[Entretien] Le château de mon grand-père par Nicolas Pagnol

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Mise à jour le 26 juin, à 16h16

Le 15 juin, Nicolas Pagnol apprenait, par un simple coup de fil de la mairie de Marseille, son éviction du célèbre « Château de ma mère ». Depuis, le président de l'Association du château de la Buzine, qui ne comprend pas cette décision, se bat pour défendre la mémoire de son grand-père et faire entendre sa voix d'ici le prochain conseil municipal. En cause : Marseille doit désigner l'association appelée à gérer le site. Malgré son bilan positif, le gestionnaire actuel est prié de déménager. Le château devrait dorénavant être géré par une association spécialisée dans la gestion de centres sociaux et n’ayant aucune expérience dans la gestion de lieux culturels.

Iris Bridier. Invité, samedi matin, sur France Info, le maire (PS) de Marseille Benoît Payan a affirmé que « le château de ma mère était une mystification ». Que lui répondez-vous ?

Nicolas Pagnol. Il a déclaré que le château de la Buzine n’était pas le château de ma mère ! Je l’enjoins donc à relire le livre de mon grand-père mais aussi Histoires de Pagnolie, l’excellent livre de Bruno Lizé. Il s'agit d'une étude historique et topographique de ce petit coin de paradis qu’est le quartier des Bellons et de la Valentine, entre Marseille et Allauch. Cela prouve une fois de plus, s’il en était besoin, que le château de la Buzine est bien le « château de ma mère ». On ne sait pas pourquoi le maire est allé sur ce terrain glissant qui m'apparaît comme une déclaration totalement absurde.

I. B. La pétition que vous avez lancée le 15 juin approche les 60.000 signatures, qu’est-ce que cela vous inspire ?

N. P. J’en suis ému, ravi, surpris, c’est incroyable ! Je n’ai pas le temps de lire les dizaines de milliers de message reçus, ni de remercier tout le monde. Cette pétition est totalement transversale politiquement, j'ai des amis de gauche comme de droite qui la signent. Cela prouve l’attachement que la France entière a encore pour Marcel Pagnol. Cela prouve aussi que ce château est réellement le symbole de la Provence, de Marcel Pagnol et peut-être, pour beaucoup, des lettres françaises. En plus de cette pétition, de grands noms se sont mobilisés afin de publier prochainement, dans la presse nationale, une tribune demandant que l'on rende Pagnol à la Buzine.

I. B. Dans une France fracturée, est-ce que ces innombrables soutiens de tous bords prouvent que l’œuvre de Marcel Pagnol peut encore toucher tous les cœurs ?

N. P. L’œuvre de Marcel est avant tout une œuvre de concorde, de tempérance. C'est une œuvre qui nous fait du bien parce qu'elle nous parle de notre enfance, de valeurs qui sont fondamentales dans la construction d'un être humain : l'entraide, le respect de soi-même, de l'autre, la famille, l'amitié, la connaissance de la nature… Tout le monde se retrouve autour de ces valeurs. Il n'y a pas de violence, dans l'œuvre de Pagnol. Il y a toujours cette envie d'essayer d'améliorer les choses, de communiquer et surtout de faire union.

I. B. Vous avez écrit sur Twitter relever le combat de David contre Goliath. Dans la Bible, c'est bien le plus petit qui gagne : le conseil municipal de Marseille peut-il changer d'avis face à l'ampleur de toutes ces réactions ?

N. P. Je le souhaite, nous verrons ce qui sera voté. La décision devait être présentée le 30 juin au conseil municipal, elle est finalement reportée au 7 juillet. Mon rôle consiste à m'exprimer et j'ai le droit de le faire. Je ne demande pas, comme M. Payan l'affirme lui-même, de casser la décision du comité qui a plutôt préféré le dossier concurrent. Et vous allez en entendre parler très prochainement, de ce dossier ! Je demande simplement à peser sur le conseil municipal qui vote, et cela, personne ne m’en empêchera.

I. B. Aviez-vous eu connaissance de cet appel d’offres lancé en février pour renouveler la délégation de Service Public ?

N. P. Bien évidemment, et j’y ai répondu. Mais le dossier de l’Association du château de la Buzine n’a pas été retenu. Une DSP dure cinq ans. Un appel à renouvellement de cette DSP a été lancé. Un comité composé de six élus - en l’occurrence, là, il y en avait cinq de la majorité de M. Payan - a choisi le dossier qui leur semblait le plus économiquement et artistiquement viable. Ensuite, le conseil municipal devra l'approuver. Il votera certainement pour, mais pour des raisons autres que la fidélité à la culture provençale et aux lettres françaises…

I. B. Comment expliquer la brutalité de cette annonce alors que vous entreteniez de bonnes relations avec la mairie et que votre association avait su valoriser le site ?

N. P. J’avais de très bons rapport avec M. Coppola [élu adjoint à la culture, NDLR]. Quant au maire, je l’ai appelé au moins dix fois depuis son élection pour prendre rendez-vous, il ne m’a jamais répondu. Il aurait été concevable humainement qu’avant cet appel d’offres, la municipalité vienne nous rencontrer au château de la Buzine pour échanger. Normalement, c’est ce qu'il se fait. On juge le délégataire sur son bilan, non sur l’avenir. Très honnêtement, quand Jean-Marc Coppola m’a appelé pour m’annoncer cela, je ne m’attendais absolument pas à cette décision. Notre dossier était très bon, tant sur les aspects financiers que culturels. Donc, dès le lendemain, j’ai lancé cette pétition et, tout de suite, M. Payan m’a appelé ! Ce qui est parfaitement contraire au droit : il n’a pas le droit d’appeler un postulant à une délégation avant que tout cela ait été signé au conseil municipal.

I. B. Que représente ce château, pour le petit-fils de Marcel Pagnol ?

N. P. Il représente une part de l’histoire de ma famille, une partie de l’enfance de mon grand-père. C’est le château de la peur de sa mère et de l’humiliation de son père. Le Château de ma mère se termine sur cette phrase magnifique : « Blême, tremblante et inconsolable, elle ne savait pas qu’elle était chez son fils. » Donc, bien sûr que cela me parle, au nom de ma filiation ! J’ai l’impression de réussir là où l’Histoire n’a pas laissé le loisir à mon grand-père de le faire. Je marche dans ses pas et je fais quelque chose qu’il aurait aimé faire, je lui rends hommage de cette manière.

Lorsque Marcel a acheté ce château en 1941 pour en faire une grande cité du cinéma, il a refusé de collaborer avec les Allemands qui lui proposaient la direction du cinéma français. Il a vendu toute son affaire à Gaumont et il est parti. Son père habitait dans la maison du gardien avec la petite Germaine. Les Allemands ont réquisitionné le château. À la libération, l’armée française a réquisitionné le château à son tour. Joseph faisait la classe aux tirailleurs sénégalais qui y séjournaient en transit. Quand Marcel l’a récupéré en 1948 ou 1949, le château était en ruine. C’était terminé pour lui. Il aurait fallu tout reconstruire mais il n’en avait plus ni l’énergie, ni les moyens.

En 1951, son père décède, il pense à vendre ce gros paquebot mais il ne le fait pas et, six ans plus tard, il écrit Le Château de ma mère, preuve de son attachement au site. Il le vendra finalement en 1973, un an avant sa mort, à un promoteur immobilier, mais avec cette clause de ne pas toucher au château. Le promoteur va lotir le parc des Sept Collines et laisser le château se délabrer, jusqu’à ce que la ville de Marseille rachète la ruine dans les années 1990. Elle projette d'en faire un lieu culturel, mais qui ne rayonnera pas. Et en 2016, Valérie Fédèle, la directrice du château, me demande de présider l'association. Je prends le temps de réfléchir à ce projet et accepte en 2017. C'est à ce moment-là que le château a été remis sur orbite.

I. B. Que deviendrait la Buzine, sans Pagnol ?

N. P. Cela deviendrait un lieu comme un autre, comme ce qu’il était avant que je m’en occupe.

I. B. Quelle sera la suite ?

N. P. Je continuerai de gérer le château, il me semble. J’ai trois avocats qui travaillent sur le dossier : un avocat de droit pénal, un avocat en propriété intellectuelle et un avocat en droit administratif. Nous avons déjà bien étudié le dossier administratif, il nous semble qu’il comporte de nombreuses irrégularités. Je n’exclus aucune possibilité...

Iris Bridier
Iris Bridier
Journaliste à BV

Vos commentaires

18 commentaires

  1. M. Pagnol j’ai signé votre pétition et j’ai fait suivre à mes contacts. J’espère que vous aurez gain de cause !

  2. Une majorité d’électeurs du maire de Marseille, deuxième ville de France, n’a que faire de Pagnol, car il ne représente pas sa culture…Eloquent changement, non?

  3. Bonjour, j’ai 78 ans et Pagnol m’a toujours accompagné dans mes lectures ou au cinéma.
    Nicolas vous avez en face de vous les mêmes que ceux qui veulent supprimer tous « les Saints « .
    Mr Macron est à Marseille, alertez Brigitte et demandez lui ce que l’enseignante pense de Pagnol ?
    Si vous n’obtenez pas la garde de ce « temple de l’histoire » dans 1 an ce sera un point de deal….
    Bon courage et merci de conserver cette mémoire

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