L’Italie suit de près la « stratégie » sanitaire française. Dès le lendemain de l’intervention d’Emmanuel Macron, toute la classe politique italienne s’empressait de commenter le « modèle Macron »… pour l’adopter quelques jours plus tard. Jeudi soir, en conférence de presse, le président du Conseil Mario Draghi déclarait :« L’appel à ne pas se vacciner est un appel à mourir. Tu ne te vaccines pas, tu tombes malade, tu meurs. Ou alors tu fais mourir : tu ne te vaccines pas, tu tombes malade, tu es contagieux, quelqu’un meurt. » Une approximation scientifique douteuse et grossière servie par une violence inouïe, venant d’une personnalité dont on vantait les « super-compétences. »

À qui cela s’adressait-il ?

Au même moment, le président de l’Ordre des médecins de Rome Antonio Magi déclarait, sur Radio Radio, que « la personne vaccinée peut être contagieuse […]  Sur la base de cette évidence scientifique, il faut sortir tout de suite de ce tunnel idéologique surréaliste et retrouver la rationalité, comprendre que sur ces bases le green pass n’a aucune logique sanitaire et risque de créer les germes de la division sociale, vers un apartheid entre les vaccinés et les non-vaccinés. »

Sans nul doute à Matteo Salvini qui avait déclaré, quelques jours auparavant, que, s’il fallait protéger les personnes âgées et fragiles et concentrer sur elles les efforts de vaccination, les autres devaient être libres de leurs choix. Il concluait en disant qu’il fallait être extrêmement prudent sur la vaccination des enfants et des adolescents, qu’il jugeait inutile puisqu’ils ne risquent rien. La volée de bois vert reçue de la part du chef du gouvernement a « stupéfait » l’état-major de la Ligue, selon la presse italienne, d’autant plus qu’elle intervenait après une « longue et cordiale conversation téléphonique » un peu plus tôt dans la journée. » Dans le fragile équilibre qui régit les forces politiques de la coalition, il est évident que Mario Draghi a donné un net coup de barre sur sa gauche. Les préconisations de bon sens du chef de la Ligue n’ont pesé pour rien dans la balance.

Vendredi, Matteo Salvini faisait profil bas. Il déclarait sur Twitter : « La santé, le travail et la liberté doivent aller de pair. Parfois, dans les palais du pouvoir, nous luttons seuls, mais le soutien de millions d’Italiens nous donne force et courage. » Après avoir reçu sa première dose de vaccin, il affirmait devant les caméras : « Je ne suis ni pro ni anti-vax, je suis pour la liberté de choix. »

Tandis que le député leghiste Claudio Borghi déclarait au HuffingtonPost : « Introduire l’obligation vaccinale est intolérable. Et l’obligation pour les 12-18 ans me rend fou. Aucun mineur n’est mort du Covid. »

Alors que Forza Italia, le parti de centre droit de Silvio Berlusconi, approuvait le green pass, on voit, comme en France, deux tendances se dessiner à droite : la droite du parti de l’ordre, pour qui la liberté est une variable d’ajustement, et la droite qui promeut liberté et responsabilité. Clivages que l’on retrouve en France.

Giorgia Meloni, de son côté, a réagi de façon virulente aux paroles de Mario Draghi : « Le green pass, un laissez-passer qui nuit à la liberté des citoyens, dévaste encore plus l’économie et impose de fait l’obligation vaccinale pour accéder à de nombreuses activités ; la voie de la discrimination et des conflits entre les citoyens est dangereuse. »

En attendant, dès le 5 août, les Italiens ne pourront plus aller au bar, au restaurant, dans les musées et les cinémas, les salles de sport… dès l’âge de douze ans s’ils n’ont pas de tests négatifs (payants, en Italie) ou s’ils ne sont pas vaccinés. Alors que les hôpitaux sont vides.

Vendredi avaient lieu les premières manifestations de citoyens protestant contre l’obligation du pass sanitaire à Milan et Turin.

Mercredi prochain se tiendra, à Rome, une manifestation du « libre choix » : on y verra de nombreux poids lourds de la Ligue contester une décision prise par un gouvernement qui compte trois ministres leghistes.

24 juillet 2021

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