J’habite Toulon, la ville de la Marine française. Comme partout, on tente d’y faire revivre le centre-ville assassiné par la folie des centres commerciaux.

Le premier est le centre commercial Grand Var, sur les communes de La Garde et La Valette-du-Var. Un monstre inauguré en 1978 qui compte, aujourd’hui, 200 boutiques autour d’un gigantesque Carrefour.
Le second a été construit en ville, cette fois, sous le stade Mayol : 100 boutiques autour d’un énorme Carrefour (bis), inauguré en avril 1990 par le célèbre Maurice Arreckx, surnommé le « parrain politique du Var ».
La troisième folie est l’affriolante Avenue 83 à… La Valette-du-Var. Dix minutes, à pied, de Grand Var. Une merveille où les braves gens passent la journée à dépenser leur RSA : allées de boutiques, cinéma, restaurants… Le paradis de la consommation, l’Éden de la fripe, l’Olympe de la godasse.

Conséquence : un centre-ville qui ne parvient pas à se relever, un centre commercial Grand Var moribond où l’on trouve plus de rideaux tirés que de boutiques ouvertes, une Avenue 83 où les premiers baux arrivent au terme des trois ans et ne seront pas renouvelés pour beaucoup : loyers exorbitants, chiffre d’affaires famélique + Covid-19 = déconfiture.

On arrête là ? Non, hélas, puisque le projet de déplacement du port marchand vers le Mourillon prévoit… une galerie marchande dans laquelle plongeront les touristes à la descente des ferries. Comme à Marseille, comme à Nice, comme partout dans notre joli pays, champion d’Europe du nombre de mètres carrés commerciaux.

Répondant aux propositions de la Convention citoyenne pour le climat, vient de déclarer un moratoire sur les zones commerciales en périphérie des villes ainsi que la sanctuarisation des espaces agricoles naturels et forestiers. Une belle idée sur le papier mais dont on craint, hélas, qu’elle n’ait aucun effet sur les folies bâtisseuses des Carrefour, Leclerc, Auchan et compagnie, tant la loi française leur est favorable. Pour preuve : « Depuis le confinement, il y a eu plus d’une trentaine de dossiers déposés par les grandes surfaces en commission départementale d’aménagement commercial (CDAC) », dit Martine Donette, présidente de l’association En toute franchise (ETF), au magazine Marianne.

Pour saisir l’ampleur du problème, il faut remonter loin en arrière. En 2016, la même Martine Donette évoquait déjà, dans le magazine Reporterre, ces projets « de plus en plus pharaoniques » et devenus « ludiques » : « On y va pour passer sa vie, on y entre à 9 h et on en sort à 21 h. Ce ne sont plus des centres commerciaux pour s’approvisionner, c’est de l’industrie touristique et les gens peuvent venir de loin. » Un phénomène rendu possible par l’évolution d’une législation extrêmement favorable à la grande distribution « bâtisseuse ».

Ainsi, si la loi Royer de 1973 [loi d’orientation du commerce et de l’artisanat, NDLR] avait instauré des schémas de développement commerciaux avec une densité de mètres carrés en fonction du nombre d’habitants, la loi de modernisation de l’économie de , en 2008, a fait sauter ce critère. Supprimée, également, l’obligation de comparer le nombre d’emplois créés par le centre commercial à ceux détruits en centre-ville. De même, exit la représentation des commerçants dans les commissions d’autorisation de centres commerciaux, commissions qui ne comptent plus, désormais, que des politiques… ceci expliquant cela. Enfin, depuis mars 2016 (sous Hollande, donc), le contrôle des surfaces commerciales illicites a été supprimé.

Ce qu’il faut comprendre, c’est qu’il s’agit d’immobilier et non de commerce : « Les centres commerciaux sont détenus par les filiales immobilières d’Auchan, Leclerc, Carrefour, Intermarché, etc. Ce sont eux qui récupèrent les loyers payés par les commerçants dans les galeries marchandes. La grande distribution est devenue immobilière, parce que c’est matériel, c’est une garantie de revenu pour les actionnaires. »

1 juillet 2020

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