Les élections sénatoriales se sont déroulées dans l’indifférence la plus totale des Français. Dans la Ve République, l’exécutif l’emporte sur le législatif. Celui-ci n’existe que dans la mesure où il y a cohabitation et lorsque la majorité de l’Assemblée nationale soutient un gouvernement opposé au président de la République. Le quinquennat et l’élection des députés dans la foulée de celle du Président ont fermé cette hypothèse pour donner systématiquement au chef de l’État des majorités introuvables. Et cette fois, elle est à peine croyable par son mélange d’incompétence et de soumission. L’Assemblée vidée de son rôle de contrôle du gouvernement, comme l’ont montré les commissions d’enquête dirigées depuis l’Élysée, le , dont le rôle est marginal depuis 1959, incarne une opposition limitée dans la forme et presque nulle sur le fond. Certes, il peut bloquer toute modification parlementaire de la Constitution, mais ne peut que freiner les lois voulues par le pouvoir et par la majorité de l’Assemblée nationale qui finissent par s’imposer au bout de la « navette ».

On le voit avec la loi Bioéthique. Les sénateurs, et singulièrement le président du Sénat, ont vocation à être les porte-parole de l’opposition lorsque cette dernière est écrasée à l’Assemblée, comme c’est le cas actuellement. Mais ce rôle demeure bien faible : le président Larcher, dont la bonne santé éclatante et la faconde, enrobée de l’onction typiquement sénatoriale, n’impriment guère le style capable d’exprimer la juste colère des Français qui ne supportent plus le pouvoir en place, continuera à être l’opposant de « sa majesté », malgré une majorité de droite « renforcée ». Il faudra compter sur Retailleau pour mieux agiter l’étendard du refus de la décadence « en marche ».

Ce qui ressort de ces discrètes élections, c’est la déchirure de plus en plus large et profonde entre l’oligarchie qui dirige le pays et le peuple. Le Sénat est le monde de l’entre-soi politique, et l’on dit que l’élection de son président passe par le soutien des confréries qui règnent dans le microcosme politique de notre pays. Mais, cette fois, le fossé s’est encore élargi puisque l’élection des sénateurs, de la moitié élue dimanche, est le fruit des scrutins municipaux étranges qui se sont déroulés en deux temps, dans le brouillard du Covid-19. La peur a provoqué des records d’abstention, et la gestion chaotique de la crise, un tunnel entre le premier et le second tour, lequel a curieusement donné à ce dernier un accent très différent : reconduite des sortants dans la majorité des communes à la mi-mars, et poussée verte fin juin ébranlant plusieurs grandes mairies jusqu’alors solidement ancrées. Au premier tour, on a eu l’écho assourdi de 2014, et au second, la mobilisation active des « pastèques » dans des agglomérations importantes. Leurs obsessions décalées par rapport à la situation du pays émeuvent déjà la majorité des villes qui vont les subir durant six ans.

La faible légitimité des élus municipaux, sans campagne ni débat, mais avec une très faible participation, rejaillit évidemment sur celle des sénateurs. Est-il conforme à l’état de l’opinion des Français que la sénatrice « verte », turque, israélienne et française, Esther Benbassa, championne de la lutte contre la prétendue « islamophobie » et pour la « libération » du cannabis, soit sans doute à la tête d’un groupe alors qu’il n’y aura toujours pas plus de groupe du Rassemblement national au Sénat qu’il n’y en a à l’Assemblée, en dépit du nombre des électeurs. De même, on peut s’étonner que LREM, en décomposition avancée, conserve ses élus, et que les communistes en gagnent plusieurs ! Certes, les gains enregistrés par la « droite » et le recul du PS sont plus satisfaisants, mais ils témoignent d’une élection municipale en demi-teinte alors que souvent celle-ci était l’annonce d’un changement réel de la majorité du pays, comme en 1977 et en 1983.

La France ne peut continuer à être plongée dans le brouillard de la peur sanitaire, manifestement excessive, qui l’empêche de prendre une juste mesure des autres menaces qui pèsent sur elle beaucoup plus gravement : un déclin économique et une décadence généralisée avec, pour symptômes, le chômage et l’endettement, l’immigration incontrôlée, l’insécurité grandissante et l’effondrement de l’identité nationale. La France a besoin d’un électrochoc pour se réveiller et se redresser : ce n’est pas l’amortisseur sénatorial qui pourra le provoquer !

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