Faut se méfier de la lecture trop rapide de son journal, cela peut jouer des tours. Par exemple, ce matin, je lis, dans Le Parisien : « La banque veut doubler le nombre de cadres noirs aux postes de direction. » Trois décennies sous l’uniforme, sans compter un lustre dans un collège militaire, vous conditionnent drôlement un homme, vous savez. Donc, en lisant ce titre, par réflexe, je ne pense pas « personnes de couleur » mais « gens de cheval », d’autant que, dans l’armée française – en tout cas, « de mon temps » -, on regardait plutôt la couleur des galons que celle de la peau du galonné.

HSBC recruterait-elle des écuyers du fameux Cadre noir de Saumur qui, comme chacun ne sait pas, n’est plus militaire depuis 1968, même si des militaires y servent encore, dont l’écuyer en chef, surnommé le « Grand Dieu » ? On sait les Britanniques originaux et amoureux de tout ce qui a trait au cheval, de course ou pas. Mais non, bien évidemment ! D’ailleurs, faire de la cavalerie, pour une banque, n’est jamais très bon, c’est bien connu. En revanche, tenir des comptes d’apothicaire basés sur la pigmentation de la peau de ses collaborateurs est incontestablement un plus sur les places bancaires de ce monde inclusif et néanmoins anglo-saxon. Notamment si l’on veut avoir ses chances de concourir au grand derby du politiquement correct. Pas question de rester en arrière de la main sur ce sujet. Car il s’agit bien de cela : HSBC veut plus de cadres de couleur, de Blacks, comme on dit, y compris de ce côté-ci du Channel.

Dans cette course très chic, digne des plus élégantes d’Ascot, un autre groupe bancaire britannique, Lloyds, s’est, lui aussi, engagé à bride abattue : les Noirs représentent 3 % de la population britannique ? Eh bien, on multipliera par cinq le nombre de cadres noirs d’ici cinq ans afin d’atteindre les 3 %. On ne dit pas si un coefficient pondérateur sera appliqué pour les métis, du reste, on a sans doute tous les outils pour paramétrer tout cela, mais autant dire qu’on va cravacher sec pour arriver à ce 3 % qui n’a rien à voir, on l’aura compris, avec le fameux 3 %, jadis ligne bleue des Vosges de l’.

Au passage (trop majestueux qui demande plus d’énergie que le piaffer, dit-on), que HSBC doive exclure, dans les prochains mois, 35.000 collaborateurs, parmi ses 235.000 salariés à travers le monde, et ce, à cause de la crise du Covid-19, importe peu, au fond. L’essentiel, c’est de rester inclusif !

Pour la petite histoire, dans le folklore de Saint-Cyr, on appelait « cadre rose », par allusion au « Cadre noir », les demoiselles, filles de l’encadrement de l’école, que les élèves pouvaient rencontrer à l’occasion des bals et autres pince-fesses. On imagine que la question du doublement du nombre de cadres roses est sans doute aussi à l’étude.

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