En plein débat sur la fin de vie, l’hôpital de Tours supprime son aumônerie catholique

Une décision prise "sans concertation et au détriment des patients", réagit le diocèse.
@Wikimedia commons
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La persécution des catholiques se poursuit, lentement mais sûrement. Ici, elle se fait sans graffiti ni incendie ; pas de décapitation, si ce n’est celle d’un service d’accompagnement spirituel. À Tours, la direction du centre hospitalier régional universitaire (CHRU) vient d’annoncer la suppression de trois postes d’aumôniers catholiques et, bientôt, du quatrième. Une décision prise « sans concertation et au détriment des patients, réagit le diocèse, dans un communiqué publié le 18 mai. À une époque où l’on se soucie du vivre ensemble et où beaucoup de liens sociaux sont mis à mal, une telle décision ne peut qu’interroger. »

De retour d’une maraude, Dominique Buzoni-Gatel, responsable de la pastorale de la Santé au diocèse de Tours, nous précise par téléphone : « Nous avons quatre postes d’aumôniers payés par le CHRU, ce qui représente 2,5 équivalents temps plein (ETP). Dans un très grand hôpital qui compte environ 10.000 emplois, nos 2,5 ETP, c’est l’épaisseur du trait. » Voyant l’échéance des CDD arriver, cette dernière avait, à maintes reprises, sollicité en vain l’hôpital : « Depuis septembre 2025, je demande un rendez-vous avec la direction générale ou au moins avec la DRH pour anticiper ces renouvellements. Une personne partait à la retraite, il fallait la remplacer, et nous avions des candidats. Tout cela est resté lettre morte », témoigne-t-elle, encore « choquée par cette décision unilatérale et irrévocable ».

Contacté de vive voix, l’hôpital - sans répondre à nos questions - se contente de nous adresser un communiqué : « Du fait de départs à la retraite à venir en 2026 et 2027 parmi les aumôniers, le CHRU a informé le diocèse de son incapacité à financer cette fonction sur ses fonds propres et se propose d'échanger pour envisager des solutions. Le CHRU se tient donc à la disposition du diocèse pour poursuivre ces échanges [...]. Il continue par ailleurs à assurer le financement d’un lieu de culte à disposition des patients et des aumôniers. »

« Ils nous décapitent ! »

Dominique Buzoni-Gatel précise que les quatre salariés sont titulaires d'un diplôme universitaire et interviennent vingt-quatre heures sur vingt-quatre, sept jours sur sept, y compris les jours fériés. « Pour remplacer ce travail uniquement avec des bénévoles, il nous faudrait environ 60 personnes. Il faudrait les former, organiser les plannings, coordonner les interventions. Ce n’est pas réaliste. Ils nous décapitent, regrette-t-elle. Nous ne pourrons plus assurer ce travail auprès des patients qui souffrent, parfois seuls. Tenir la main d’une personne qui meurt seule, passer une nuit auprès d’elle, accompagner des situations psychiatriques lourdes, des syndromes de glissement en gériatrie, des soins palliatifs : ce sont des situations pour lesquelles nous sommes formés. Dans les services, les cadres soignants nous font confiance, parce qu’ils savent que nous intervenons avec professionnalisme. Nous ne pourrons pas maintenir cette qualité avec des bénévoles seuls », répète-t-elle.

S'il fallait illustrer l'utilité de cet accompagnement, citons cet exemple poignant : « Il y a un mois, j’ai été appelée un dimanche matin pour le baptême en urgence d’un nourrisson à l’hôpital, témoigne Dominique Buzoni-Gatel. L’enfant a été débranché deux heures après. Les parents n’étaient pas croyants, mais ils voulaient offrir le meilleur à leur petit bonhomme, comme ultime preuve d’amour. Le personnel soignant leur a demandé s'ils voulaient un accompagnement, j’étais à leurs côtés lorsqu'ils ont débranché le bébé. »

Si la loi de 1905 prévoit bien que l’État « ne reconnaît ni ne salarie ni ne subventionne aucun culte », elle permet cependant aux établissements hospitaliers de prendre en charge « les dépenses relatives à des services d’aumôneries ». Ainsi, le CHRU de Tours mentionne, sur son site, que chaque usager peut demander la visite d’un représentant du culte de son choix et que « le service d’aumônerie est destiné à répondre aux besoins spirituels des patients ». Précisons qu'à Tours, jusqu'ici, les autres cultes, moins présents, n'interviennent que bénévolement.

« L’homme n’est pas seulement matière »

Dans le même temps, Laurent Panifous, ministre délégué en charge des Relations avec le Parlement, vient de confirmer l’acharnement mortifère du gouvernement à « inscrire prioritairement » la loi relative à l’aide à mourir à l’agenda des députés au mois de juin et de juillet ! À supposer, donc, que l’euthanasie soit rendue légale, les patients en fin de vie de l’hôpital de Tours ne bénéficieront plus, au nom de coupes budgétaires, de l'assistance d’un aumônier.

« Ce qui est le plus scandaleux, c’est que pour des motifs économiques, on prétende finalement se dispenser de ce qui est le plus important : la dimension spirituelle de l’être humain, réagit l’abbé Matthieu Raffray, contacté par nos soins. À une époque où l’on parle de civilisation des machines et d’intelligence artificielle, si l’on traite les êtres humains uniquement comme des machines, comme des numéros ou comme de la quantité de matière, que reste-t-il ? Que reste-t-il de l’humain ? Cela a toujours été la tradition de l’hôpital, y compris de l’hôpital public, qu’il y ait des aumôniers. Soigner le corps va aussi avec le soin de l’âme. Aujourd’hui, tout le monde est conscient que l’homme n’est pas seulement matière et que, pour aller mieux physiquement, il est important que l’esprit se porte bien. Même la psychologie de base l’enseigne ! »

Pour l’heure, Mgr Vincent Jordy, archevêque de Tours, demande à tous ses fidèles ayant bénéficié des services de l’aumônerie hospitalière d’adresser un courrier à la direction de l’hôpital. Celle-ci reverra-t-elle sa position pour éviter la déshumanisation ? « La qualité d'une civilisation se mesure au respect qu'elle porte aux plus faibles de ses membres... »

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Iris Bridier
Journaliste

Vos commentaires

39 commentaires

  1. La Laïcité et le bon sens exigeaient cette éviction d’un organisme confessionnel non médical, dans une structure hospitalière publique.
    Les hospitalisés en phase terminale, incapables de réagir, ne seront plus contraints de subir les pseudos sacrements du mourant, pratiqués par les « visiteuses » intrusives. Pire, ils seront informés de leur mort imminente, par les rituels des lieu-tenantes de prêtres. Sévère !
    On peut cependant se questionner sur l’honnêteté politique de cette mesure, qui remet en ligne une activité surannée, alors que l’islamisation se poursuit sans contrainte: refus d’être soigné par une femme, ou pour une islamique par un homme, port de bonnets chirurgicaux permanent en place du voile islamique pour des soignantes , et évidemment voile autorisé pour les visiteuses…
    L’on n’ose pas poser la question pour les repas préparés par SODEXO. Halals moyennant prébendes pour l’imam, ou non bénis ?

    • Bernard 37

      Certains demandent les derniers sacrements sur leur lit de mort et non les pseudo sacrements. On ne leur donne pas par contrainte. On voit que vous n êtes pas au courant.

      • Aby, par expérience personnelle j’ai pu observer l’action néfaste se ces rituels dits derniers sacrements, sur deux proches. La présence d’un clerc, non sollicitée, est une violence inacceptable.
        Ma belle mère, en particulier, agnostique, comme on a coutume de dire, n’allait jamais à l’église tout en fantasmant le monde organisé selon un « dessein intelligent ».
        Victime d’un AVC, paraplégique et ne pouvant plus parler, elle vivait entourée de ses proches. Une visiteuse catéchumène avait cru utile de lui imposer la présence d’un curé pour lui administrer la fiction magique. Le prêtre est venu faire ses manipulations un après midi, sur cette femme, qui se démenait de son bras valide, pour interdire cette violation de son intimité mentale. Le curé parti, notre parente est décédée dans l’heure qui a suivi.
        Le dualisme encore prôné par les croyances monothéistes, est un mensonge et un leurre.
        La pensée consciente disparait avec la vie biologique.
        Qui peut imaginer le contenu du cortex d’A Einstein s’envoler « au ciel », pour s’y maintenir, sans le concours d’un substrat corporel pour lui fournir le support physique et l’énergie?

  2. C est une honte ! A t on oublié qu autrefois les sœurs travaillaient à l hôpital. C était de la main d oeuvre gratuite . C était un manque à gagner quand elles sont partis.

  3. Le serment d’Hippocrate ayant été bafoué, ne nous étonnons plus de l’attitude des administratifs des hôpitaux , nous sommes en pleine déshumanité

  4. Les députés qui vont voter sur le sujet doivent bien faire attention de ne pas aller dans le sens bobo macroniste, car s’ils veulent garder leur place il faudra qu’ils tiennent compte que la majorité des français sont contre cette loi dépourvue de bon sens. Mais macron le bon sens il s’en tape …

  5. L’intelligence artificielle détruit l’intelligence humaine, du moins d’une partie du peuple. Avec elle part meurt également toute la compassion et le respect de la personne.

  6. Ces aumôniers représentaient un danger : dissuader les malades de recourir à l’euthanasie. Alors, ouste dehors

  7. Ils ne veulent peut-être pas de témoins quand ils vont euthanasier les malades… c’est angoissant d’aller à l’hôpital. Lequel jugera que vous êtes bon à être exécuté ?

  8. Il y a de plus en plus de villes en France où il ne fait plus ni bon de vivre, ni bon d’être malade et encore moins de mourir.

  9. Un mourant, ça coûte cher en soins, ça ne paie plus d’impôts, et ça ne se plaint pas après le trépas. Alors vous pensez bien que les gestionnaires qui ont autant d’empathie qu’un tableur Excel ne vont pas s’émouvoir de les abandonner. ( les moribonds, pas les tableurs qui leurs servent d’âme).

    • Ils seront plus libres d’euthanasier sans risquer la controverse. Vive la gauche, leur jour viendra où ils seront face à leur mort eux aussi et certains peut être regretteront de ne pas avoir accès au soutien que ces religieux auraient pu leur apporter.
      Pauvre France.

    • Les morts paient impôts et taxes : cérémonie funéraire, prélèvements sur l’héritage…par ses descendants.

  10. L’anti-cléricalisme de la gauche repart de plus belle ; après les attaques , les incendies d’église , c’est l’accompagnement des mourants dans les hôpitaux qui est attaqué . Ce pays sombre dans l’obscurantisme a tout les niveaux de la société .

  11. La ville de Tours a voté pour la seconde fois pour un maire écologiste très porté sur les valeurs de la gauche extrême et sur l’accueil des migrants en particulier ( exposition en plein air retraçant le parcours  » d’Hakim le migrant », projet de petites maisons- bulles pour les loger sur le trottoir. Ceci explique peut être cela.

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