Editoriaux - International - 12 novembre 2019

Destitution d’Evo Morales en Bolivie : les Américains reprennent la main… et les gisements de lithium au passage ?

La en voie de déstabilisation ? Et encore une nouvelle nation latino-américaine dans la tourmente ! Contraint de présenter sa démission, le président Evo Morales n’a d’autre choix que d’accepter l’asile politique que lui offre opportunément le Mexique, pays qui n’a plus grand-chose à refuser aux Américains depuis longtemps.

Jean-Marie Beuzelin, fin connaisseur de ce continent, détaille ici les raisons de la chute du seul président indien de la région. Évidemment, comme dans tout régime politique, quel qu’il soit, il y a à prendre et à laisser et ce n’est pas la première fois que, dans cette partie du monde, un président sera poussé à la porte de manière plus ou moins démocratique, malgré ses réussites et ses échecs.

Plus globalement, depuis l’ère Barack Obama ayant vu les USA commencer à se désengager du Proche et Moyen-Orient, il était logique que ces derniers se recentrent sur leur traditionnelle chasse gardée, tel que définie par la doctrine Monroe, souvent évoquée en ces colonnes ; laquelle, depuis 1823, considère l’Amérique latine comme ses proches dépendances.

D’où la déstabilisation de toutes les nations entendant résister à Washington. Le Brésil de Lula, président mis en prison au terme d’un procès inique et d’une parodie de justice. Le Nicaragua sandiniste, où des émeutes spontanées surviennent à point nommé. Le Venezuela d’Hugo Chávez et sa mort prématurée, sans oublier d’autres émeutes, tout aussi spontanées, visant à chasser son successeur Nicolás Maduro, fût-ce au prix d’une intervention militaire américaine pour l’instant ajournée. L’Équateur de Rafael Correa, qui a l’outrecuidance d’offrir l’asile politique à Julian Assange dans son ambassade anglaise, doit céder le pouvoir à un Lenín Moreno autrement plus accommodant avant de demander, à son tour, l’asile politique en Belgique. Et encore doit-on en oublier…

En effet, si l’Histoire a souvent montré que la Maison-Blanche savait susciter l’élection d’un nouveau président en son arrière-cour, la même Histoire a également tout aussi souvent démontré qu’il était aisé de le démettre, quitte à en prendre à son aise avec les constitutions locales.

Ainsi, Jean-Luc Mélenchon, manifestement plus à son aise avec les bonnets péruviens que les voiles islamistes, n’a pas tort lorsque tweetant : « Coup d’État en Bolivie contre Evo Morales. Les amis des USA et de l’Union européenne ont rétabli leur “démocratie”. »

Tel qu’il fallait s’y attendre, Donald Trump n’attend pas longtemps pour triompher : « Les États-Unis saluent le peuple bolivien pour avoir demandé la liberté et l’armée bolivienne pour avoir respecté son serment de protéger, non un seul individu, mais la Constitution de la Bolivie. » Et d’ajouter, histoire de signer le forfait : « Ces événements envoient un signal fort aux régimes illégitimes du Venezuela et du Nicaragua. »

On notera que le vocable d’« illégitime » concerne généralement les régimes paraissant « illégitimes » aux yeux de leur puissant voisin du nord. On remarquera encore que ces gouvernements nationalistes, parfois imprudemment classés à « gauche », n’ont jamais fait montre, dès leur arrivée au pouvoir, de visées belliqueuses vis-à-vis des USA ; bien au contraire : Fidel Castro pour La Havane et Daniel Ortega pour Managua ne demandaient qu’à entretenir avec eux de cordiales relations. Naïveté des plus touchantes, sachant que pour les gouvernements américains, républicains comme démocrates s’étant succédé aux affaires depuis plus de deux siècles, les seules relations qui vaillent sont celles de suzerain à vassaux.

On rappellera toujours que les sous-sols boliviens abritent le plus important gisement de lithium de la planète. Evo Morales refusait obstinément aux multinationales de faire main basse sur ce trésor national. Tout cela n’a, bien sûr, rien à voir avec l’affaire qui nous occupe aujourd’hui.

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