Dès le lundi 27 juin, l’archevêché de Strasbourg gouverné par Monseigneur Luc Ravel fera l’objet d’une visite apostolique de la part du Saint-Siège, quelques semaines après celle diligentée dans le diocèse de Toulon. Cette sollicitude « pastorale » du Saint-Siège envers un autre diocèse français surprend. Que s’est-il passé ?

Par un communiqué rendu public, la nonciature apostolique en France annonce, en ces termes : « Suite à des informations parvenues au Saint-Siège et relatives au gouvernement pastoral de l'archidiocèse de Strasbourg, le Saint-Père […] a ordonné une visite Apostolique de l'archidiocèse […] Cette décision pontificale est l'expression de la sollicitude du à l'égard de l'Église particulière de Strasbourg et vise à aider celle-ci à remplir sa mission de témoin du Seigneur Ressuscité. Paris, 23 juin 2022. »

La décision d’effectuer cette visite apostolique, en réalité une mission d’audit et de contrôle, n’a visiblement pas grand-chose à voir avec une quelconque différence idéologique par rapport à la ligne du pape François. Certes, Mgr Ravel est connu pour son caractère fort : polytechnicien, titulaire d’une maîtrise de philosophie, il est fils et petit-fils de militaire, son père était général. Il fut évêque aux armées en 2009 avant d’être chargé du diocèse de Strasbourg en 2017. Il n’a pas hésité, par le passé, à fustiger les 200.000 avortements annuels en France, à dénoncer violemment l’islamisme lors des attentats de 2015. Mais il a aussi appelé à voter pour Emmanuel Macron, dissociant curieusement Mgr Ravel du citoyen Ravel. Pourquoi ? « Parce que seul Emmanuel peut fédérer. » Il n’a pas eu le nez creux…

S’il ne s’agit pas de divergence idéologique avec le Saint-Siège – ce qui, généralement, suscite de la part de François une réaction aussi rapide que tranchante –, de quoi s’agit-il ?

Cette visite apostolique, qui n’est pas ici présentée comme fraternelle - c’était le terme employé pour Toulon -, est peut-être plutôt en lien avec l’affaire de Jacques Bourrier, cet économe diocésain, ancien officier de marine brusquement renvoyé six semaines avant la date prévue de son départ. Ce dernier a d’ailleurs décidé de porter l’affaire, qu’il considère comme « une sanction disciplinaire lourde sans motivation », devant la Justice.

Il avait, lors de son éviction, évoqué de profonds dysfonctionnements dans la curie diocésaine : « pas de DRH, pas de représentants du personnel, pas de dialogue social », « absence totale de management », « pratiques managériales de république bananière » (Dernières Nouvelles d’Alsace).

C’est donc bien plus le gouvernement pastoral du diocèse par son évêque qui est ici en cause plutôt que sa ligne pastorale, comme c’était le cas pour la politique d’accueil de prêtres de toutes les sensibilités qui caractérise la conduite du diocèse par Mgr Rey.

Une visite apostolique se déroule dans un cadre plus formel, plus imposant qu’une visite canonique : le poids de l’administration du Saint-Siège se fait ici sentir. Cette visite peut éventuellement aboutir à des sanctions disciplinaires.

Au-delà de cela, on peut quand même s’interroger sur l’attention particulière du Saint-Siège pour l’Église de France. À l’heure de la synodalité promue au rang de valeur cardinale, de la promotion d’une vision plus horizontale du gouvernement de l’Église, comment expliquer que le Saint-Siège mette en avant toute la charge symbolique d’une visite apostolique pour ce qui est, avant tout, semble-t-il, un problème de mauvaise gestion de ressources humaines ?

D’autres visites, dans d’autres diocèses, vont-elles suivre ?

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26 juin 2022

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9 commentaires

  1. L’Eglise Alsacienne, concordataire, a un statut bien spécial et sa situation est particulièrement complexe. Il faut se garder des jugements hâtifs avec elle, car beaucoup de laïcards aimeraient en finir avec la loi Falloux, les crucifix dans les écoles, le catéchisme à l’école, fait par des enseignants rémunérés, la Faculté de Théologie financée par l’Etat et les prêtres rémunérés selon le modèle Allemand. Tout cela date du retour à la France de l’Alsace (et une partie de la Lorraine) en 1919.

  2. Ces traitres qui se mêlent de politique n’ont qu’a porter leurs bonnes paroles dans les pays musulmans qu’ils soutiennent et défendent si bien .Les cathos massacrés ne les émeuvent pas donc nous nous passerons d’eux.

  3. En somme, ce Pape ne s’intéresse à la France catholique que pour la fustiger et la
    recadrer ! Il est vrai que depuis 2013, il fait appel à deux grands cabinets internationaux, KPMG pour moderniser ses procédures comptables et financières et McKinsey pour sa communication et ses relations avec les medias ! Ceux-ci se chargent régulièrement de nous rappeler que nous n’accueillons pas encore assez de migrants, et que nous n’avons pas encore pris notre 4ème dose d’amour !!!

  4. N.S.P. avait besoin d’exotisme pour ses vacances et il a choisi Strasbourg . C’eût été encore plus exotique s’il avait choisi directement Ankara .

    1. En accord total avec vous.
      Signé une personne se demandant si elle est encore catholique, étant donné les « nouvelles normes ».

  5. Ces gens qui ont appelé à voter macron ne m’intéressent pas, honte à eux et à leur pape.

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