Le feuilleton opposant les USA et la Corée du Nord n’en finit pas, puisque remontant désormais à 1953, année à laquelle fut édifiée la ligne DMZ, séparant Corée du Nord et Corée du Sud. Officiellement, ces deux pays sont toujours en guerre, froide la plus souvent, avec toutefois quelques réguliers pics de chaleur.

On se souvient encore des rodomontades du président Donald Trump et de son pas de deux avec son homologue Kim Jong-un. Rien de véritablement tangible n’en était sorti, mais au moins le leader de Pyongyang prêtait-il attention aux menaces de Washington. Avec Joe Biden, c’est une tout autre affaire. D’où la traditionnelle tactique nord-coréenne consistant à toujours faire plus haut monter les enchères devant une diplomatie américaine impuissante. Là, ce sont ces missiles de type « hypersoniques », volant à plus de Mach 5 (soit à plus de 6.100 km/h), qui permettent aux Nord-Coréens de s’inviter dans le club des nations qui comptent.

Car Kim Jong-un est peut-être fou, mais pas idiot, ayant retenu la leçon irakienne voulant qu’un pays non sanctuarisé par des armes dissuasives peut se trouver rayé de la carte du jour au lendemain. L’Iran l’a bien compris, dont le système de défense n’a désormais plus rien à envier à celui d’Israël. Certes, cette assurance-vie est d’autant plus viable que la Corée du Nord bénéficie de l’appui du puissant voisin chinois, sans lequel son peu de survie économique serait réduit à néant, surtout quand – pandémie oblige – les frontières entre ces deux pays ont longtemps été fermées. De fait, Kim Jong-un est donc obligé d’en rajouter dans la surenchère nationaliste ; rhétorique devant laquelle le nouveau locataire de la Maison-Blanche est singulièrement démuni.

Dès lors, les USA n’ont d’autre marge de manœuvre que d’aggraver les sanctions économiques contre Pyongyang. Mais ces méthodes ont, depuis longtemps, démontré leur inefficacité, punitions à sens unique n’ayant jamais fait que renforcer la cohésion des peuples avec leurs dirigeants. Bref, à part encourager la corruption et donner un courant d’air frais à des régimes plus ou moins autoritaires, les résultats n’ont jamais été au rendez-vous.

Tout comme la marge de manœuvre américaine ne l’est pas non plus. En effet, comment les USA peuvent-ils demeurer crédibles en dénonçant « l’insécurité et l’instabilité » nord-coréennes alors que, depuis des décennies, ils multiplient les guerres hasardeuses, allant jusqu’à financer et entraîner leurs ennemis à venir, tels qu’ils l’ont fait en Afghanistan, en armant ce qui allait plus tard devenir Al-Qaïda puis Daech ?

On ajoutera que la puissante Amérique du Nord, avec 728 milliards de dollars dépensés, en 2020, pour ses armées, totalise à elle seule près de la moitié du budget mondial en la matière, Russie et Chine s’en disputant les miettes, même si loin devant les pays européens ayant, à l’exception française, choisi de se réfugier sous le parapluie américain, avec les pertes de souveraineté qui y affèrent.

Puis, demeure l’épineuse question de la réunification coréenne, plus envisageable sur le papier que sur le terrain, sachant que même rassemblées sous le commode vocable de « Coréens », ces deux populations n’ont que peu en commun. Au nord, dans les montagnes, un peuple rude et rétif à la prétendue « mollesse » de celui du sud, fameux « pays au matin calme », sis sur le littoral et, de fait, plus à même d’échanger avec le reste du monde. Les premiers persistent en un nationalisme intransigeant, sous commode paravent communiste, alors que les seconds ne rêvent que d’intégration à l’occidentale ; d’où cette K-Pop, musique parvenant à l’exploit de rivaliser, en vulgarité et en goût de latrines, avec le pire du R&B américain.

En attendant, les Américains font semblant de bomber le torse, les Chinois comptent les points et les Européens regardent passer les trains.

 

7 octobre 2021

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