« La noblesse de servir » : la Légion étrangère et ses princes

L’occasion de découvrir ou de redécouvrir le lien particulier qui unit la Légion étrangère aux têtes couronnées.
Photographie personnelle Davric
Photographie personnelle Davric

En première approche, il pourrait être contre-intuitif d’établir un lien entre la Légion étrangère et les têtes couronnées. L’une serait rustique, silencieuse, faite pour le choc. Les autres s’étourdiraient, depuis la chute de la plupart des monarchies, dans des fêtes bavardes qui n’en finiraient pas. Ces caricatures ne rendent évidemment pas compte du réel, et singulièrement de la grande porosité entre les familles princières et les képis blancs. Au fond, ils partagent les mêmes valeurs de don de soi au service du bien commun, d’exemplarité et d’idéal. C’est ce que retrace l’exposition « La noblesse de servir », dont le vernissage a eu lieu ce lundi à Aubagne, au musée de la Légion étrangère.

Dans les murs de la Légion, qui a refondé ici sa maison mère après avoir quitté Sidi Bel Abbès après l’indépendance de l’Algérie, on retrouvera une autre histoire des armées et de la noblesse européenne – une histoire beaucoup moins connue.

Au service de la patrie

Pour commencer, les familles ayant régné sur la France (en fait, les Orléans et les Bonaparte), que la loi républicaine empêchait de vivre en France et même de servir dans l’armée régulière, se sont tout naturellement tournées vers la Légion quand il s’est agi de s’engager au service de la patrie, en bénéficiant des largesses de l’identité déclarée et de la nationalité présumée étrangère. Jean d’Orléans, duc de Guise, au seuil de la guerre de 1914, fut reçu par le Président Poincaré qui lui proposa immédiatement un poste dans la Légion. Ce sera finalement en 1940 que son fils, Henri d’Orléans, comte de Paris, s’engagera sous le nom de légionnaire d’Orliac, tandis que le prince Napoléon prendra le nom de Blanchard, au même moment, et coiffera lui aussi le képi blanc. On peut citer, également, le prince Louis II de Monaco, saint-cyrien (1891-93) à titre étranger, puis sous-lieutenant dans la Légion. Il quittera l’armée, six ans plus tard, avec le grade de lieutenant et la Légion d’honneur à titre militaire. Il se réengagera en 1914 pour la durée de la guerre, en tant que capitaine, et sera démobilisé avec le grade de colonel et sera même admis dans la deuxième section des officiers généraux. Ce 30 avril 2026, son arrière-petit-fils, le prince Albert II de Monaco, est l'invité d'honneur de la cérémonie de Camerone à Aubagne tout comme le prince Jean, comte de Paris, et le prince impérial Jean-Christophe Napoléon.

Autre prince de sang royal, Aage de Danemark (1887-1940), petit-fils du roi Christian IX de Danemark et descendant par sa mère, une Orléans, de Louis-Philippe, roi des Français et fondateur de la Légion étrangère. En 1922, il rejoint la Légion étrangère avec le grade de capitaine à titre étranger et est affecté au Maroc où il sera cité à l'ordre de l'armée en 1923. Alternant des postes en état-major et en unité combattante, il servira successivement aux 2e, 1er et 3e régiments étrangers d'infanterie. Il meurt brusquement de maladie en 1940 au Maroc. Sa dépouille sera transféré après le second conflit mondial à Sidi Bel Abbès. En 1962, elle rejoindra finalement le carré du Légionnaire à Puyloubier, dans les Bouches-du-Rhône.

Il faudrait aussi dire un mot de Dimitri Amilakvari, prince géorgien de noblesse immémoriale, qui commandait la 13e demi-brigade de Légion étrangère en 1940. Seule unité française à avoir vaincu l’Axe, lors des glorieux combats de Narvik, la « 13 » combattra ensuite sous les ordres du prince en Égypte - celui-ci y trouvera la mort.

Toutes ces figures, et bien d’autres sans doute, figurent dans l’exposition qu’organise la Légion étrangère dans l’enceinte de son quartier général historique. Si vous habitez dans la région, et même si vous n’y habitez pas, c’est l’occasion de découvrir ou de redécouvrir le lien particulier qui unit la Légion aux têtes couronnées.

Pour élargir un peu la perspective, on notera qu’Europe 1 consacre, ces jours-ci, tous les matins, un court reportage à la Légion et à ceux qui y servent, les fameux « hommes sans nom ». Il n’est pas anodin que, dans ces temps troublés, nous soyons, plus qu’à l’accoutumée, admiratifs et pleins de gratitude envers ceux qui sont venus du bout du monde offrir leur vie pour notre pays. Cette exposition, entre autres, a le mérite de le rappeler.

Cet article a été mis à jour pour la dernière fois le 01/05/2026 à 15:15.

Picture of Arnaud Florac
Arnaud Florac
Chroniqueur à BV

Vos commentaires

30 commentaires

  1. J’ai connu la Légion Etrangère dans mes périples, notamment dans mes séjours en Indochine. Le récit ci-dessus qui mélange un peu noblesse et légionnaires est un peu ambigü … Il ne faut pas oublier que les
    légionnaires étaient presque tous des étrangers souvent ayant commis des délits parfois graves.
    La Légion, pour eux, était une famille d’accueil qui les mettait en première ligne dans les conflits où,
    souvent, ils pouvaient y laisser la peau. C’était le prix à payer pour leur réintégration sociale.
    Ceux qui les commandaient étaient eux, de bons français !

  2. J’ai fréquenté un temps; il y a longtemps, la Légion Etrangère. Il existe une fraternité peu commune. Un corps ‘élite s’il en est.

  3. Voilà un modèle d’intégration réussie. Donc tout est possible avec de la volonté et du courage. Question : Pourquoi ne pas utiliser la légion sur le sol français contre tous les trafiquants de drogue qui nous pourrissent la vie et conduisent le pays vers un abîme social ? Pourquoi ne pas utiliser leur capacité physique pour « encadrer » les jeunes délinquants et les faire travailler à des actions civiques (nettoyage des collines, par exemple) plutôt que de les enfermer en prison où ils se pourrissent entre eux ? Là où il y a une volonté, il y a un chemin.

    • parce que ce n’est pas leur métier !! ils n’ont pas vocation à redresser tout ceux qui sont tordus dans notre société, ce sont des soldats, pas des éducateurs !

      • Exact ! On ne peut confier à d’anciens délinquants la charge de redresser
        de jeunes délnquants ! ( voir mon msg ci-dessus )

  4. Ils viennent de tous les horizons,de tous les pays pour servir la France.
    Français non pas par le sang reçu mais par le sang versé.Beaucoup ont donné leur vie pour ce pays qu’ils ne connaissaient pas mais dont ils rêvaient.Honneur et fidélité.
    La Nation reconnaissante(enfin pas toujours)s’incline devant leur courage.
    C’est aussi ce que je fais avec modestie.Merci de tout cœur braves légionnaires!

  5. Le monde entier disait : la France est en danger
    Les barbares demain, camperont dans ses plaines
    Alors, cet homme que nous nommions « l’étranger »
    Issus des monts latins ou des rives hellènes

    Ou des bords d’outre-mers, s’étant pris à songer
    Au sort qui menaçait les libertés humaines
    Vint à nous, et s’offrant d’un cœur libre et léger
    Dans nos rangs s’élança sur les hordes germaines

    Quatre ans, il a peiné, lutté, saigné, souffert !
    Et puis un soir, il est tombé, dans cet enfer..
    Qui sait si l’inconnu qui dort sous l’arche immense

    Mêlant sa gloire épique aux orgueils du passé
    N’est pas cet étranger devenu fils de France
    Non par le sang reçu mais par le sang versé.

    Pascal BONETTI – 1920

  6. Un très bon article. Merci à Monsieur de Florac.

    Moi, si vous me permettez d’apporter ici ma modeste contribution, j’aimerais faire part de ma gratitude envers ceux qui furent mes instructeurs, ceux qui m’ont accueilli, instruit et surtout envers tout les Français qui m’ont accepté.

    Mais j’aimerais aussi rendre hommage à mon épouse, nous avions 21 ans quand nous nous sommes mariés, quand j’ai quitté la Légion nous en avions 43 mais il ne faut pas calculer que cela fait 22 ans ensemble, oh non, elle a enduré un peu plus de 10 ans d’Opex, sans être jamais certaine de l’endroit où j’étais, sans garantie que la date retour serait respectée.

    J’étais auprès d’elle quand notre aînée est née … Elle était seule pour donner le jour aux deux merveilleux enfants qu’elle m’a donné ensuite.

    Elle a élevé trois enfants alors que je n’étais presque jamais là mais elle a réussi à leur donner une éducation parfaite.

    Elle était là à chaque fois où j’ai repris connaissance, elle a regardé ma main un jour, elle a souri et m’a dit « à partir d’aujourd’hui si tu veux compter jusqu’à 10 … Évites de te servir de tes doigts !  »

    Dans un autre hôpital, alors que j’avais peur d’avoir perdu un œil ça à été « ton œil va bien … Mais si tu continues tu vas ressembler à un patchwork  »

    La liste serait tellement longue mais jamais elle ne s’est plainte.

    La France était un rêve dans ma lointaine Sibérie, la Légion fût ma première famille, ma femme et nos enfants sont ce que j’ai de plus cher à mon cœur.

    Mon prénom est un choix, celui d’un général qui jura de ne jamais déposer les armes tant que le drapeau français ne flotterait pas sur Notre Dame de Strasbourg, j’espère avoir été digne de porter ce prénom.

    Je voudrais également rendre hommage à cinq Hommes, des Hommes qui avaient un nom mais que j’ai été incapable de ramener a leurs familles, leurs épouses ou leurs amis parce que reculer n’était pas envisageable et remercier ici leurs familles de m’avoir pardonné.

    J’aimerais remercier aussi tout les Français qui ont fait de moi l’un des leurs.

    Il coule dans mes veines le sang de tellement de gars qui ont accepté de me donner un peu du leur que j’aimerais dire aussi de ne jamais juger un homme a la couleur de sa peau ni à un reste d’accent.

    Merci a vous, merci à vos parents de m’avoir permis de servir la France.

    • Je n’écris plus de contributions qui ne font rien avancer, mais là je suis obligé de témoigner mon très grand respect à ce MONSIEUR et son EPOUSE : respect et hauts les coeurs, à Camerone !

      • Vous avez tort Victor ! si, un avis pertinent fait avancer le mentalités, même
        si c’est de qualques centimètres …

    • Merci, Monsieur, pour votre extraordinaire témoignage. J’ai une immense admiration et in immense respect pour la Légion, que j’ai vue à l’œuvre au Maroc. Oui, MERCI.

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