Drapeaux algériens : le clivage qui devrait inquiéter Emmanuel Macron

Alors, des drapeaux algériens dans les grandes villes de France pour fêter une victoire de l’équipe de foot du pays, normal ou pas ? C’est la question que l’IFOP de Jérôme Fourquet est allé poser aux Français dans un sondage dont Atlantico publie les résultats. Une majorité de Français – relative, à 48 % – trouve cela normal, contre 40 %, et 12 % de sans opinion. Cela s’appelle un clivage, net et aussi visible que tous ces drapeaux. Et cela devrait intéresser au premier chef Emmanuel Macron, en tant que président de la République et garant de l’unité nationale. Mais aussi en tant que leader politique, lui qui ne cesse de chercher le clivage lui permettant de se maintenir comme le capitaine du camp du Bien.

Sauf que ce clivage, toujours d’après ce sondage, est le plus violent dans un électorat bien précis : celui de La République en marche. En effet, s’il traverse bien tous les partis politiques, il correspond, en gros, au clivage gauche/droite : plus on est à gauche (68 % à La France insoumise, 71 % au PS), plus on trouve « normal » que « des personnes d’origine algérienne vivant en France manifestent leur joie et leur attachement à un autre pays que la France dans ces circonstances ». Inversement, on constate une même homogénéité des électorats LR et RN : 30 et 29 % seulement à trouver cela normal. De quoi donner des idées de programme commun. Et donc, à La République en marche, on est à un partage de 52 % de sympathisants trouvant ce phénomène normal, contre 38 %. Fracture.

Sur ce sujet, les marcheurs ont le cœur légèrement à gauche, le portefeuille étant, lui, toujours, bien à droite. Pour Jérôme Fourquet, cette fracture de l’électorat macronien explique « le fait que le gouvernement marche sur des œufs à la fois en termes de maintien de l’ordre public mais aussi en termes de positionnement politique. Il est tout à fait facile et normal de condamner les violences, mais sur le point plus sensible, c’est plus compliqué pour En Marche ! parce que son électorat est plus divisé. »

Les drapeaux algériens flottant à trois reprises en juillet dans les villes de France font donc partie de ces sujets à éviter pour Emmanuel Macron et son monde.

Mais, au fait, de quoi ces drapeaux algériens sont-ils le signe ? Car même les « sans opinion » et les adeptes du « trouver ça normal » conviendront que ces « événements » auxquels ils sont associés ne sont pas anodins, la meilleure preuve étant qu’on en fait tout un sondage.

D’abord, ces événements ne se sont pas limités à de simples scènes de liesse bon enfant, comme on a voulu nous le vendre. Même les plus Bisounours de nos concitoyens ont bien vu les scènes de violences, de pillages et les heurts avec la police.

Ensuite, ces scènes et cette omniprésence des drapeaux algériens ne sont pas nouvelles : quels que soient les matchs, les coupes, les équipes, cela fait des années que l’on assiste à ce film.

Enfin, ce drapeau est celui d’un pays lié à la France et avec lequel les choses ne se sont pas bien passées. Les fractures de la guerre d’Algérie sont loin d’être guéries et l’échec de l’intégration de beaucoup trop de descendants d’immigrés algériens réactive puissamment les fractures héritées de ce lourd passé.

Assurément, le mois de juillet 2019 constitue un cran de plus dans la cristallisation de ces fractures et des prises de conscience, un cran inquiétant qui ne peut que conforter les 40 % de Français résolument opposés à ce délitement et à cette complaisance du pouvoir macronien. Un pouvoir que l’on a pourtant vu dur et intraitable quand il s’agissait des gilets jaunes. Un pouvoir qui se veut le pourfendeur des nationalistes -français, polonais, hongrois prioritairement- mais qui a les yeux de Chimène pour ce qu’il faut bien appeler le nationalisme algérien en France. Ce qui est en soi une incongruité.

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