Vous trouvez que tout augmente, avez de plus en plus de mal à boucler votre budget, et ne comprenez pas quand Emmanuel Macron ou Bruno Le Maire vous parlent, dans le poste, d’« inflation maîtrisée » ou de « gains substantiels de pouvoir d’achat » ? Inutile de se voiler la face : ce que vous affrontez et déplorez est la réalité. Leurs antiennes, de la poudre de Perlimpinpin destinée à vous endormir.

Les mensonges proférés, ces dernières années, sur la mesure de l’inflation et le pouvoir d’achat des Français ressemblent à s’y méprendre à ceux colportés sur l’immigration et la démographie française. Pour empêcher les études statistiques de s’affoler – et, du même coup, d’affoler les Français, il suffit de choisir quelles données vont servir à alimenter le modèle mathématique. L’exhumation du rapport édifiant de France Stratégie par nos confrères de Causeur suffit, à lui tout seul, à démontrer l’ampleur du mensonge.

Le mensonge est de même nature pour ce qui touche à la mesure de l’inflation. Et pourtant, même prise la main dans la base de données, l’INSEE continue de nier !

Pour faire simple, le principal reproche que l’on peut et doit faire à l’INSEE – mais aussi aux autres organismes statistiques, notamment européens, qui utilisent les mêmes ficelles pour distordre la réalité – est de considérablement sous-pondérer la part du logement dans le budget des Français. Le logement qui forme pourtant la base de la pyramide de Maslow, pour ceux qui connaissent cette représentation graphique des besoins humains. Après avoir respiré, mangé et bu, l’homme a besoin de sécurité. Et la première des sécurités, c’est celle du toit que l’on place sur sa tête et sur celle des siens.

Le vrai coût du logement, ce grand oublié des études de l’INSEE

Or, à combien l’INSEE évalue-t-il la part du logement dans le budget du foyer français type ? Seulement 6 %. Oui, vous avez bien lu : 6 % ! Une dont le budget mensuel serait de 2.000 euros dépenserait donc seulement 120 euros pour se loger. Vaste, très très vaste blague. La preuve ? Même dans un HLM, le prix moyen au mètre carré d’un logement est de 5,91 € par mois. Donc, avec 120 euros de budget mensuel, l’INSEE vous autorise généreusement à louer 20 m2 dans un HLM, pour vous et votre famille.

Pour sa défense, disons-le, totalement désespérée, l’INSEE soutient que dans son modèle mathématique de calcul de l’inflation, le logement pèse, en réalité, 14 %. Mais pour arriver à ce chiffre, l’institut ajoute les dépenses d’eau, d’énergie, d’assurance et d’entretien ! Quand on voit combien le chauffage coûte à certains foyers français (la dépense moyenne des Français pour le seul chauffage est de 141 € par mois (chiffre 2019), qu’ils soient chauffés au fuel (1 €/litre) ou à l’électricité, on se demande sur quelle planète vivent les mathématiciens fonctionnaires de l’INSEE. En Absurdistan, probablement !

La réalité est malheureusement bien différente, et c’est l’étude sur les dépenses contraintes réalisée par le comparateur d’assurances en ligne LesFurets.com (pour se faire de la pub à moindre coût) qui en apporte la preuve. Pour un ménage français « moyen », sur 1.374 € de dépenses contraintes par mois, 662 € sont consacrés au logement, au sens large de l’INSEE. Or, ces dépenses contraintes représentent 66 % du budget familial des ménages modestes ! Et encore 38 % du budget de la fameuse classe moyenne. Sachant que ce chiffre de 38 % est, lui-même, une moyenne… Le lecteur de Boulevard Voltaire étant capable d’effectuer de tête des règles de trois, il mesurera de lui-même l’ampleur de l’erreur statistique, qui n’a rien de fortuit.

Le « Français moyen » n’existe plus, mais l’INSEE feint de ne pas le savoir

En réalité, pour une grande majorité de Français, qu’ils entrent dans la vie active, soient en couple avec des enfants à charge, vivent seuls ou bien soient quinquagénaires sans enfants à la maison (mais à continuer d’aider) ou encore retraités, le logement est le problème numéro 1. C’est le loyer ou le crédit immobilier qui plombe le compte en banque des Français tous les mois, et le plombe gravement !

On nous rebat les oreilles avec la France de propriétaires, mais les vrais propriétaires sont les banquiers, et vous n’êtes pas en train de lire un tract de Lutte ouvrière. En réalité, seule une minorité de Français possède un logement dont ils ont hérité ou dont ils ont remboursé l’intégralité des traites bancaires. Un logement qu’ils n’ont pas gagé, hypothéqué ou commencé à transmettre à leurs enfants. Pour cette petite minorité là, nonobstant la taxe foncière qui ne cesse d’augmenter dans des proportions qui frisent de plus en plus la spoliation, alors oui, le logement pèse seulement 6 % au sens de l’INSEE. Pourvu qu’il ne faille pas refaire couvrir le toit ou changer la chaudière avec les 8 % restants…

Pour tous les autres, l’indice des prix à la consommation (IPC) de l’INSEE ne correspond plus à leurS réalitéS. Des réalités plurielles, dirait l’autre. Il faut que l’INSEE fasse preuve d’humilité et reconnaisse qu’il est désormais impossible de raisonner (et gouverner) avec un « modèle » de « Français moyen », alors même que ce « Français moyen » n’existe pas ou plus économiquement parlant depuis des décennies. Alors même que ce « Français moyen » n’existe plus, non plus, sociologiquement parlant depuis des décennies. Ce qui est à la fois un tout autre sujet, mais aussi le même…

16 novembre 2021

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