Le journaliste économique Jean-Baptiste Giraud* et le professeur Jacques Bichot*, docteur en économie et en mathématiques, viennent de sortir un livre au titre provocateur : Dernière crise avant l’Apocalypse. Déclinistes ou lanceurs d’alerte ?

Dans votre livre, vous annoncez une série de cataclysmes à venir après la crise du Covid, pas seulement économiques, d’ailleurs. N’en faites-vous pas un peu trop ?

Ne nous leurrons pas. La crise provoquée par le Covid-19 a servi d’accélérateur et d’amplificateur, elle n’est pas la cause de la situation catastrophique dans laquelle nous nous trouvons aujourd’hui. Notre pays, et plus largement une partie au moins de l’Occident, allait déjà passablement mal avant.

Prenez la dette. On ne peut pas impunément empiler, tous les ans, 80 milliards d’euros de créances supplémentaires, à rembourser dans vingt ou trente ans, même quand « tout va bien » ! Or, c’est bien ce qui se passait en France avant la crise, France dont la dette était déjà qualifiée d’abyssale. Le « quoi qu’il en coûte » était un passage obligé pour surmonter la crise. Mais en réalité, vivre à crédit est devenu la norme. Et Emmanuel Macron distribue, depuis la rentrée, les milliards à tour de bras. Des milliards que nous n’avons pas.

Dans notre livre, nous mettons bien les points sur les I : le système de retraite, tout comme la Sécurité sociale, est désormais à mi-chemin entre les soins intensifs et les soins palliatifs. Il va falloir pratiquer des amputations sévères pour espérer sauver le patient. Le bon sens voudrait que l’on s’attaque enfin sérieusement à toutes les fraudes, évaluées par le magistrat Charles Prats à 50 milliards d’euros par an. Mais ces vannes ne seront pas fermées du jour au lendemain. Et il faudra bien, un jour, aussi baisser les prélèvements sociaux si l’on veut retrouver une once de compétitivité.

Il n’y a pas que cela qui nous inquiète : en France, l’OCDE décompte 3 millions de jeunes de 18 à 25 ans appelés NEET (neither in employment or in education or training). Il y a, en réalité, 10 millions de sans-emploi, des gens en âge de travailler mais qui n’en trouvent pas, plus ou n’ont pas ou plus envie. Des gens que certains appellent « inutiles ». François Hollande se moquait des « sans-dents ». Pensez-vous sérieusement que le revenu universel, la vie durant, soit une réponse à ce problème inédit dans l’histoire de l’humanité ?

 

Vous dénoncez aussi la gabegie de la transition énergétique…

C’est, en effet, affolant de voir comment des scientifiques et des savants de renom peuvent précipiter des centaines de millions de personnes, et les économies des pays dans lesquels ils vivent, dans une impasse absolue. L’Europe est, en effet, la région du monde qui réalise, et de loin, le plus d’efforts – de sacrifices – afin d’accomplir la fameuse « transition énergétique ». Comment ? En misant, cela n’aura pas échappé à vos lecteurs, sur le tout électrique. On nous pousse à acheter des voitures électriques à coups de subventions, on nous pousse à remplacer les chaudières au fioul et même au gaz, maintenant, par des pompes à chaleur et des convecteurs électriques. On nous parle d’avions électriques, de camions électriques, de cargos électriques. Alléluia ! la fée électricité va nous sauver du réchauffement climatique.

Le problème, c’est que plus de 90 % de l’énergie consommée dans le monde est carbonée : pétrole, gaz ou charbon. Seuls 10 % de l’énergie que nous utilisons est de l’électricité « verte », provenant d’abord de barrages hydrauliques, accessoirement d’éoliennes et de panneaux solaires. Tout en bas du tableau, il y a le nucléaire, qui ne représente que… 2 % du total !

Comment peut-on donc imaginer qu’en l’espace d’une ou deux générations, l’économie mondiale pourrait remplacer le pétrole, le gaz et le charbon par de l’électricité ou, plus vaste blague encore, par l’hydrogène qui n’existe pas à l’état naturel sur Terre, alors même que nous sommes déjà au taquet de la production… d’électricité ? On ne peut pas couvrir la planète d’éoliennes ou de panneaux photovoltaïques. Ni nos côtes d’usines marémotrices. Et les réacteurs nucléaires en projet ou en construction suffiront à peine à remplacer ceux qui vont être réformés. Si vous avez encore un doute, il suffit de voir ce qui se passe avec le prix de l’électricité. Il a augmenté de… 60 % depuis 2007 ! L’UFC-Que choisir prédit une augmentation de 10 %, l’an prochain. La transition énergétique telle qu’elle nous est imposée est une escroquerie magistrale.

 

Vous tirez aussi la sonnette d’alarme pour la natalité.

Les voyants sont dans le rouge vif, en Occident et en Asie. La natalité du Japon, de la Corée, de l’Italie, de l’Allemagne, mais aussi de la France (la liste est loin d’être exhaustive) est quasiment à l’arrêt. Pourquoi ? Ce n’est pas notre sujet. Ce qui compte, désormais, c’est la relance de la natalité, « quoi qu’il en coûte », pour revenir au seuil minimal de renouvellement des populations, soit 2,05 enfants par femme. Et il faut le faire tout de suite, pas dans vingt ans. Sinon, plusieurs peuples et nations sont menacés de disparition, avant même la fin du siècle. Les experts de l’ONU ont bien vu, dans les statistiques des naissances le risque d’effondrement de certains pays. Des pays qui seront bientôt submergés par le papy-boom, sans personne pour s’occuper d’eux ni, non plus, pour payer leurs retraites. Ils ne proposent qu’une seule solution : l’immigration massive. L’équation est donc simple, pour ceux de vos lecteurs qui seront bientôt en âge de procréer, le sont ou le sont encore : faites des enfants ou disparaissez ! Faites des enfants ou acceptez l’immigration massive…

Mais pour cela, il faut, bien sûr, des incitations fortes : le salaire maternel en fait partie.

 

Est-il possible d’éviter cette apocalypse ?

Notre ouvrage est, en quelque sorte, l’Anti-manuel de l’Apocalypse.

Nous montrons, par exemple, que le problème de la dénatalité et celui des retraites sont intimement liés, ce que personne n’ose plus dire aujourd’hui, en dépit du bon sens. Immigration, « inutiles » et gilets jaunes font partie de la même équation.

Pour faire face, pour surmonter les difficultés à venir, et surtout celles dans lesquelles nous avons déjà les pieds englués, il faut savoir et comprendre, ce que permet notre ouvrage, accessible à tous, ce qui est rarement le cas de la plupart des essais d’économie politique sortis ces dernières années.

Dans la postface, nous lançon un appel aux gens de bon sens afin qu’ils confient demain leur destin à des décideurs dotés de bon sens, et accessoirement de courage. C’est, désormais, une question de survie.

 

 

*Jean-Baptiste Giraud, journaliste économique, est directeur de la rédaction d’Économie Matin, qu’il a fondée en 2004, et chroniqueur sur RTL. Passé par Radio France, BFM, TF1, Atlantico et Sud Radio, il est l’auteur d’une dizaine d’ouvrages de vulgarisation scientifique et économique dont Combien ça coûte, combien ça rapporte (Eyrolles) et Les grands esprits ont toujours tort (Éditions du Moment).

*Jacques Bichot, professeur émérite à l’université Jean-Moulin-Lyon III, docteur en mathématiques et en économie, est reconnu comme spécialiste des retraites, de la Sécurité sociale et de la monnaie. Il a publié une vingtaine d’ouvrages, depuis Huit siècles de monétarisation (Economica) jusqu’à Cure de jouvence pour la Sécu (L’Harmattan). Il est chevalier de la Légion d’honneur.
Dernière-Crise-720

22 septembre 2021

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