Alors que, dans les années soixante, s’essoufflait le western hollywoodien, sa version italienne ramassait le gant abandonné. Bien sûr, il y eut Sergio Leone, mais également deux autres Sergio, Corbucci et Sollima. Pour le premier, le Django (1966) a eu les honneurs d’un fort mauvais remake, signé Quentin Tarentino, maître du toc en stuc. Pour le second, il a signé une autre trilogie tout aussi magique que celle des dollars leoniens : Colorado (1966), Le dernier face-à-face (1967) et Saludos hombre (1968).

Mais il ne faudrait pas en oublier d’autres maîtres moins renommés, quoique tout aussi capables de tutoyer les anges. Enzo G. Castellari, par exemple, dont le sublime Keoma (1976) demeure le chant du cygne de ce finissant. Mais aussi, et surtout, cet humble artisan que fut Michele Lupo. À son actif, un remarquable film de hold-up, avec Michael Douglas lors de sa parenthèse italienne, Un homme à respecter (1972), et, il va de soi, le film objet de ces lignes, California.

California sort en 1977, dans une indifférence quasi générale et largement injustifiée ; la critique française d’alors avait mieux à faire, préférant sanctifier des « films exigeants », façon Télérama, et depuis tombés en un juste oubli. Et pourtant, il s’agit là du dernier grand western, vieille et Nouveau Monde confondus, sachant que son auteur s’y débarrasse des clichés devenus plus qu’envahissants de ses confrères transalpins. D’un côté, ces gros plans interminables sur des regards bleu d’acier et ces duels qui n’en finissent pas. Et, de l’autre, une sorte d’irénisme américain consistant à diviser l’univers entre gentils et méchants.

Pour être tout à fait justes, reconnaissons qu’un Sam Peckinpah, très influencé par le western européen, avait déjà tordu le cou à ces vieilles légendes, tel qu’en témoignent ces deux joyaux de relativisme que sont La Horde sauvage (1969) et Pat Garrett et Billy le Kid (1973). Bref, le génie de Michele Lupo consiste ici à reprendre à son compte le meilleur du western, que ce soit dans sa version américaine ou dans son épigone européen.

Il y a donc du classicisme dans le style et tout ce qu’il faut de cynisme dans la narration. Laquelle met en scène un rescapé de la guerre de Sécession, le toujours impeccable Giuliano Gemma. Ce dernier est issu du camp des vaincus et a bien compris que d’aujourd’hui ne sera plus jamais celui d’hier. Du côté des vainqueurs, Raimund Harmstorf, en nos contrées connu pour avoir interprété Strogoff dans un assez chouette feuilleton télévisé tourné en 1975, a juré sa perte, tel un Robespierre en Stetson, tout en souhaitant faire subir à un Sud désormais affamé le même sort que celui jadis réservé aux chouans et autres réfractaires aux forces de progrès.

La suite relève de la grande tradition épique, entre noblesse de cœur et hauteur des sentiments ; si ce n’est de ce tropisme civilisationnel consistant à vouloir inlassablement rebâtir un monde par les barbares transformé en champ de ruines. Et c’est ainsi que l’on retrouve espoir et que les humains persistent à ne pas trop démériter. L’occasion de découvrir ou de redécouvrir un film qui aurait dû être depuis longtemps célébré au Panthéon du septième art, si la vie avait été mieux faite. Mais comme elle ne l’est point, qu’il nous soit au moins permis de réparer cette injustice.

PS : au catalogue du même éditeur, Artus Films, sort conjointement le très réjouissant Calibre 32, d’Alfonso Brescia, tourné en 1967. Là, le très élégant Peter Lee Lawrence joue au détective dans ce western policier, façon Agatha Christie. À noter la présence de la magnifique Agnès Spaak, belle à damner une assemblée de et de wokistes.

1 janvier 2022

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