Après une première visite, le 6 août dernier, est de retour à Beyrouth, ce 1er septembre 2020, afin de tenter de remettre le sur les rails, « mission quasi impossible » selon L’Orient-Le Jour. Dans l’intervalle, le pays du Cèdre s’est doté d’un nouveau Premier ministre, Moustapha Adib, technocrate de 48 ans et ancien ambassadeur en Allemagne.

Comme toujours, l’accouchement ne s’est pas fait sans mal, sa nomination n’ayant fait qu’accentuer la fracture entre le bloc majoritaire Hezbollah, Amal (tous deux chiites) et le Courant patriotique libre (chrétien et partisan du président Michel Aoun) et son rival rassemblant Courant du futur (sunnite) et Forces libanaises (chrétien).

Reste à former le gouvernement, que Moustapha Adib entend voir formé « d’experts ». À l’origine, le bloc minoritaire soutient la candidature de Saad Hariri, très proche de ses mentors saoudiens, ce dont l’autre camp ne veut pas entendre parler, poussant la candidature de Moustapha Adib, plus irano-compatible. Aujourd’hui, ce même bloc minoritaire prévient que la participation du Hezbollah à ce futur gouvernement serait une ligne rouge à ne pas franchir. En ce sens, la solution des « experts » pourrait mettre tout le monde à peu près d’accord.

Mais pourront-ils conduire les indispensables réformes dont le pays a besoin, sans le soutien de ces formations politiques dont on voit mal comment et pourquoi elles abandonneraient leur pouvoir, qu’il soit ou non de nuisance ? Ces réformes d’urgence, qu’Emmanuel Macron entend bien rappeler, il y en a au moins deux : audit de la Banque centrale du Liban, réforme des secteurs bancaires et de l’électricité. Mais pourrait bien s’y ajouter une troisième, celle du système électoral dans un Liban à l’État « déclaré civil », prônée par le président Michel Aoun.

Ainsi, déclarait-t-il à L’Orient-Le Jour, le 30 août dernier : « Le système basé sur les droits des communautés religieuses a été bon à une certaine époque. Mais aujourd’hui, il constitue un obstacle contre toute avancée ou progression, contre les réformes et la lutte contre la corruption. Il est devenu le terreau de la sédition, de la provocation et des divisions. »

Tout cela semble aller dans le sens des exigences d’Emmanuel Macron, auxquelles l’aide de la France est conditionnée. Mais, pour ce faire, encore faut-il s’adresser à tous les acteurs de la scène politique locale, Hezbollah y compris. C’est ce tabou diplomatique que le Président français vient précisément de faire voler en éclats, lors de sa première visite beyrouthine. Non seulement en invitant Mohammed Raad, chef du groupe parlementaire de ce parti au sein de la délégation des représentants politiques, mais en lui accordant, de plus et à lui seul, un aparté de huit minutes.

L’essentiel de cet échange est révélé dans Le Figaro de ce jour : « Je veux travailler avec vous pour changer le Liban. […] Tout le monde sait que vous avez un agenda iranien. On connaît très bien votre histoire, on sait votre identité particulière, mais vous êtes libanais, oui ou non ? » Sans surprise, Hassan Nasrallah, chef du Hezbollah, a donc salué cette « visite positive ». Et, toujours selon les mêmes sources, Walid Charara, analyste politique proche de ce parti, s’est réjoui en ces termes : « Emmanuel Macron a réellement une approche différente de celles des USA.[…] Après l’explosion, il a dit publiquement aux Américains que leur politique de pressions allait échouer, qu’ils allaient étouffer le Liban et que la seule force qui ne s’effondrerait pas, c’est le Hezbollah. »

Cette percée politique est d’autant plus audacieuse que Jean-Yves Le Drian, ministre des Affaires étrangères, appelait, en 2019, à exercer une pression maximale sur le Hezbollah. Ce qui est assez logique, sachant que la politique du Quai d’Orsay se trouve être de plus en plus indexée sur nos ventes d’armes, armes dont les Saoudiens et les Émirats sont les plus gros acheteurs…

La France se réveillerait-elle ? Il est encore un peu tôt pour le dire.

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