L’annonce des prochaines élections législatives, fixées par Nicolás Maduro au 6 décembre, est en train de fissurer une opposition vénézuélienne bien impuissante à renverser l’actuel régime. Depuis son autoproclamation de « président par intérim » en janvier 2019, la stratégie de Juan Guaidó, soutenu par une cinquantaine de pays dont les États-Unis et ceux de l’Union européenne, constituée de tournées mondiales, de manifestations à la participation populaire de plus en plus faible et de pseudo-tentatives de coup d’État, est bien difficile à comprendre. De plus, sa dernière décision de boycotter les prochaines élections législatives ne débouche sur aucune alternative, n’offre aucun espoir à ses partisans sauf à s’en remettre à une intervention extérieure dont on sait, dans le contexte actuel, qu’elle a vraiment peu de chances d’aboutir ou, sur le plan intérieur, à un hypothétique changement d’attitude de l’armée malgré ses appels répétés…

C’est sans aucun doute le constat effectué par Henrique Capriles Radonski, opposant historique du chávisme puisqu’il fut candidat à deux reprises à la présidentielle, d’abord contre Hugo Chávez, en 2013, puis contre Maduro, en 2014. Sa volonté affirmée et affichée, dans une déclaration effectuée dimanche, de « tracer une voie politique claire et viable » semble annoncer le glas du recours Guaidó. D’autant qu’il a pris soin, dans ses propos, de préciser que « notre priorité a toujours été la vie des Vénézuéliens, leur santé, leur bien-être et leur sécurité ». Conscient des capacités réelles de manipulation de Maduro, il a cependant ajouté qu’il accepte l’idée émise par le président vénézuélien de proposer aux instances internationales et à l’Union européenne d’envoyer des observateurs pour s’assurer de la régularité du scrutin. Ce qui n’empêchera pas les pressions de toute nature…

Sous l’égide de Guaidó, les différents partis de l’opposition, une nébuleuse constituée d’une kyrielle de partis, refusent pour l’instant de participer à des élections qu’ils qualifient de « frauduleuses ». Une décision qui mène à une véritable impasse politique, insiste Capriles, en ajoutant ironiquement : « Quel est le plan ? »

Car même s’il a conscience qu’il sera difficile de gagner cette élection, même s’il sait qu’en cas de victoire de l’opposition, le rôle de l’Assemblée nationale sera minoré, Capriles, en politique expérimenté, sait aussi que la politique de la chaise vide ne mène à rien, d’autant que les marges de manœuvre financières de Maduro sont de plus en réduites et qu’il ne pourra pas éternellement conserver le pouvoir.

D’autant plus que la décision de la Justice britannique, jeudi 2 juillet, passée sous silence dans la plupart des médias, de reconnaître « sans équivoque » l’opposant Juan Guaidó comme « président par intérim » du , et donc dépositaire de l’autorité pouvant disposer de l’or déposé par la Banque centrale du à la Banque d’Angleterre, soit 31 tonnes d’or, ne peut qu’aggraver la situation économique actuelle. Précisons que la Banque centrale du a fait appel.

Après un tel jugement qui soulève, du reste, maintes questions dont celle de l’indépendance d’un pays, auquel il faut ajouter la volonté de boycotter les futures élections législatives, il est peu probable, dans le contexte actuel, que certains continuent à voir en Guaidó un recours acceptable.

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