à la place des mots, pourquoi l’asservissement, pourquoi l’anéantissement de l’autre et la mort au bout ?

Ramener tout cela à la culture machiste et patriarcale qui imprègne nos sociétés n’est pas, à mon avis, une réponse satisfaisante. Et qu’est-ce, d’ailleurs, que « nos sociétés » ? Elles ne sont pas homogènes, loin de là ; les « cultures » s’y enchevêtrent, les nouveaux modes de vie s’y télescopent, les égoïsmes s’y développent, les revendications s’y multiplient…

Dans cette grand-messe du Grenelle qui débute aujourd’hui, on va discuter des moyens. Il va falloir allonger l’argent sur la table, faute d’allonger les tortionnaires sur les divans des psychanalystes. « Nous ne nous en laisserons pas compter ! Parce que l’argent est le nerf de la guerre, nous réclamons un milliard d’euros contre les violences faites aux femmes ! » déclaraient, ce matin, des associations féministes dans une tribune sur France Info. Avant même que les réunions ne commencent, leur principe est contesté : « Le fait même de limiter ce Grenelle aux seules violences conjugales montre que le gouvernement ne comprend pas vraiment ce qui se passe dans notre société après #MeToo. »

Alors ? Alors je ne sais pas, mais quelque chose me dit qu’on n’en sortira pas comme ça. Pas en désignant les hommes comme la dernière espèce nuisible ; pas plus, d’ailleurs, qu’en niant toute question de sexe ou de genre…

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