Ce n’est pas un nouveau Tintin sorti des oubliettes mais une histoire américaine : M. Chang, chef cuisinier à la tête des restaurants Momofuku, entend qu’on en finisse avec les rayons de « produits exotiques » dans les supermarchés. Il les accuse d’être le « dernier bastion du racisme visible en plein jour dans le commerce de détail américain ». Pas moins. M. Chang voudrait que ces douceurs (ou aigreurs) du bout du monde sortent de leur confinement pour rejoindre les rayons de la bouffe ordinaire : sauce soja et Nutella™, même combat !

Comme nous l’explique Slate en rapportant la chose, « les allées consacrées aux produits exotiques et autres aliments du monde les renvoie (sic) à leur différence ». Un monsieur Perez, vice-président de l’entreprise hispanique Goya Foods, va dans son sens. Il affirme que « les premières allées consacrées aux aliments étrangers avaient bel et bien des fondements racistes ». « Au fur et à mesure que des immigrant·es mexicain·es et sud-américain·es s’installaient aux États-Unis, les supermarchés se dotaient de rayons exotiques, que les responsables prennaient (sic) grand soin de cantonner au fond de leurs grandes surfaces », nous dit-on, cela, assure M. Perez, parce qu’« ils ne voulaient pas de clientèle dans leurs magasins, tout du moins pas à côté de la clientèle blanche ».

L’affaire est grave, convenons-en, d’autant plus que les produits exotiques voisinent souvent chez nous avec ceux du terroir. Un racisme local, en quelque sorte, et je crains que, demain, après avoir supprimé dame blanche et tête de nègre, il faille en finir aussi avec le bœuf bourguignon, la quiche lorraine et la ficelle picarde…

Bref, à propos de racisme local, on apprend qu’un célèbre glacier de Saint-Raphaël (Var) se voit contraint de retirer de sa carte ses glaces nommées « L’Africaine » et « Le Chinois ». Un peu trop anthropomorphique, il est vrai, l’Africaine présentait un joli sourire en pâte d’amande rouge sur une meringue chocolatée et le Chinois une face de citron qui ne l’était pas moins. Le 20 juillet, rapporte Nice-Matin, un tweet appelle au boycott du glacier servant « des desserts sous des noms et des dressages parfaitement racistes ». Trois jours plus tard, le chef du Poussin bleu s’exécute et s’explique :

« Notre carte des glaces était inchangée depuis 1947 […] Pourtant, depuis 70 ans que cette coupe de glace existe, personne ne nous avait mis au pilori et insulté comme cela vient d’être fait en moins de 48 h sur les réseaux sociaux, par des profils (vides de tout renseignement, c’est plus facile pour se cacher…) qui nous connaissent très peu !!!
Pour la petite histoire, le Poussin bleu existe depuis 1947 […] Et les fameuses Africaines et Chinois qui font polémique aujourd’hui, car je le rappelle servis depuis plus de 70 ans et par nous depuis 1986. »

Et le racisme, ces gens-là l’ont connu : « Ma famille est issue de l’immigration, ma grand-mère est arrivée jeune avec ses parents pour quitter la misère du sud de l’Italie, mon grand-père a fui le fachisme de Mussolini.
Ils ont travaillé dur dans le bâtiment pour lui, dans les ménages pour elles.
À l’époque les Italiens étaient traités de toute sorte de noms péjoratifs, “bons qu’à jouer de la mandoline”, “ritals”, “macaronis”, d’ailleurs soit dit en passant personne n’a jamais voulu interdire les pâtes du même nom !!! »

À l’époque, on avait autre chose à faire que jouer au petit délateur anonyme sur les réseaux sociaux : on bossait.

« Mes oncles, mon père ont acquis au prix de beaucoup de travail et de courage cet établissement, la carte des glaces, existait déjà, nous ne sommes pas “racistes” nous respectons tout le monde ! Naïvement nous avons gardé ces coupes telles quelles, sans penser à mal. Elles datent sûrement de l’époque coloniale mais l’histoire passée a fait la France d’aujourd’hui. »

Je suggère au Poussin bleu de faire une glace chamarrée intitulée « Mort aux cons ».

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