Qui l’eût cru ? Notre national, libéral dans l’âme, grand pourfendeur des frontières, des replis, des règlements faussement protecteurs, devenu, le temps d’une allocution martiale, le 12 juillet, le grand promoteur des obligations et des interdictions : obligation vaccinale – explicite pour les soignants, hypocrite, pour tous les autres – et interdictions de fréquenter cinémas, musées, bars, restaurants et, maintenant, collèges et lycées pour qui ne serait pas muni du fameux « passe ». À vrai dire, ce coup lui ressemble bien, tant son parcours politique depuis 2016 pourrait se résumer à une succession de coups depuis le premier contre Hollande, son mentor, en 2016. Donc, cette fois-ci, le coup du passe. Un coup sur la tête pour des millions de Français.

Un coup qui donne aussi des idées à l’étranger et, comme l’écrit L’Opinion, « fait des émules aux États-Unis », la patrie de la liberté. « Le jour même où CNN expliquait “pourquoi le pass Covid de Macron ne décollerait pas aux États-Unis” et qu’aucun responsable politique ne prendrait un tel risque dans un pays où les droits individuels sont “primordiaux”, le gouverneur de Californie, le maire de New York et le ministre des Anciens Combattants ont fait mentir la chaîne de télévision. Se référant pour certains à l’exemple du Président français, ils ont tous lancé, lundi, un ultimatum à leurs fonctionnaires qui devront choisir entre se faire vacciner gratuitement ou payer 100 à 200 dollars par semaine (85 à 170 euros) pour se faire tester. » Ainsi, par la grâce d’Emmanuel Macron, la France est redevenue un phare pour le monde libre, en brandissant la torche de l’obligation et de la contrainte.

Mais il n’y a pas qu’outre-Atlantique que notre Líder Máximo de l’obligation et du passe est regardé avec admiration : en Italie aussi, le gouvernement l’a imité en partie, comme l’a rapporté ici Marie d’Armagnac.

Pourtant, dans ce monde des libéraux devenu fou, deux exemples européens se démarquent de l’autoritarisme d’Emmanuel Macron. D’abord l’Allemagne qui, à deux mois d’un scrutin législatif historique, a certes lancé le débat de l’obligation, mais pour l’exclure aussitôt, préférant s’en tenir à « l’incitation », la simple hypothèse de priver les non-vaccinés de certaines libertés ayant déclenché un tollé.

Et puis il y a le Royaume-Uni : souvenez-vous des hauts cris poussés ici et là, et d’abord par les scientifiques, sur la folie du Freedom Day décidé par BoJo. Imaginez : levée de toutes les interdictions alors que l’épidémie de Delta « flambait » (selon le vocable consacré). Quelle inconscience ! Madness ! Souvenez-vous des titres : « Covid-19 : les craintes que suscite le “Freedom Day” en Angleterre », « Déconfinement. En Angleterre, un “Freedom Day” au goût amer », etc. Et voilà que l’on nous dit que ces chiffres apocalyptiques redoutés, au nom desquels Emmanuel Macron a pris les mesures que vous savez, baissent de façon continue au Royaume-Uni depuis dix jours. « Covid-19 : un étonnant reflux observé au Royaume-Uni », titrait Le Figaro, il y a deux jours : « Le taux d’incidence y diminue depuis cinq jours alors que toutes les mesures de restriction ont été levées le 19 juillet dernier. » Certes, les épidémiologistes interrogés par Vincent Bordenave ne savent pas s’il s’agit d’une véritable décrue ou d’un « plateau » à partir duquel pourrait repartir une hausse. Même baisse du taux d’incidence aux Pays-Bas.

Il semblerait que le virus, une fois de plus, se joue des mesures d’obligation et d’interdiction que notre Président tant envié se plaît à multiplier depuis un an et demi. Quant à ses émules américains, italiens ou autres, ils seraient peut-être bien inspirés de regarder aussi l’exemple britannique et d’observer comment le peuple français va réagir, et pas seulement samedi prochain, à l’autoritarisme macronien.

Dans les prochains mois, la liberté pourrait redevenir une idée neuve en France et en Europe, mais Emmanuel Macron ne sera pas son prophète.

29 juillet 2021

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