Ce 5 septembre, deux soldats français ont été tués par un engin explosif au ; un troisième a été grièvement blessé.

Cette embuscade près de la frontière avec l’Algérie ne signifie rien de nouveau, ne change rien à la situation générale, ni au rapport de forces local. Les islamistes et leurs affidés locaux ne visent qu’à démontrer leurs capacités de mobilité et d’agressivité, de présence et de nuisance au plus près des camps retranchés, à harceler et à démoraliser les troupes engagées, à émouvoir les populations des pays qui les ont envoyées pour les inciter à les rapatrier.

Il serait faux, comme le sous-entendent des médias politisés, de lier cette attaque à la prise de pouvoir, le 18 août dernier, par des putschistes au Mali, comme si elle en découlait. L’échec confirmé du G5 Sahel date de sa création, et la chute de l’ancien président Ibrahim Boubacar Keïta, davantage plébiscitée par la population malienne que condamnée par la communauté internationale, reste potentiellement une bonne nouvelle pour l’avenir du pays.

Le même jour, un communiqué de presse titrait « Décès de deux militaires de l’opération », indiquant que le ministre des Armées, Florence Parly, s’incline devant « leur serment de servir jusqu’au bout avec honneur, qui incarne l’esprit des hussards de Bercheny ». A-t-elle conscience de la portée de ces mots rédigés par un conseiller militaire ? Au-delà du discours convenu de circonstance, que représentent vraiment, pour nos « élites », les mots « servir », « mission », « honneur » quand elles nous affligent quotidiennement de leurs manigances et reniements, trahisons et revirements ?

Ce discours très individualisé, exercice de communication politique, était traditionnellement réservé, par décence et sincérité, au chef de corps de l’unité concernée lors d’une cérémonie régimentaire, « en famille ». Celui-ci connaissait les victimes dont il était responsable de leur formation, de leur entraînement, de leur engagement au combat. Il leur a certainement parlé personnellement lors de leur préparation puis à la veille de leur envoi en mission, en France et sur le théâtre d’opération.

Dans l’armée, on n’hésite pas à parler de mort suite à un acte de courage, plutôt que de décès constaté par un acte médical. On ajoutera les noms de ces deux soldats à ceux des victimes de la « quatrième génération du feu » dont le mémorial a été inauguré à Paris, le 11 novembre 2019, monumental « cercueil invisible » dont on a laissé l’inspiration très personnelle d’un artiste belge iconoclaste mettre en valeur le vide laissé par l’absence douloureuse des défunts, vide réducteur qui occulte le sens plein, originel et final du sacrifice consenti. Car ce n’est pas l’appel du vide qui motive les soldats à risquer leur vie, mais le service d’une cause qui dépasse l’individu et le transcende. On y risque autant sa mort que sa vie.

Aux morts !

Que saint Michel, patron des parachutistes, intercède pour le salut des âmes de nos deux frères d’armes hussards morts au combat. La prière du para leur a été exaucée : « Donnez-moi, mon Dieu, ce qui vous reste, Donnez-moi ce que l’on vous refuse. Je veux l’insécurité et l’inquiétude. Je veux la tourmente et la bagarre. »

Non pas qu’ils souhaitaient la mort dans un élan suicidaire similaire à celui des lâches djihadistes qui croient obtenir leur petit salut personnel par la mort sacrificielle d’autrui, mais ils étaient prêts à remplir leur mission au péril de leur vie. C’est aussi ce qui rend ce conflit « asymétrique », dans l’ordre spirituel.

Ainsi se termine la prière du para : « Donnez-moi ce dont les autres ne veulent pas. Mais donnez-moi aussi le courage. Et la force et la foi. Car vous êtes seul à donner ce qu’on ne peut obtenir que de soi. »

Combien de politiciens savent que leur saint patron est l’humaniste et homme politique anglais Thomas More, exécuté en 1535 pour s’être opposé à la décision d’Henri VIII de rompre avec Rome ? En ces temps de combats existentiels, combien sont prêts à risquer leur vie pour défendre des valeurs essentielles ?

Fermez le ban !

8 septembre 2020

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