Audio - Editoriaux - Entretiens - Politique - 3 juin 2019

Erik Tegnér : « J’ai peur que ce soit l’aile gauche du parti qui prenne le contrôle des Républicains »

Interview de Marion Maréchal sur LCI, démission de Laurent Wauquiez sur TF1. Réaction d’Erik Tegnér, membre des Républicains, après ce « chassé-croisé » du week-end de l’Ascension.

L’interview de Marion Maréchal signe un peu son retour sur la scène politique nationale. Qu’avez-vous pensé de la prestation de Marion Maréchal ?

Je l’ai trouvée brillante. Cela faisait bien longtemps qu’on n’avait pas eu une interview d’une heure de ce type. Beaucoup de sujets de fond ont été abordés, sans chercher la polémique ou des petites phrases. Marion a abordé les questions économiques et identitaires avec la nécessité de retrouver la notion de puissance. Je l’ai trouvée très préparée. On sentait qu’elle n’avait jamais réellement quitté la vie politique. Elle continuait à se former et à s’intéresser à la chose publique.
Ce qui m’a le plus marqué, en tant que membre des Républicains, c’est sa capacité à prendre de la hauteur. Elle n’est pas venue comme une adhérente du Rassemblement national mais comme quelqu’un qui voulait simplement proposer une solution pour battre Emmanuel Macron en 2022. Elle a respecté les sensibilités de toutes ces différentes droites qui existent aujourd’hui.
Elle est partie du constat qu’aujourd’hui, un seul parti politique, le Rassemblement national, ne peut pas aspirer l’ensemble des droites. Il faut donc essayer de faire émerger un autre mouvement politique avec des personnalités courageuses des Républicains qui puissent, demain, travailler avec le Rassemblement national dans un esprit de coalition.

Marine Le Pen avait déclaré, il y a quelques semaines, qu’elle ne se définissait pas comme conservatrice. Le chemin de Marion Maréchal est-il praticable pour le Rassemblement national de Marine Le Pen ?

La priorité, aujourd’hui, est identitaire. Elle est sur l’immigration.
Entre Les Républicains, Marion Maréchal et le Rassemblement national, il n’y a aucune différence sur ce sujet. Marion Maréchal se positionne davantage dans une logique conservatrice qui correspond davantage à l’électorat de François-Xavier Bellamy, de François Fillon ou des Républicains. Je pense que cela n’est pas incompatible. On peut tout à fait travailler avec Marine Le Pen, même si elle ne se définit pas comme conservatrice.
Je trouve dommage que, ces dernières semaines, des élus du Rassemblement national cherchaient à tout prix à critiquer le conservatisme. Je pense qu’ils ont besoin de prendre de la hauteur.
Les élus des Républicains ne pourront pas tendre la main au Rassemblement national s’il n’y a pas un esprit de bienveillance. Marion Maréchal a su le faire avec brio et ne pas rentrer dans les petites polémiques.
Le journaliste a essayé de lui faire critiquer Marine Le Pen. Elle a su respecter Marine Le Pen tout en disant que si le Rassemblement national était très important, il n’était, en revanche, pas suffisant. Elle a fait un appel aux élus des Républicains. Elle a dit qu’elle serait prête à les aider et à revenir en politique si elle voyait que des élus des Républicains étaient capables d’être courageux et de faire tomber le mur que François Mitterrand a érigé entre Les Républicains et le Rassemblement national.

Une heure après l’intervention de Marion Maréchal, Laurent Wauquiez démissionnait de la présidence des Républicains. Que vous inspire la décision du président de votre parti politique ?

Je tiens à saluer Laurent Wauquiez. Il a voulu se mettre face à ses responsabilités. Il a décidé de démissionner de la présidence des Républicains suite à cette cruelle défaite de 8,5 %. C’est à notre famille politique de se confronter à ses propres responsabilités. Cet échec n’est pas celui de Laurent Wauquiez, mais celui d’une famille politique qui a travaillé depuis des années par des alliances au centre au lieu de choisir de faire l’ouverture à droite.
Le fait qu’il ait démissionné une heure après l’interview de Marion Maréchal en dit long.
Que les élus de droite qui veulent lutter contre le communautarisme et le multiculturalisme et baisser la fiscalité et la dépense publique entendent l’appel de Marion Maréchal à constituer un mouvement qui soit capable d’établir une coalition avec le Rassemblement national.
Ma famille politique est sonnée. Je suis inquiet et j’ai peur que ce soit l’aile gauche du parti qui prenne le contrôle des Républicains, à l’image de Valérie Pécresse et de Gérard Larcher, ou qu’on continue encore une fois à s’enfermer dans notre logique mortifère d’ouverture à gauche au lieu de faire une ouverture à droite.

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