poursuit son périple oriental au pas de charge. Et la oblige à dire que le bilan est loin d’être négatif, tel que noté par l’éditorialiste Yara Abi Akl, dans L’Orient-Le Jour, ce mardi 2 septembre : « Tel un maître de classe guidant des personnes manquant d’expérience, le Président français a réussi là où le pouvoir libanais s’est jusqu’ici montré défaillant. »

Ainsi, tel qu’annoncé hier en ces colonnes, le nouveau Premier ministre Moustapha Adib devrait former sous quinzaine un gouvernement d’experts avec, une fois n’est pas coutume, le soutien de toutes les formations politiques en présence. De même, la transformation du pays du Cèdre en « État laïc » ferait consensus, même auprès du très religieux Hezbollah.

Pourtant, voilà qui n’a pas empêché, hier, de violents heurts à Beyrouth, entre forces de l’ordre et manifestants reprochant à Emmanuel Macron de se montrer trop accommodant avec la traditionnelle classe politique locale. L’un d’eux, cité par Le Figaro, affirme : « Il devait venir nous écouter, nous aider à réaliser nos aspirations, non pas s’asseoir avec des corrompus et des criminels qui ont tué leur peuple. » Certes, mais le principe d’une négociation, c’est qu’on ne choisit que rarement ses interlocuteurs.

Néanmoins, cette inquiétude populaire n’est pas sans légitimité, tel qu’en témoigne un autre éditorialiste, Issa Goraieb, toujours dans le même quotidien libanais de référence : « On n’a pas fini de se demander par quelle suicidaire reconversion les ripoux de la république pourraient, même forcés, se muer en vertueux réformateurs. » Pour autant, tout le monde veut y croire ou, tout au moins, faire semblant d’y croire, surtout en cette année où l’on fête le centenaire du Grand .

Dans la foulée, voilà qu’on apprend que notre Président a prévu de se rendre en , le 3 septembre, pour rencontrer le nouveau Premier ministre, Moustapha al-Kazimi, et d’affirmer la « souveraineté irakienne » vis-à-vis de ses deux alliés antagonistes que sont l’Iran et les USA. L’occasion, pour notre Président, de procéder à un peu d’introspection dans le rôle que Paris a tenu face à Bagdad, durant les guerres de 1990 et de 2003…

Celle de 1990 a démontré la naïveté de la France, pensant tirer bénéfice d’un conflit qui n’était pas le sien avec, pour résultat, une sévère perte d’influence dans la région, perte encore aggravée par celle de 2003. Jacques Chirac était contre et George W. Bush pour. Et les Américains sont passés outre, avec les funestes conséquences qu’on sait : sans cette guerre fondée sur le mensonge d’État – les fameuses armes de destruction massive de Saddam Hussein –, Daech n’aurait jamais vu le jour…

Après, pourquoi cet activisme international ? Certains diront qu’Emmanuel Macron devrait, en priorité, se préoccuper du peuple qui l’a élu. Cela n’est pas faux, mais la logique des institutions de la Cinquième République veut qu’une telle tâche soit dévolue à Matignon, la politique étrangère faisant partie des prérogatives régaliennes de l’Élysée. À cela, deux raisons au moins.

La première, c’est qu’en cas de difficulté à l’intérieur, grande est la tentation de se refaire une santé à l’extérieur.

La seconde, c’est que l’actualité internationale offre à la France une chance inespérée de peser à nouveau sur les affaires du monde. La Commission européenne n’en finit plus d’abdiquer toute velléité de volonté politique. L’OTAN est en état de « mort cérébrale », pour reprendre les mots présidentiels. Concentrés sur le défi chinois, les USA se retirent du Vieux Continent, du Proche et Moyen-Orient et d’Afghanistan. Bref, il y a un chemin.

D’ailleurs, pour ne citer que la seule crise gréco-turque, seule la France tente de faire entendre sa voix, comme elle est toujours seule à lutter contre le terrorisme islamiste en noire. Soit l’occasion ou jamais de rappeler que la dimension internationale de la France n’est pas exactement celle du Liechtenstein.

Voilà qui pourrait être au moins à mettre au crédit d’Emmanuel Macron.

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