Avec Donald Trump, la vie politique est un spectacle quotidien. À chaque jour son tweet foldingue ou sa sortie ébouriffée. À propos de sortie, il y a en a une qui semble l’avoir mis encore plus de mauvaise humeur qu’à l’accoutumée, celle d’un livre, le bien nommé Fire and Fury (Feu et Fureur en VF). Cette immersion dans la Maison-Blanche sous la première année du règne trumpesque est signée du journaliste Michael Wolff, sorte de Pierre Péan local.

S’il ne s’agit évidemment pas de la première charge médiatique contre l’imprévisible président, cette enquête se distingue du lot, étant le fait du seul homme ayant eu longtemps son rond de serviette dans le saint des saints, et parce que donnant principalement la parole aux proches soutiens de Donald Trump. Ces derniers auraient pu profiter de l’occasion pour défendre leur grand homme ; ils ne l’ont pas saisie, c’est le moins qu’on puisse prétendre.

Le plus cruel en la matière ? Steve Bannon, son ancien directeur de campagne. Il ne s’agit pas de n’importe qui. De 2006 à 2012, il est président du groupe Breitbart News et, à ce titre, l’un des chefs de file de l’alt-right, soit la droite alternative locale. Ce catholique, lecteur de Charles Maurras, n’a donc rien du démocrate mondain ou du républicain mondialisé. Son témoignage à charge n’en a que plus de valeur. Pour résumer :

Nous est déjà confirmé ce dont tout un chacun pouvait se douter. Ce président ne voulait pas l’être, entendant seulement augmenter la notoriété de ses entreprises. Sa victoire lui est donc tombée dessus, tel un coup de massue. Parfaitement ignorant, il sèche au quatrième amendement de cette Constitution dont un conseiller tente de lui apprendre les rudiments, tandis que les notes de politique étrangère, n’excédant pourtant pas le feuillet, ne provoquent chez lui que bâillements exaspérés.

Comme écrit plus haut, il n’y a pas là de quoi tomber de la tour, même estampillée Trump, surtout que le principal intéressé livrait déjà le fonds de ce qui tient lieu de pensée dans un long entretien accordé au mensuel Playboy en mars 1990 et aujourd’hui réédité dans le recueil Paroles de lapin[ref]Éditions du Sous-sol[/ref].

Même jurant mordicus ne jamais vouloir briguer la Maison-Blanche, il y détaille néanmoins son possible programme présidentiel : "Il (lui, donc, NDLR) croirait dur comme fer à une force militaire extrême. Il ne ferait confiance à personne. Il ne ferait confiance ni aux Russes ni à nos alliés. Il aurait un énorme arsenal militaire, qu’il perfectionnerait, qu’il comprendrait." On ignorait que le docteur Folamour et Elena Ceaușescu avaient eu un enfant caché.

Plus intéressantes encore sont les pages consacrées à la larvée que Steve Bannon et Jared Kushner, le gendre du président, se sont livrée en coulisses. Avec son épouse Ivanka, Kushner incarne tout ce que l’homme exècre.

Ce sont des néoconservateurs ; il est un populiste à l’ancienne. Ils entendent entraîner les États-Unis dans toutes les guerres actuelles et à venir ; il se situe dans la tradition isolationniste d’une certaine Amérique. Ils sont plus sionistes qu’un régiment de Netanyahou ; il se méfie comme de la peste du bellicisme israélien consistant à faire faire la guerre par d’autres qu’eux, les États-Unis au premier chef. Ils se sont imprudemment lancés dans de mystérieuses négociations avec les officiels russes, en pleine campagne électorale ; il estime que cela relève de la « trahison » et qu’ils auraient dû prévenir le FBI. Et Steve Bannon d’estimer que ce scandale, que viennent de plus agrémenter d’obscures histoires d’argent, pourrait bien emporter la famille Trump en entier.

Cité par nos confrères du Point, Henry Kissinger estime quant à lui, répondant aux questions de Michael Wolff  : « C’est la guerre entre Juifs et non-Juifs… » C’est une façon de voir les choses. Elle en vaut bien une autre.

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5 janvier 2018

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